Vers un cadre national de compétences : baliser l’avenir de la formation et de l’emploi au Québec

Par Martine Rioux

Paru le 22 décembre 2025

Une équipe de recherche dirigée par Alexandra Lecours, de l’Université du Québec à Trois-Rivières, s’est penchée sur les paramètres nécessaires à la mise en place d’un cadre national de compétences au Québec. Ce projet s’inscrit dans le cadre de l’initiative « Faire du Québec une société apprenante apte à s’adapter à un marché du travail en évolution », soutenue par les Fonds de recherche du Québec. 

Objectif : baliser plutôt que prescrire

Loin de proposer un cadre figé, les chercheuses et chercheurs ont cherché à identifier les éléments incontournables pour concevoir un cadre aisément implantable et pérenne. L’objectif : permettre aux milieux de la formation et de l’emploi de s’appuyer sur des fondations communes pour faire face à la diversité croissante des profils de travailleurs et à l’évolution rapide des compétences demandées.

Une méthodologie fondée sur l’analyse documentaire

La démarche, exclusivement basée sur l’analyse de données déjà publiées, a permis l’examen de 29 référentiels de compétences transversales produits depuis 2010, dont 38 % l’ont été au cours des cinq dernières années. L’équipe a suivi un processus rigoureux de synthèse des connaissances, allant de la définition des critères d’inclusion à la production de tableaux comparatifs pour alimenter les livrables.

Une définition commune de la compétence

L’équipe de recherche définit la compétence comme « la capacité à mobiliser de manière intégrée des ressources personnelles et environnementales pour agir efficacement dans un contexte donné, que ce soit en formation ou en emploi ». 

Ainsi, la compétence constitue un « comportement observable, acquis et évolutif, qui se développe par l’expérience. Elle est étroitement liée à la performance et à l’atteinte d’objectifs et permet d’adapter ses actions à des situations variées et complexes ». 

Cette définition prend en compte différents niveaux de maitrise, adaptés aux contextes professionnels ou éducatifs. « La compétence n’est pas statique. Elle est dynamique pour faire face à une variété de situations, plus ou moins complexes », a résumé Alexandra Lecours, lors d’un webinaire de transfert de connaissances en décembre dernier.

Trois grandes familles de compétences transversales

Le projet de recherche a permis de cibler trois grandes familles de compétences à intégrer dans un éventuel cadre national de compétences :

  • Les compétences intrapersonnelles concernent les habiletés internes qui permettent à une personne de se comprendre, de se réguler et de faire face à des situations complexes de manière autonome. Elles incluent la gestion des pensées, la résilience, la pensée critique, la littératie numérique, l’autogestion et la capacité à s’adapter.
  • Les compétences interpersonnelles englobent les habiletés relationnelles qui facilitent les interactions harmonieuses, la collaboration et le développement des autres. Parmi elles : l’intelligence émotionnelle, l’éthique, le leadership, la participation active au sein d’équipes et la capacité à offrir du mentorat.
  • Les compétences organisationnelles et sociétales se rapportent à l’engagement dans un environnement de travail ou dans la société, en valorisant le professionnalisme, la responsabilité, l’inclusion et le développement durable. Elles renvoient à la capacité de s’investir dans des contextes collectifs, en tenant compte des enjeux éthiques, sociaux et environnementaux.
     

Ces compétences transversales sont pensées pour être intégrables à tous les niveaux de formation – professionnel, collégial et universitaire – tout en favorisant un langage commun entre les milieux éducatifs et du travail.

Une représentation logique et dynamique

L’équipe de recherche a fait une proposition de « marche à suivre » pour développer, implanter et pérenniser un futur cadre national de compétences pour le Québec. La proposition souligne notamment l’importance de la planification stratégique, de la diffusion du cadre à toutes les parties prenantes, de son évaluation continue, de la stabilité du financement et de la capacité organisationnelle à se l’approprier pour en assurer la pérennité.

 

Ainsi, l’équipe propose une séquence d’actions pour guider la création du cadre :

  1. Définir les fondements conceptuels et stratégiques;
  2. Mettre en place un comité de pilotage intersectoriel;
  3. Construire un cadre initial basé sur la recherche;
  4. Tester le cadre dans divers milieux;
  5. Déployer une stratégie de diffusion et de formation;
  6. Évaluer, ajuster et pérenniser le cadre.

Vers une société apprenante et inclusive

Le rapport met en lumière un enjeu stratégique : l’intégration de la diversité identitaire (immigration, handicap, âge, etc.) au cadre. « Peu de cadres prennent actuellement en compte des travailleurs âgés, des personnes issues de l’immigration ou vivant avec un handicap, ce qui représente une opportunité stratégique pour le Québec. Nous pourrions nous positionner comme un chef de file en matière de reconnaissance des compétences dans une perspective inclusive et durable », a fait remarquer Mme Lecours.

« Miser sur l’apprentissage tout au long de la vie est essentiel pour faire face aux transformations du monde du travail. Un cadre national de compétences doit évoluer avec les besoins des travailleurs, s’y adapter et soutenir une culture organisationnelle axée sur le développement continu, dans une perspective de société apprenante et inclusive », a-t-elle conclu.

Le rapport de recherche complet est disponible sur le site des Fonds de recherche du Québec.

Le projet a été présenté lors

 

Image : Image par Gerd Altmann de Pixabay.

Catégories : Adulte, Compétences, Employabilité, Ressources humaines