Les jeunes face au monde du travail : entre adaptation et incertitude
Par Martine Rioux
Paru le 30 octobre 2026
Après avoir fait état de leurs réalités en matière d’éducation, de travail et de vie quotidienne lors d’une première consultation, les jeunes du Québec ont de nouveau été invités à s’exprimer dans le cadre de MaVoixCompte. Menée par le Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec (RCJEQ), la démarche 2025-2026 a rejoint plus de 6 000 jeunes à travers le Québec. Leurs réponses font ressortir plusieurs préoccupations liées à la préparation au marché du travail, à l’évolution des métiers et à l’arrivée de l’intelligence artificielle.
Une transition entre l’école et l’emploi à mieux accompagner
Pour plusieurs jeunes, le passage des études au marché du travail demeure un enjeu important. La consultation fait ressortir le besoin d’un meilleur arrimage entre les apprentissages scolaires et les réalités professionnelles.
Parmi les éléments mis de l’avant figure l’accès à des expériences de travail, notamment par l’entremise de stages rémunérés, ainsi qu’un accompagnement personnalisé vers l’emploi. La reconnaissance des compétences acquises en dehors des parcours formels est également mentionnée comme une piste permettant de mieux tenir compte des expériences et des savoir-faire développés autrement que dans le cadre scolaire.
Ces constats rejoignent ceux de la précédente consultation du RCJEQ, publiée en 2025, qui faisait notamment ressortir le souhait des jeunes de bénéficier d’une formation davantage connectée aux réalités de la vie adulte et du monde du travail.
L’intelligence artificielle soulève autant de possibilités que de questions
L’intelligence artificielle occupe une place importante dans les préoccupations exprimées. Le rapport indique qu’environ le tiers des jeunes consultés n’ont jamais utilisé d’outils d’IA. Le RCJEQ souligne que cette différence d’usage pourrait contribuer à créer un écart entre les jeunes, notamment en matière de compétences numériques.
Pour celles et ceux qui utilisent ces outils, l’IA peut notamment faciliter l’apprentissage, accélérer l’accès à l’information et soutenir certaines activités créatives ou de production. Mais les jeunes interrogés soulèvent également des préoccupations concernant la pensée critique, l’autonomie intellectuelle et la créativité lorsque les outils sont utilisés de manière passive.
L’enjeu ne se limite donc pas à savoir utiliser une technologie. Il concerne aussi la capacité à comprendre ses possibilités et ses limites, à vérifier l’information obtenue et à conserver une réflexion autonome.
Des inquiétudes concernant les premiers emplois
L’arrivée de l’IA suscite également des interrogations particulières lorsqu’il est question de l’entrée sur le marché du travail.
Dans le rapport, les jeunes évoquent notamment la possibilité de voir certains emplois d’entrée, emplois étudiants et tâches répétitives se transformer ou disparaître avec l’automatisation. Ils s’interrogent également sur la transition vers de nouveaux métiers et sur les compétences qui seront nécessaires pour y accéder.
Cette perception s’inscrit dans une préoccupation plus large : celle d’un marché du travail qui pourrait devenir plus exigeant pour les personnes qui disposent de peu d’expérience professionnelle.
Pour les jeunes qui commencent leur parcours, les premiers emplois jouent pourtant un rôle important dans l’acquisition d’expérience, le développement de compétences et la découverte du monde professionnel. L’évolution des tâches liées à l’IA pourrait donc modifier non seulement certains emplois, mais aussi les façons d’entrer dans une profession.
L’enjeu : développer de nouvelles compétences sans perdre les compétences fondamentales
Les réponses recueillies dans MaVoixCompte ne traduisent pas un rejet des outils d’intelligence artificielle. Elles font plutôt ressortir le besoin de mieux les comprendre et de développer les compétences nécessaires pour les utiliser de façon éclairée.
Les jeunes consultés mentionnent notamment l’importance d’une éducation structurée à l’utilisation de l’IA, de la littératie numérique et du développement de l’esprit critique.
Dans le monde du travail, cette évolution pourrait aussi amener les personnes à développer un ensemble de compétences complémentaires : savoir utiliser les outils numériques, mais aussi analyser, vérifier, communiquer, collaborer, résoudre des problèmes et exercer son jugement.
L’évolution des technologies rappelle ainsi que l’employabilité ne repose pas uniquement sur la maîtrise d’outils précis. Elle dépend également de la capacité à apprendre, à s’adapter et à transférer ses compétences dans différents contextes.
Des réalités différentes selon les parcours
La consultation met aussi en lumière des différences entre les jeunes qui participent aux activités des carrefours jeunesse-emploi (CJE) en ligne et ceux qui fréquentent les CJE. Ces derniers vivent plus souvent des situations de précarité, de décrochage ou de réinsertion, ce qui peut avoir une incidence sur leur parcours vers l’emploi.
Le rapport souligne notamment l’importance, pour ces jeunes, d’un accompagnement personnalisé en matière d’insertion socioprofessionnelle, d’orientation, de recherche d’emploi et de retour aux études. Les CJE interviennent également dans le développement de l’autonomie et dans l’accompagnement de parcours parfois plus éloignés des trajectoires scolaires et professionnelles traditionnelles.
Ces réalités rappellent qu’il n’existe pas un seul parcours vers l’emploi. L’expérience, la formation, les compétences acquises sur le terrain et l’accompagnement disponible peuvent tous jouer un rôle dans la construction d’un parcours professionnel.
Préparer les jeunes à un marché du travail en évolution
Les résultats de MaVoixCompte montrent finalement que les questions que se posent les jeunes dépassent la seule utilisation de l’intelligence artificielle. Elles touchent plus largement la façon dont les parcours scolaires et professionnels peuvent évoluer dans un contexte où les métiers, les outils et les compétences se transforment.
Pour les jeunes, l’enjeu consiste donc autant à acquérir des compétences numériques qu’à développer la capacité de s’adapter à des situations nouvelles. Pour les milieux de formation et les employeurs, cela pose la question des façons de mieux accompagner cette transition et de reconnaître la diversité des parcours et des compétences.
À l’heure où l’intelligence artificielle transforme certaines façons de travailler, mieux comprendre les attentes et les préoccupations des jeunes permet de mieux saisir les défis qui se dessinent pour leur entrée dans le monde professionnel.
Consulter le rapport complet : https://mavoixcompte.org/wp-content/uploads/2026/05/26-003-RCJEQ-FR-RapportMVC26_v06.pdf
Catégorie : Monde du travail