Une école différente pour apprendre autrement

 
Par Christine Esnault, de Trajectoire-emploi et Gestion Travail Chaudière-Appalaches
 
Dans nos pays choyés où l’éducation est un droit accessible à tous, l’école — cette institution ancestrale qui a traversé bien des époques sans grande transformation — intègre des enfants en septembre et libère des presque adultes en juin, après leur avoir inculqué, pendant des années, des connaissances jugées utiles au bon fonctionnement de la société. On considère que l’école répond aux besoins de la majorité et, si l'on admet facilement que le système éducatif n’est pas parfait, faute de mieux, on s’en contente. Se pourrait-il qu’en chemin, quelques-uns se perdent? L’approche scolaire traditionnelle en laisserait-elle certains sur le bord de la route? Quelles sont les solutions pour ces électrons libres?
 
Il y a des étudiants pour qui la rentrée évoque l’odeur des cahiers neufs, l’excitation des retrouvailles avec les amis, une nouvelle année scolaire dans un parcours déjà tout tracé vers une carrière choisie de longue date. Pour d’autres, c’est surtout la fin de l’été, le début des devoirs et des évaluations, la routine qui s’installe en attendant l’été suivant. Peu importe comment on le vit, ce moment de l’année reste, pour la plupart d’entre nous, une étape importante porteuse de changements (et aussi d’une certaine part de stress). Parmi tous ces élèves qui font, avec plus ou moins de bonheur, leur rentrée, il en est qui ne termineront pas leur année.
 

Je décroche, tu décroches, il décroche… nous raccrochons!

Au Québec, le taux de décrochage a légèrement diminué au cours des dernières années, mais il reste préoccupant. Le plein emploi qui « sévit » à l’heure actuelle pourrait même inverser la tendance en encourageant les plus vulnérables à troquer les bancs de l’école contre une autonomie financière alléchante dans l’immédiat. Mais après quelques mois, quelques petits boulots, peut-être un peu d’errance et de procrastination, la question qui s’impose à ces jeunes face à la vie devant eux est : « quoi en faire? »
 
Avec le temps, la maturité et une succession d’expériences plus ou moins heureuses, certains arrivent à envisager un retour à l’école pour acquérir des qualifications qui leur permettront de trouver un emploi satisfaisant sur le plan pécuniaire et personnel. Ces jeunes, qui n’ont pas trouvé leur place dans un système éducatif standard, se retrouvent ainsi parfois « aux adultes » pour obtenir le sésame qui leur ouvrira les portes d’une vie meilleure. Ils doivent alors étudier par eux-mêmes, sans grand encadrement ni soutien. Autant dire qu’ils ont besoin d’une forte dose de motivation pour mener leur projet à bien!
 
La persévérance est une qualité inégalement partagée, mais en manquer n’est ni une maladie honteuse ni une situation irréversible. C’est plutôt le symptôme d’un malaise ou d’une difficulté qui prend souvent sa source assez loin dans l’histoire du jeune, dans son environnement familial ou dans un de ces troubles souvent montrés du doigt comme des pathologies. La bonne nouvelle, c’est que ça se travaille! 
 

Les écoles alternatives : l'art de s'adapter à l'élève

Heureusement, il existe une alternative pour ceux et celles qui ne rentrent pas dans le moule : une école qui s’adapte au jeune plutôt que d’exiger de lui qu’il s’adapte à elle; une école qui offre des parcours personnalisés, des trajectoires efficaces pour ces élèves qui ont fait le choix d’y retourner malgré l’adversité; une école qui va mettre l’accent sur la qualité du travail et de l’effort plutôt que sur la quantité et qui va parvenir à leur faire vivre des réussites, petites et grandes, pour rebâtir leur confiance et les rendre plus forts, pas à pas.
 
J’ai eu la chance de rencontrer les intervenantes et les élèves de l’École du Milieu de Lévis, l’une des premières écoles alternatives au Québec dont le concept se répand de plus en plus, puisqu’il répond à un réel besoin. Cette école joue un rôle essentiel dans une société qui l’ignore souvent : faire raccrocher des jeunes dont elle aurait grand tort de se passer. Les élèves que j’ai rencontrés sont des cas particuliers, en un sens. Certains diraient qu’ils sont « spéciaux ». Mais être spécial, n’est-ce pas aussi être exceptionnel? Et les hommes et les femmes d’exception n’ont-ils pas souvent des destins hors du commun? Dans leurs différences, j’ai vu une grande sensibilité, une créativité débordante, une intelligence vive, de l’humour et une remarquable volonté de réussir. J’ai vu des jeunes attachants et intéressants, soutenus dans leurs efforts par une enseignante et une intervenante passionnées, impliquées et super dynamiques. Ce serait vraiment dommage que la collectivité se prive de tels potentiels!
 
Chapeau bas à tous!