Une jeunesse en quête de sens et d’outils concrets pour préparer son avenir

Par Martine Rioux

Paru le 22 mai 2026

À quoi ressemble le quotidien des jeunes Québécois? Les résultats d’une consultation du Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec (RCJEQ), menée en 2025 auprès de plus de 5 400 jeunes de 15 à 35 ans, dressent un portrait nuancé, où aspirations et obstacles cohabitent.

À travers cette consultation, les jeunes se sont exprimés sur des thèmes majeurs, comme l’éducation, le travail et le transport, l’alimentation, le logement, l’environnement, la santé physique et mentale, leur impact perçu sur la société.

En observant plus particulièrement les réponses en lien avec le travail et l’éducation, un constat s’impose : les jeunes souhaitent des formations davantage connectées à leur réalité quotidienne et aux défis concrets de la vie adulte.

Une formation jugée trop éloignée des réalités

Interrogés sur les contenus qui devraient être davantage abordés à l’école, les jeunes placent en tête de liste l’éducation financière (57 %), suivie de la santé mentale (49 %) et de l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle (24 %). Des thèmes directement liés à leur autonomie et à leur bien-être.

Ces résultats traduisent un décalage perçu entre les apprentissages scolaires et les compétences jugées essentielles pour naviguer dans la vie adulte. Plusieurs répondants estiment que des notions pratiques comme la gestion de budget, les relations interpersonnelles ou encore la santé globale sont insuffisamment abordées dans leur parcours scolaire.

En filigrane, c’est toute la question du rôle de l’école qui est posée : au-delà de la transmission des connaissances, les jeunes attendent une préparation plus complète aux réalités du travail et de la vie.

Étudier, travailler… ou les deux

La conciliation études-emploi fait également partie du quotidien d’une partie importante des jeunes. Les étudiants qui travaillent (47 %) le font en moyenne 14 heures par semaine.

Cette réalité varie toutefois selon les profils : les heures travaillées tendent à augmenter avec l’âge et sont plus élevées chez les jeunes hommes. À l’inverse, plus de la moitié des étudiants ne travaillent pas, ce qui témoigne de parcours diversifiés, souvent influencés par les conditions économiques ou personnelles.

Cette double réalité – étudier tout en travaillant – peut représenter à la fois une opportunité d’acquérir de l’expérience, mais aussi une source de pression supplémentaire, notamment dans un contexte où la santé mentale apparaît fragilisée chez plusieurs jeunes.

Un risque de fracture numérique

Autre élément marquant de la consultation : l’utilisation encore inégale des outils numériques et de l’intelligence artificielle. Si une majorité de jeunes aux études (56 %) et en emploi (48 %) disent y avoir recours, près d’un jeune sur trois n’a utilisé aucun outil d’intelligence artificielle au cours de la dernière année.

Cette proportion grimpe à 38 % chez les jeunes fréquentant les carrefours jeunesse-emploi, et elle est encore plus élevée chez les jeunes sans emploi.

Ce constat soulève un enjeu important : celui d’un possible fossé numérique au sein même d’une génération pourtant souvent perçue comme « native du numérique ». À terme, cette inégalité d’accès et d’usage pourrait désavantager certains jeunes sur le marché du travail.

Des parcours influencés par des contraintes structurelles

Au-delà des choix individuels qu’ils peuvent faire, les jeunes relèvent plusieurs obstacles structurels qui influencent leur parcours éducatif et professionnel. L’augmentation du coût de la vie (ex. : alimentation et logement), les inégalités régionales et le manque de services locaux limitent les possibilités pour certains.

L’accès aux moyens de transport, par exemple, varie fortement selon les territoires. Alors que les jeunes des grands centres privilégient davantage les transports en commun, ceux des régions sont plus dépendants de la voiture ou du covoiturage. Ces réalités ont un impact direct sur l’accès aux études, aux stages ou à l’emploi.

Repenser l’accompagnement des jeunes

Les résultats de la consultation mettent en lumière un besoin clair : celui d’un accompagnement mieux adapté aux réalités contemporaines des jeunes. Parmi les pistes évoquées dans le rapport de la consultation, on retrouve notamment l’intégration de contenus pratiques dans les cursus scolaires, le développement de formations accessibles sur les compétences numériques et l’intelligence artificielle, ainsi que le renforcement des mesures de soutien à l’insertion professionnelle.

Mais pour le RCJEQ, cette réflexion ne s’arrête pas là. Afin d’aller plus loin dans l’élaboration de solutions, une seconde consultation a été lancée en 2026 dans le cadre de la démarche Ma Voix Compte. Cette nouvelle phase invite les jeunes du Québec à passer de l’expression des constats à la proposition d’actions concrètes.

Après avoir documenté les réalités vécues en 2025, l’objectif est désormais d’imaginer collectivement des pistes de changement pour améliorer le quotidien des jeunes et bâtir un avenir plus juste, durable et inclusif.

Les résultats de cette nouvelle consultation ont été rendus publics récemment. Nous vous en parlons dans un prochain article.

 

Catégories : Emplois, Monde du travail