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L'histoire

Dans un monde où la concentration économique et la formation de plusieurs nouveaux ensembles géopolitiques pèsent lourd sur les identités nationales, les sociétés ont plus que jamais besoin des spécialistes du passé pour fonder leur identité.

« Notre société, par exemple, est marquée par un intérêt accru pour l'histoire. La preuve : les biographies n'ont jamais été si populaires, explique Yves Lavertu, chercheur en histoire et auteur de deux ouvrages1 sur le Québec des années 1940. Le fait également qu'ait pu naître et que puisse survivre, ces années-ci, une chaîne spécialisée consacrée exclusivement à l'histoire – le canal Historia – est éloquent. »

Cette situation nouvelle amène les historiens à intervenir davantage sur la place publique. On les entend de plus en plus dans les médias ou bien ils agissent comme consultants pour un film ou une télé-série historique. Ainsi, Jacques Lacoursière2 apparaît actuellement comme le prototype parfait de l'historien populaire et médiatique. Il en ressort qu'être de bons communicateurs et de bons vulgarisateurs est un atout certain pour les jeunes historiens désireux de se démarquer. Les nouvelles technologies ont aussi modifié bien des choses en histoire, notamment sur le plan de son enseignement, en facilitant considérablement l'accès aux documents visuels. « Le fait de pouvoir recourir aux cédéroms et aux sites Internet a beaucoup changé notre rapport avec le matériel qu'il est possible d'utiliser avec les étudiants dans nos salles de cours, signale Louis Lafrenière, professeur d'histoire au Collège Édouard-Montpetit de Longueuil. Aujourd'hui, rien n'empêche plus un professeur d'histoire, qui veut, par exemple, transmettre l'" air d'une époque ", d'enregistrer des poèmes de Ronsard ou la chanson de Rolland sur un CD, tout en y ajoutant des tableaux de maîtres qui s'y rapportent et qu'il a glanés sur le site Internet du musée du Louvres. »

« De plus, poursuit l'enseignant-historien, notre façon d'aborder l'histoire n'est plus celle des années 1940. Maintenant, on regarde beaucoup plus le passé à travers des " lunettes " anthropologiques et ethnologiques, plutôt qu'exclusivement politiques et religieuses. Il y a 60 ans, on ne s'intéressait pas à l'histoire des femmes ni à celle des autochtones, ni à celle des mentalités populaires d'ailleurs. » Il y a donc actuellement plusieurs nouveaux champs d'investigation qui s'ouvrent aux spécialistes du passé, qu'ils soient historiens, ethnologues, anthropologues ou musicologues.

Cela dit, quelle que soit la manière dont évolue ce secteur d'activités humaines, les peuples et les sociétés ont encore – et auront toujours – besoin de personnes pour interpréter leur parcours. Et cette responsabilité risque même d'être encore plus grande dans les années qui viennent : « Notre monde ne cesse de se complexifier, ajoute en effet M. Lavertu. Durant les prochaines années, il nous faudra plus que jamais rester critiques, et d'abord face à notre propre société. Nous devrons devenir de plus en plus conscients du " travail de vérité " qui est le nôtre. Car c'est dans les événements du passé – et donc dans les récits élaborés par les spécialistes de l'histoire – que les pouvoirs politiques puisent les justifications de leurs actions et de leurs décisions. »

1. À savoir : L'affaire Bernonville, Montréal, VLB éditeur, 1994, et Jean-Charles Harvey, le combattant, Boréal, 2000.

2. Jacques Lacoursière est notamment l'auteur d'une Histoire populaire du Québec (4 tomes), publiée aux éditions du Septentrion à partir de 1995.

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