Automatisation, inclusion et immigration : trois leviers pour l’avenir du marché de l’emploi au Canada

Par Martine Rioux

Paru le 16 janvier 2026

Le Canada fait face à une pénurie persistante de main-d’œuvre, au vieillissement de sa population active et à une pression accrue sur sa productivité. Signal49 Research, la nouvelle identité du Conference Board du Canada, a lancé l’année 2026 avec un webinaire sur les tendances à considérer. Trois thèmes ressortent particulièrement pour le marché de l’emploi : l’automatisation, la neurodiversité au travail et la rétention des talents immigrants.

1. L’automatisation : un moteur de productivité… et de transformation des compétences

L’automatisation, portée par l’intelligence artificielle générative (IAG), la robotique et les véhicules autonomes, ne se limite plus à une promesse technologique : elle devient un levier économique structurant. Selon les recherches menées par Signal49 Research, ces technologies pourraient permettre, d’ici quinze ans, d’augmenter la productivité canadienne de près de 14 % par rapport aux prévisions actuelles. Les gains les plus marqués sont attendus dans les secteurs des transports et de la production de biens. 

L’automatisation promet de transformer la nature même de certains emplois. Les emplois manuels et analytiques sont les plus susceptibles d’évoluer, tandis que les rôles reposant sur des compétences sociales et émotionnelles (collaboration, communication, jugement) devraient gagner en importance. 

Pour mesurer ces impacts, Signal49 a développé un cadre qui dépasse la simple faisabilité technique liée à l’adoption des outils technologiques; il évalue aussi les gains réels et les freins à l’adoption par les entreprises.

« L’enjeu n’est plus seulement de savoir si une machine peut accomplir une tâche, mais si elle sera réellement utilisée pour le faire, et ce que cela implique pour les travailleurs », a fait remarquer Tony Bonen, directeur général des études économiques chez Signal49.

Pour en savoir plus sur l’automatisation, consultez le rapport de Signal49 Research

2. Neurodivergence : un bassin de talents encore sous-exploité

Un autre constat partagé lors du webinaire est la sous-représentation des personnes neurodivergentes (ex. : autisme, TDAH, troubles d’apprentissage) sur le marché du travail. Malgré une meilleure reconnaissance de la diversité et une réduction progressive de la stigmatisation, leurs compétences demeurent largement sous-utilisées, a indiqué Jennifer Fane, chercheuse principale, Éducation & Compétences, chez Signal49.

Les recherches de Signal49 montrent que les milieux de travail traditionnels, souvent rigides, constituent un obstacle majeur : attentes floues, culture de la présence au bureau, rétroactions peu adaptées. Résultat : de nombreux travailleurs neurodivergents se tournent vers l’auto-emploi, parfois par choix, mais souvent par nécessité après avoir été exclus des structures classiques.

Ces travailleurs sont pourtant actifs dans des secteurs clés (ex. : services professionnels, industries créatives, éducation, santé) et pourraient contribuer à atténuer la pénurie de main-d’œuvre. Or, les programmes publics de soutien à l’emploi privilégient encore largement les parcours traditionnels, offrant peu d’accompagnement à l’entrepreneuriat ou aux modèles de travail alternatifs.

Mme Fane a proposé trois principes pour bâtir un marché du travail plus inclusif :

  • Concevoir les systèmes avec les personnes concernées, et non pour elles;
  • Soutenir les réseaux de pairs et le mentorat, fondés sur l’expérience vécue;
  • Simplifier l’accès aux ressources, grâce à des points de service centralisés et mieux formés.

À l’image des rampes d’accès dans les bâtiments, un environnement de travail plus flexible et plus clair profite à tous, pas seulement aux personnes neurodivergentes, croit-elle.

3. Immigration : passer du recrutement à la rétention des talents

Face au vieillissement de la population et à un faible taux de natalité, l’immigration demeure essentielle pour soutenir le marché de l’emploi canadien. Pourtant, les données de Signal49 révèlent une faille majeure : 1 immigrant sur 5 quitte le Canada dans les 25 ans suivant son arrivée, avec un pic de départ autour de la cinquième année.

Ce phénomène, qualifié de « seau percé », touche particulièrement les immigrants hautement qualifiés, a précisé Lauren Hamman, directrice associée, Immigration, chez Signal49. « Attirer des talents sans les retenir revient à remplir un seau percé : l’effort est réel, mais les bénéfices s’échappent. » 

Contrairement aux idées reçues, plus le niveau d’éducation est élevé, plus le risque de départ augmente, surtout en cas de stagnation salariale ou de non-reconnaissance des diplômes étrangers. Les secteurs les plus touchés sont aussi ceux où les besoins sont criants : ingénierie, technologies, santé, gestion.

Pour y remédier, Mme Hamman plaide pour un cadre national de rétention, avec des objectifs mesurables et un soutien renforcé durant les cinq premières années. Les solutions proposées incluent :

  • des programmes de transition (bridging programs) mieux adaptés;
  • des plans d’établissement personnalisés;
  • une implication accrue des employeurs, notamment par le mentorat et le développement de carrière;
  • des stratégies spécifiques pour le Nord et les régions, incluant le logement et l’alignement des compétences sur les besoins locaux.

Pour en savoir plus sur les travailleurs issus de l’immigration, consultez le rapport de Signal49 Research.

Image : Image par Gerd Altmann de Pixabay.

Catégorie : Emplois