L’improvisation : une compétence clé pour faire face à l’imprévisible au travail?
Par Martine Rioux
Paru le 10 avril 2026
Lors de la conférence d’ouverture de l’événement QUARIERA, le psychologue organisationnel et artiste Charles Lapierre a proposé une réflexion originale : et si l’improvisation devenait une compétence essentielle pour évoluer dans un monde du travail incertain et en constante transformation?
Le marché du travail change rapidement. Les organisations planifient, structurent et anticipent. Pourtant, malgré ces efforts, l’imprévu demeure une constante. Dans ce contexte, la capacité à improviser pourrait bien devenir un levier stratégique, autant pour les personnes que pour les organisations.
Selon Charles Lapierre, docteur en psychologie des organisations et cofondateur de l’école d’improvisation théâtrale Corps bruyants, l’improvisation est loin d’être seulement une pratique artistique. Elle constitue un véritable laboratoire de développement des compétences du futur.
Un optimisme nécessaire… mais parfois trompeur
Premier constat : les humains sont programmés pour espérer que tout se passera bien.
Ce biais d’optimisme, bien documenté en psychologie, nous pousse à surestimer la probabilité d’événements positifs et à sous-estimer les obstacles possibles. S’il peut parfois nous rendre naïfs face aux imprévus, il joue néanmoins un rôle essentiel : il favorise la motivation, soutient la santé mentale et serait même associé à une plus grande longévité.
Autrement dit, l’optimisme est utile. Mais il ne suffit pas à affronter l’imprévisibilité du monde du travail.
L’imprévu : la seule constante des plans
Deuxième constat : les plans ne se déroulent presque jamais exactement comme prévu.
Le biais d’optimisme de planification pousse les individus à imaginer des scénarios idéaux et à sous-estimer les délais et les obstacles. Selon les recherches citées lors de la conférence, seule une minorité de personnes estime correctement le temps nécessaire à la réalisation d’une tâche.
Cette réalité est résumée par la loi de Hofstadter : tout prend plus de temps que prévu, même lorsqu’on tient compte de la loi de Hofstadter.
Dans ce contexte, le véritable défi n’est pas de renoncer à planifier, mais plutôt de rediriger notre optimisme vers notre capacité à improviser lorsque les plans changent.
Improviser, c’est croire en sa capacité de créer
Charles Lapierre l’a rappelé dans sa conférence : « Improviser ne signifie pas agir au hasard. Il s’agit plutôt de mobiliser ses ressources en temps réel pour répondre à une situation nouvelle. »
De même, contrairement à certaines idées reçues, la créativité n’est pas un don réservé à quelques personnes. « Les illuminations soudaines sont bien rares. » La créativité repose sur l’interaction de plusieurs réseaux neuronaux liés à l’imagination, à l’attention et au contrôle exécutif. Elle consiste surtout à établir des liens entre des connaissances et des expériences déjà acquises.
La capacité à créer peut se développer tout au long de la vie et s’avère très utile lors des moments où il faut improviser. Car l’improvisation s’inscrit précisément dans cette logique : créer à partir de ce que l’on sait, de ce que l’on vit et de ce qui se présente à nous.
Une posture essentielle pour les organisations d’aujourd’hui
Pour Charles Lapierre, la compétence la plus importante à développer n’est peut-être pas la capacité de tout prévoir, mais celle d’accepter d’être surpris.
Improviser suppose une disposition intérieure particulière : faire confiance à sa capacité d’agir malgré l’incertitude. L’improvisation mobilise des compétences de plus en plus recherchées dans les organisations : écoute active, collaboration, créativité, gestion du stress et prise d’initiative.
Image par Theodor Moise de Pixabay.
Catégorie : Compétences