Faire un choix de carrière quand on est autiste : trois stratégies clés
Par Émilie Robert, c. o.
Paru le 02 avril 2026
Pour les adolescents et les jeunes adultes, faire un choix de carrière est un processus souvent long, plutôt complexe et parfois anxiogène. Le monde du travail évolue rapidement, les exigences des employeurs sont de plus en plus pointues et il est difficile pour les jeunes de se projeter dans un avenir incertain.
Cela est d’autant plus vrai pour les personnes autistes qui ont besoin d’informations précises, de repères clairs et de prévisibilité afin de pouvoir s’engager dans la nouveauté. Cependant, il y a moyen de traverser cette étape stressante sans trop de heurts. Voici trois principes importants à garder en tête lorsqu’on est autiste ou qu’on veut aider une personne autiste à faire un choix de carrière.
Vivre des expériences concrètes
Les adolescents et les jeunes adultes autistes ont souvent vécu peu d’expériences en dehors de leur rôle d’étudiant et de leur routine habituelle. Ces personnes ont aussi rarement eu l’occasion d’expérimenter une réussite autre que scolaire. La plupart n’ont pas eu d’emploi d’été, car la recherche d’emploi les intimide souvent. Peu se sont impliqués dans des activités parascolaires en raison d’une difficulté ou d’un manque d’intérêt à entrer en relation avec les autres.
C’est donc en vivant de nouvelles expériences que les jeunes adultes autistes peuvent découvrir leurs forces, développer de nouvelles compétences et bâtir leur estime de soi.
Plusieurs moyens peuvent être utilisés pour se mettre en action :
- Bénévolat dans la communauté;
- Séjour d’études à l’étranger ou voyage scolaire;
- Visites en entreprise ou stage d’un jour dans un milieu de travail;
- Portes ouvertes d’établissements d’enseignement et activités « élèves d’un jour »;
- Activités parascolaires, comme les clubs ou les comités étudiants;
- Emplois étudiants, d’été ou à temps partiel.
Lorsque ces expériences sont minimalement encadrées et que le jeune reçoit un soutien pour les organiser ou s’y engager, elles deviennent des sources d’informations précieuses pour la connaissance de soi, la découverte de ses intérêts, et surtout, de ses forces.
Miser sur ses forces
Une force est une capacité que la personne possède souvent depuis l’enfance et qui reflète ses traits de personnalité. Les forces peuvent se développer avec l’expérience et la pratique. La rigueur, la minutie, la patience, le sens de l’observation sont tous des exemples de forces recherchées par les employeurs et dont font souvent preuve les personnes autistes.
Les jeunes autistes ont souvent de la difficulté à identifier leurs forces, car ils ont construit leur identité autour de déficits et de lacunes auxquels ils sont confrontés quotidiennement. Ils ont du mal à voir que certaines de leurs caractéristiques personnelles pourraient leur servir sur le marché du travail.
Comment identifier ses forces? Il y a plusieurs façons d’y arriver :
- Être attentif à la rétroaction des gens autour de soi (enseignants, employeurs, amis, parents) sur la qualité du travail exécuté ou les réalisations accomplies;
- Identifier les défis relevés lors d’une nouvelle expérience et retenir les stratégies employées pour les surmonter (résolution de problème, adaptation à l’imprévu, etc.);
- S’intéresser aux aptitudes développées lorsqu’on investit du temps dans ses activités de loisirs ou dans sa passion particulière (lire, analyser, synthétiser, accumuler des connaissances, les organiser et les archiver).
Trouver des modèles de personnes autistes dans le monde du travail
L’étape du choix de carrière chez un jeune est souvent caractérisée par la recherche de modèles qui lui ressemblent. Certains jeunes autistes s’inquiètent de ne pas trouver leur place dans le monde du travail, car, autour d’eux, tous ceux qui ont réussi n’étaient pas autistes et n’avaient pas à relever les constants défis de l’adaptation à un environnement scolaire ou de travail qui n’est pas fait pour eux.
Une façon de désamorcer cette peur est d’en apprendre plus sur le parcours professionnel d’adultes autistes qui ont trouvé leur voie. Au Québec, ailleurs au Canada ainsi qu’à travers le monde, de plus en plus d’adultes autistes ont écrit des livres, alimentent des blogues ou entretiennent des comptes sur des réseaux sociaux sur leur vie, leur quotidien et leur parcours professionnel. Des films et des documentaires ont également été réalisés sur le même sujet (par exemple, le film Temple Gandin, réalisé par Mick Jackson, le documentaire Apprenti autiste, diffusé par Téléquébec et le blogue Bleuet atypique de Valérie Jessica Laporte).
Ces témoignages peuvent être une source de confiance, d’espoir et d’inspiration pour les jeunes autistes, en montrant qu’on peut être autiste et arriver à surmonter ses peurs, réussir professionnellement et vivre une vie satisfaisante. Temple Grandin aux États-Unis, Daniel Tammet au Royaume-Uni, Louis T., Marie-Josée Cordeau et Valérie Jessica Laporte au Québec ne sont que quelques exemples parmi plusieurs qui racontent généreusement leur expérience de personne autiste dans le monde du travail.
En somme, choisir sa carrière représente un défi, particulièrement pour les jeunes autistes. Croire en ses forces, se mettre en action et s’inspirer du parcours des autres peut permettre à la personne d’y arriver et, un jour, à son tour, de montrer à d’autres jeunes autistes qu’ils ont leur place dans le monde du travail.
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Image par Rama Krishna Karumanchi de Pixabay.
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