Adaptation des pratiques en développement de carrière auprès des populations autochtones du Québec : quelques pistes d’intervention

Par Pascalin Naud, conseiller d'orientation

Paru le 09 mars 2026

Les populations autochtones du Québec font face à des disparités importantes en matière d’éducation, d’insertion professionnelle et d’adaptation en emploi. Malgré l’existence de dispositifs législatifs favorisant leur intégration au marché du travail, plusieurs obstacles structurels et culturels persistent. Cet article propose des pistes concrètes pour adapter les pratiques en développement de carrière aux réalités et aux spécificités culturelles des personnes autochtones.

Des disparités persistantes

Les populations autochtones représentent 2,5 % de la population québécoise [1]. Malgré certains dispositifs législatifs visant à soutenir leur intégration et leur adaptation au marché du travail [2, 3], d’importantes disparités demeurent en matière d’éducation, d’orientation professionnelle, d’insertion et d’adaptation en emploi comparativement aux populations non autochtones [4].

Par exemple, les populations autochtones présentent en moyenne un niveau d’éducation inférieur à celui des Canadiens non autochtones [5] et vivent des enjeux d’accessibilité à l’information sur le marché du travail [6]. Le manque de services adaptés en orientation constitue également un frein au développement de carrière [4, 7]. À cela s’ajoute une réalité préoccupante : les personnes autochtones sont plus susceptibles de déclarer avoir subi un traitement discriminatoire au travail que les personnes non autochtones [8].

Ces constats rappellent l’importance d’un accompagnement structuré et adapté.

Un accompagnement essentiel mais complexe

L’intervention en développement de carrière auprès des populations autochtones s’avère essentielle, mais elle demeure complexe. Plusieurs spécificités culturelles influencent la relation d’aide : l’histoire coloniale, les barrières linguistiques, la transition vers la vie hors communauté, le manque de confiance envers les institutions ainsi que les traumatismes intergénérationnels [9].

À ces éléments s’ajoutent une perception non hiérarchisée du monde et un principe d’autosuffisance. Ce dernier peut expliquer l’hésitation de certains membres des communautés à solliciter de l’aide provenant de personnes externes à leur milieu [10].

Dans ce contexte, l’adaptation des pratiques ne relève pas uniquement de l’ajustement technique : elle suppose une posture d’ouverture, de compréhension et de respect des référents culturels.

Des pistes d’intervention concrètes

Cette chronique vise à outiller les conseillères et conseillers d’orientation appelés à intervenir auprès des populations autochtones. 

Les pistes suivantes s’appuient sur les travaux de la Fondation canadienne pour le développement de carrière [9], sur un cadre identifiant des spécificités culturelles générales [10] ainsi que sur une étude de cas impliquant une conseillère d’orientation active auprès de cette clientèle [11].

Reconnaître les réalités linguistiques et culturelles

En raison des barrières linguistiques, de l’isolement géographique et du dépaysement culturel, il importe de reconnaître que les marques de politesse et les codes relationnels peuvent différer. Il est aussi essentiel de favoriser une adaptation progressive des personnes autochtones qui s’installent en milieu urbain et s’insèrent sur le marché du travail québécois.

Adapter l’intervention aux référents culturels

Compte tenu des spécificités culturelles et historiques, l’intervention doit être adaptée aux référents culturels de la clientèle autochtone. Cela implique de connaître l’histoire de la communauté concernée, d’éviter une posture hiérarchique et de tenir compte de la perception unique de la personne accompagnée.

Tenir compte des disparités sociales

Il apparaît pertinent de cerner les défis et les obstacles auxquels les personnes autochtones peuvent être confrontées, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des communautés. L’accompagnement peut nécessiter une mise en contact avec des ressources complémentaires au développement de carrière, telles que la psychoéducation, les services sociaux ou l’éducation spécialisée.

Miser sur la relation de confiance

En raison du principe d’autosuffisance et du manque de confiance parfois éprouvé envers le système ou les intervenants non autochtones, il est crucial de miser sur une relation fondée sur la confiance. Le développement d’une alliance de travail peut nécessiter du temps. Une sensibilisation aux réalités liées aux traumatismes culturels s’avère également essentielle.

Vers des pratiques plus inclusives

Adapter les pratiques en développement de carrière auprès des populations autochtones ne consiste pas seulement à modifier certains outils ou techniques d’intervention. Il s’agit d’adopter une posture culturellement sécurisante, respectueuse des réalités historiques et sociales, et centrée sur la relation.

Les enjeux d’équité, de diversité et d’inclusion occupent une place croissante dans les milieux professionnels. Cette réflexion s’inscrit donc dans une démarche plus large visant à rendre les services d’orientation véritablement accessibles et pertinents pour l’ensemble des populations du Québec.

 

[1] Gouvernement du Canada. (2022b). Série « Perspective géographique », Recensement de la population de 2021 – Québec. Statistique Canada. https://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2021/as-sa/fogs-spg/page.cfm?lang=F&topic=8&dguid=2021A000224 

[2] Gouvernement du Canada. (2024). Loi canadienne sur les droits de la personne, L.R.C. (1985), chap. H-6.

[3] Gouvernement du Québec. (2025). Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans des organismes publics (chap. A-2.01, à jour au 24 octobre 2025). Éditeur officiel du Québec. https://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/pdf/lc/A-2.01.pdf

[4] D’Antimo, S. (2021). Naviguer entre deux mondes : voies menant à la réussite professionnelle des Autochtones. Indspire. https://indspire.ca/wp-content/uploads/2021/11/Navigating-Two-Worlds-Report-FR-Final-WEB.pdf

[5] Gouvernement du Canada. (2023). Une mise à jour des écarts socioéconomiques entre les peuples autochtones et la population non autochtone au Canada : points saillants du recensement de 2021 [rapport]. Statistique Canada. https://www.sac-isc.gc.ca/fra/1690909773300/1690909797208#tbla5-1

[6] Caverley, N., Stewart, S. et Shepard, B. C. (2014). Through an Aboriginal lens. Exploring career development and planning in Canada. Dans Career developpement pratice in Canada (p. 297‑330). CERIC.

[7] Arriagada, P. (2021). Les réalisations, les expériences et les résultats sur le marché du travail des femmes des Premières Nations, métisses et inuites titulaires d’un baccalauréat ou d’un diplôme de niveau supérieur. Statistique Canada. https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/75-006-x/2021001/article/00009-fra.htm

[8] Bleakney, A., Khanam, F. et Kumar, M. B. (2024, 30 avril). Qualité de l’emploi chez les membres des Premières Nations vivant hors réserve et les Métis, 2022 (Série thématique sur les peuples autochtones, no 41-20-0002). Statistique Canada. https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/41-20-0002/412000022024002-fra.htm

[9] Fondation canadienne pour le développement de carrière. (2021). Le Profil national de compétences pour les professionnelles et professionnels du développement de carrière. Fondation canadienne pour le développement de carrière. https://cdpc-cedc.ca/wp-content/uploads/Le-Profil-national-de-competences-pour-les-professionnelles-et-professionnels-du-developpement-de-carriere.pdf

[10] Cotton, J.-C., Dorceus, S. et Supeno, E. (2018). À la rencontre de la clientèle autochtone : quelques pistes de réflexion et d’intervention. L’Orientation, 8(2), 18-22. https://www.researchgate.net/publication/331043981_A_la_rencontre_de_la_clientele_autochtone_quelques_pistes_de_reflexion_et_d'intervention 

[11] Pascalin, N. (2025). Adaptation des pratiques en développement de carrière auprès des populations autochtones : une étude de cas [Essai de maîtrise inédit]. Université de Sherbrooke.

Image par teamworkdefinition de Pixabay.

 

 

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