Vous êtes des modèles d’inspiration pour la relève en relation d’aide!

Par Louis Cournoyer, Professeur-chercheur en counseling et développement de carrière, directeur de la maitrise en counseling de carrière (UQÀM), conseiller d'orientation et superviseur clinique
 
Je m’adresse ici aux personnes conseillères d’orientation et aux conseillers en information scolaire et professionnelle.
 
J’ai récemment été invité à parler « 5 minutes » des programmes d’études en développement de carrière et d’orientation professionnelle auprès de personnes conseillères d’orientation ainsi qu’aux conseillers en information scolaire et professionnelle des milieux d’enseignement secondaire, collégial et universitaire, dans le cadre d’une journée de promotion des programmes d’études de l’UQAM.
 
Plutôt que de parler des programmes d’études, j’ai plutôt choisi de saisir l’occasion pour vous valoriser en tant que modèles de personnes de valeur et d’influence auprès des jeunes, notamment ceux qui aspirent à une carrière dans le champ de la relation d’aide!
 
  • Saviez-vous qu’année après année, environ quatre nouvelles personnes inscrites au baccalauréat en développement de carrière sur cinq ont rencontré une conseillère ou un conseiller d’orientation dans les mois précédant leur inscription?
  • Et saviez-vous que les commentaires sont généralement très élogieux, en regard de votre aide, mais aussi, sinon surtout, de votre façon d’être et de faire, d’accompagner, d’écouter, d’encourager, de soutenir dans ce moment souvent stressant qu’est la prise de décision de carrière?
Et j’ose penser qu’il en va de même pour les personnes qui poursuivent leurs études dans les deux autres universités offrant un programme de tout aussi grande valeur que sont l’Université de Sherbrooke et l’Université Laval.
 

PRENDRE PLEINEMENT CONSCIENCE DE SON IMPACT

Vous êtes des modèles! Et il est très important que vous en preniez conscience! Lorsque les jeunes pensent à une carrière en relation d’aide, ils pensent, comme depuis 30 et 40 ans, aux études en psychologie ou en travail social. Or le développement de carrière et l’orientation professionnelle, c’est avant tout de la relation d’aide, mais appliquée à la carrière! Les jeunes qui aspirent à des études en développement de carrière doivent donc avoir confiance en leurs moyens et en leurs capacités pour aller de l’avant dans une telle profession, et ce, en ayant l’information pratique nécessaire.
 

LE RÔLE DU sentiment d’efficacité personnelle QUE VOUS FAVORISEZ

Le sentiment d’efficacité personnel, ou SEP, joue un rôle important pour amener la personne à passer d’un état de « considérer », comme possibilité, une carrière dans tel ou tel champ d’études ou d’emploi à celui « d’oser » se faire confiance et s’engager en ce sens. D’autres types de théories pourraient servir un même propos, mais allons avec celle-ci puisqu’elle est accessible et a fait ses preuves (lire au besoin le numéro spécial sur le SEP dans Orientation scolaire et professionnelle[2].
Donc, pour revenir à vous chères conseillères, chers conseillers, le SEP se compose de quatre ingrédients qui agissent de manière conjointe sur la croyance qu’a un individu en sa capacité à réaliser une tâche. 
 
  1. La maitrise de la tâche

À la base, on pourrait dire que c’est par la formation et l’expérience que l’on développe la maitrise de la tâche, si l’on pense à l’exercice d’une profession en relation d’aide. Toutefois, la réalisation d’un processus de décision de carrière éclairé et assumé implique tout de même l’apprentissage et la mise en œuvre de connaissances et de compétences… orientantes! Donc, vous jouez ici un rôle éducatif et clinique important.
 
  1. L’observation d’autrui

Pour les jeunes qui considèrent des études en développement de carrière et en orientation professionnelle, c’est en vous regardant faire, en vous observant être, dans votre aide, vos encouragements, votre soutien, votre écoute, votre ouverture d’esprit, qu’ils puisent leur inspiration!  Et par observation, il est aussi question de votre intérêt et de votre passion dans l’acte, ainsi que dans la profession que vous exercez. L’observation se fait explicitement, mais aussi implicitement. 
 
  1. La persuasion verbale

Ce sont les rétroactions, les reflets, les encouragements sur la valeur de ces jeunes, de leur façon d’être et de faire qui peuvent les amener à croire en eux! Souvent, généralement j’oserais dire, entendre quelqu’un refléter sur nous des choses auxquelles nous croyons ou, espérons y croire, cela fait un bien énorme. C’est aidant, c’est apaisant, c’est motivant! Bien sûr, ces mots de votre part doivent être bien ressentis, puis appuyés sur les expériences de la personne pour qu’elle puisse bien les intégrer.
 
  1. La régulation des pensées, des émotions et des sensations

Vivre de l’indécision, de l’incertitude, de la désorientation, c’est perturbant, c’est envahissant, c’est stressant. C’est là que l’anxiété peut prendre toute la place. Mais en orientation, vivre des impasses, c’est une phase « normale », et il faut savoir le communiquer, le montrer, l’intégrer dans l’accompagnement des jeunes[1].
 
S’il y a une compétence distinctive chez les personnes conseillères d’orientation, c’est leur capacité et leur ouverture à s’engager malgré l’incertitude, la tourmente et les doutes des personnes clientes, pour ensuite les aider à en extirper plus de sens, de conscience, de force et d’engagement. C’est facile de reproduire une recette, une méthode, en deux ou trois étapes, cela en est une autre que d’accompagner dans le chaos, le stress, l’anxiété, etc. En faisant cela, en amenant la personne à traverser cette épreuve, vous êtes, là encore, un modèle qui encourage le développement du sentiment d’efficacité personnel si important pour une prise de décision de carrière réfléchie et éclairée.
 

EN CONCLUSION

Le champ du développement de carrière et de l’orientation professionnelle constitue une occasion de se former et d’exercer une activité professionnelle de relation d’aide appliquée à la carrière. Contrairement à d’autres champs d’études en sciences humaines et sociales, c’est dès le premier cycle d’études que l’on peut acquérir des connaissances et des compétences en intervention directe (p. ex. : counseling de carrière individuel et de groupe, animation et formation de groupes, évaluation psychométrique).
 
Mais cela ne s’arrête pas là! Étudier et exercer en développement de carrière et en orientation professionnelle, c’est :
  • Intervenir sous une perspective d’advocacie et de justice sociale en posant des actions de défense, de petite ou de plus grande envergure, qui visent à lever des barrières institutionnelles ou sociales qui entravent le bien-être de certains groupes de la société;
  • Intervenir sous une perspective organisationnelle en matière de recrutement, de sélection ou de rétention de main-d’œuvre, et en matière d’évaluation de potentiel et de compétences, de coaching et de développement de compétences;
  • Intervenir sous une perspective de soutien à la santé psychologique et physique, ainsi que de réadaptation professionnelle, de manière interdisciplinaire;
  • Intervenir sous une perspective d’entrepreneuriat ou de pratique privée en élargissant ou en ciblant l’offre de services.
 
En tant que personne conseillère en développement de carrière et en orientation professionnelle, vous n’aidez pas à « trouver » une carrière, mais à aider les individus à « construire » une carrière!
 
Merci de m’avoir lu chères et chers collègues. Et surtout, continuez d’être les modèles que vous êtes!
 
 

Références

[1] Cournoyer et Lachance, 2018
[2] Orientation scolaire et professionnelle [numéro 37/1] : https://journals.openedition.org/osp/