Repenser la reconnaissance des compétences à l’ère du numérique
Par Martine Rioux
Paru le 22 décembre 2025
Face à la transformation des modes d’apprentissage et à la diversification des parcours professionnels, une équipe dirigée par Gustavo Adolfo Angulo Mendoza, de l’Université TÉLUQ, s’est penchée sur les outils numériques qui permettent de mieux documenter, évaluer et reconnaitre les compétences acquises tout au long de la vie. Ce projet s’inscrit dans le cadre de l’initiative « Faire du Québec une société apprenante apte à s’adapter à un marché du travail en évolution », soutenue par les Fonds de recherche du Québec.
La recherche visait trois cibles principales :
- Identifier les outils numériques les plus efficaces pour la reconnaissance des compétences.
- Classifier ces outils selon leur degré d’adaptabilité aux différents parcours et modes d’apprentissage.
- Repérer les obstacles à leur mise en œuvre et proposer des solutions concrètes.
Le rapport de recherche propose une analyse approfondie de 171 études afin d’identifier des solutions innovantes et adaptables à la réalité québécoise.
Une panoplie d’outils numériques en pleine expansion
Parmi les dispositifs recensés, plusieurs se démarquent :
- Les certifications numériques, comme les badges numériques et les microcertifications, sont de plus en plus utilisées pour leur fiabilité, leur traçabilité et leur potentiel d’automatisation. Elles permettent une reconnaissance officielle et portable des compétences acquises.
- Les portfolios numériques facilitent l’autodocumentation des apprentissages à partir de preuves concrètes (projets, réflexions, traces d’apprentissage), tout en soutenant le développement d’une pensée critique et réflexive. Ils aident à organiser l’ensemble des « preuves » dans un tout cohérent.
- Les carnets de compétences présentent un suivi structuré des tâches, des formations et des qualifications, qui peut être intégré à une plateforme évolutive. Ces outils offrent une visualisation claire des acquis et des progrès des apprenants aux employeurs et aux établissements d’enseignement.
« L’évolution rapide de ces dispositifs souligne l’importance d’assurer leur interopérabilité, leur accessibilité pour tous les profils d’apprenants et leur contribution au soutien de l’apprentissage tout au long de la vie, avec pour objectif de centraliser l’ensemble des formations et des parcours des personnes », a souligné Gustavo Adolfo Angulo Mendoza, lors d’un webinaire de transfert de connaissances en décembre dernier.
Des outils adaptés à des contextes variés
La recherche a permis de distinguer quatre contextes d’usage des dispositifs :
- Parcours formels : outils alignés sur les curriculums et les référentiels institutionnels, comme les portfolios structurés et les microcertifications rigoureusement validées.
- Parcours non formels : outils plus souples, tels que les attestations descriptives ou les portfolios de projets, bien adaptés à des formations modulaires ou communautaires.
- Parcours informels : dispositifs innovants basés sur la chaine de blocs ou l’intelligence artificielle, pour reconnaitre les apprentissages autodidactes ou expérientiels, malgré des enjeux de fiabilité.
- Apprentissage en milieu de travail : outils intégrés aux processus organisationnels, comme les microcertifications codéveloppées avec les employeurs, utiles pour répondre aux besoins changeants du marché et favoriser la progression ou la requalification des travailleurs en entreprise.
« Les dispositions les plus efficaces deviennent celles qui sont capables de concilier les exigences de reconnaissance fiable et la flexibilité par rapport aux parcours d’apprentissage », a résumé le chercheur.
Il a précisé que « [l]’évaluation des formations informelles et non formelles demeure un défi, mais certaines pistes se dégagent : faire participer plusieurs parties prenantes, mettre à profit l’expertise des employeurs, recourir à l’évaluation par les pairs et privilégier des approches hybrides et multimodales afin de multiplier les sources de validation. De plus, il y aura toujours des compétences plus techniques qui devront être validées de façon plus officielle. »
Des défis à surmonter
Plusieurs freins à l’utilisation des outils numériques de reconnaissance des apprentissages ont été recensés par l’équipe de recherche :
- Résistance institutionnelle au changement;
- Manque de coordination entre les acteurs;
- Difficultés techniques (interopérabilité, accessibilité, sécurité des données);
- Évaluation subjective, notamment des compétences transversales;
- Charge administrative liée à la collecte et à l’analyse des preuves.
Bonnes pratiques et leviers de transformation
Certaines approches se révèlent pourtant prometteuses :
- Évaluation hybride (preuves qualitatives et quantitatives);
- Accompagnement individualisé (mentorat, rétroaction, préparation ciblée);
- Partenariats intersectoriels (école, milieu du travail, communautaire);
- Déploiement progressif et modulaire des outils;
- Design inclusif et gouvernance transparente.
Vers une plateforme intégrée et inclusive
En fin de compte, l’équipe recommande la création d’un écosystème numérique unifié, interopérable, intégrant portfolios, badges, carnets et outils d’analyse. Cet espace devrait s’adapter aux profils variés (apprenants, employeurs, établissements), enrichir les métadonnées et garantir la traçabilité des acquis. Il est aussi proposé de moduler la reconnaissance selon les parcours (formels, non formels, informels), à l’aide d’un référentiel évolutif, tout en valorisant les compétences transversales et socioémotionnelles.
Comme l’a souligné le chercheur lors de la présentation : « L’idéal serait de disposer d’un outil intégrateur qui suivrait les individus tout au long de leur vie pour documenter leurs acquis, leurs compétences et leurs formations. »
Toutefois, aucun outil unique ne peut répondre à tous les besoins. La recherche insiste donc sur l’importance de choisir des solutions adaptées au contexte québécois, en conciliant innovation, crédibilité et inclusion.
Le rapport de recherche est disponible en ligne.
Image : Image par StartupStockPhotos de Pixabay
Catégories : RAC, Reconnaissance des acquis