L’IA générative s’installe au travail, mais pas de la même façon partout
Par Martine Rioux
Paru le 02 novembre 2026
L’intelligence artificielle générative fait désormais partie du quotidien professionnel d’un nombre important de Canadiens. Mais son utilisation demeure loin d’être uniforme : elle varie selon les secteurs, les professions et les tâches effectuées. Les premières données de Statistique Canada permettent de mieux comprendre où en est réellement l’adoption de ces outils dans le monde du travail.
Plus d’un travailleur sur trois utilise l’IA générative
En mars 2026, 35,9 % des travailleurs canadiens âgés de 15 à 69 ans déclaraient avoir utilisé un outil d’intelligence artificielle générative dans le cadre de leur emploi principal au cours des 12 mois précédents. Il s’agit de la technologie d’IA ou d’automatisation la plus couramment utilisée parmi celles mesurées par Statistique Canada.
L’IA générative est par ailleurs bien connue des travailleurs. Pas moins de 93,4 % d’entre eux déclaraient en avoir entendu parler. Toutefois, la familiarité avec ses applications en contexte professionnel est plus limitée : 51,5 % estimaient connaître la façon dont ces outils pourraient être utilisés dans leur emploi actuel, tandis que 37,4 % connaissaient les outils, mais ne pensaient pas qu’ils pouvaient s’appliquer à leur travail.
Ces résultats montrent donc une première distinction importante : connaître l’IA générative ne signifie pas nécessairement savoir comment l’intégrer à son travail.
Une utilisation régulière, mais concentrée sur certaines tâches
Parmi les personnes qui utilisent l’IA générative au travail, l’usage est généralement régulier. Près de 7 utilisateurs sur 10 déclarent y avoir recours chaque jour (31,4 %) ou quelques fois par semaine (38,3 %). Pourtant, une utilisation fréquente ne signifie pas que l’IA est utilisée pour une grande partie du travail.
Dans les faits, 63,5 % des utilisateurs s’en servent pour certaines tâches, mais pas pour la plupart d’entre elles. À l’autre extrême, seulement 11,6 % l’utilisent pour la plupart ou presque toutes leurs tâches. En revanche, 24,9 % y ont recours pour presque aucune de leurs tâches.
Autrement dit, l’IA peut être devenue un outil fréquent sans occuper une place centrale dans l’ensemble du travail.
Cette distinction est importante lorsqu’il est question de l’évolution des métiers. L’adoption d’un outil ne signifie pas nécessairement qu’une profession est appelée à disparaître ou à être entièrement transformée. Dans plusieurs cas, l’IA intervient plutôt dans certaines étapes du travail, aux côtés des compétences humaines.
Des écarts importants selon les secteurs
L’utilisation de l’IA générative varie considérablement d’une industrie à l’autre.
En mars 2026, elle atteignait 65,6 % dans les services professionnels, scientifiques et techniques, 59,2 % dans les secteurs de la finance, des assurances, de l’immobilier et de la location, et 53,0 % dans les services d’enseignement. À l’inverse, elle concernait 16,3 % des travailleurs dans les services d’hébergement et de restauration, 17,5 % dans l’agriculture et 21,1 % dans le transport et l’entreposage.
Les différences sont également marquées entre les grandes catégories professionnelles. L’utilisation atteint notamment 75,1 % chez les personnes occupant des emplois de gestion comme membres des corps législatifs ou cadres supérieurs, et 67,5 % dans les sciences naturelles et appliquées. Elle est beaucoup moins fréquente dans les métiers, le transport et la machinerie (14,7 %) ainsi que dans les ressources naturelles, l’agriculture et les domaines apparentés (17,0 %).
Ces écarts ne signifient toutefois pas que certains métiers sont « concernés » par l’IA et d’autres pas. Ils illustrent plutôt que le potentiel d’utilisation dépend en grande partie des tâches qui composent les différents emplois.
Toutes les professions ne sont pas exposées de la même façon
Pour mieux comprendre cette réalité, Statistique Canada distingue trois catégories d’emplois selon leur exposition potentielle à l’IA et leur degré de complémentarité avec celle-ci.
Certains emplois présentent une forte exposition et une grande complémentarité avec l’IA. C’est notamment le cas de professions comme la médecine, les soins infirmiers, l’enseignement et l’ingénierie, où l’IA pourrait davantage servir à effectuer ou à soutenir certaines tâches humaines.
D’autres emplois présentent une forte exposition, mais une faible complémentarité. Statistique Canada cite notamment la vente au détail, le soutien administratif, le développement de logiciels et la comptabilité. Dans ces professions, certaines tâches pourraient être davantage susceptibles d’être transformées ou remplacées par des outils d’IA.
Enfin, certains emplois présentent une faible exposition potentielle, notamment plusieurs métiers spécialisés, les emplois dans les services et les professions de premiers intervenants.
En mars 2026, 53,8 % des travailleurs occupant un emploi à forte exposition et grande complémentarité utilisaient l’IA générative, comparativement à 45,9 % dans les emplois à forte exposition et faible complémentarité, et à 14,2 % dans les emplois à faible exposition.
Statistique Canada précise toutefois que cet indice mesure le potentiel de transformation des tâches et ne constitue pas une prédiction directe des pertes d’emplois. Les effets réels de l’IA dépendent notamment de facteurs économiques, institutionnels et technologiques.
Et pour les personnes qui n’utilisent pas l’IA?
L’absence d’utilisation ne s’explique pas uniquement par un manque de compétences.
Les personnes qui n’avaient pas utilisé d’IA générative dans leur emploi au cours des 12 mois précédents représentaient 64,1 % des travailleurs. Parmi elles, 56,0 % estimaient que ces outils ne s’appliquaient pas à leur travail. D’autres évoquaient un manque d’intérêt (21,6 %), des préoccupations liées à la sécurité, à la protection de la vie privée ou à l’éthique (9,8 %), ou encore un manque de connaissances ou de compétences (5,8 %).
Ces résultats invitent à nuancer la question de la formation. Si une partie des travailleurs doit effectivement développer de nouvelles compétences pour utiliser l’IA, il ne suffit pas d’apprendre à manipuler un outil. Il faut aussi comprendre dans quelles situations il peut être utile, quelles tâches peuvent être soutenues par l’IA et quelles compétences humaines demeurent essentielles.
Comprendre les tâches pour mieux préparer les travailleurs
Les données de Statistique Canada dressent un premier portrait de l’utilisation de l’IA générative au travail. Elles montrent une adoption déjà importante, mais aussi très variable selon les secteurs et les professions.
Elles ne permettent toutefois pas encore de savoir précisément quelles tâches sont réalisées avec l’aide de l’IA. Or, cette information sera essentielle pour mieux comprendre l’évolution des métiers et orienter la formation continue.
Plutôt que de se demander uniquement quels emplois seront transformés par l’IA, il devient donc pertinent d’examiner quelles tâches évoluent, quelles compétences gagnent en importance et quelles nouvelles façons de travailler apparaissent.
Pour les travailleurs comme pour les organisations, cette approche permet de regarder l’arrivée de l’IA avec davantage de précision : non pas comme une technologie qui transforme tout de la même façon, mais comme un outil dont les effets varient selon les réalités professionnelles.
Source : Statistique Canada, « L’utilisation d’outils d’intelligence artificielle générative parmi les travailleurs canadiens, mars 2026 », diffusé le 30 juillet 2026
https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/260730/dq260730b-fra.htm
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Catégorie : Monde du travail