Un voyage d’études peut-il être profitable pour un étudiant autiste ou ayant un trouble de santé mentale?

Par Émilie Robert, conseillère d’orientation au Collège Montmorency et auteure
 
Planifier son départ, s’adapter aux imprévus, se repérer géographiquement et sortir de sa zone de confort sont des exemples de défis que représente un voyage d’études ou une session d’échange à l’étranger. Ce sont également des choses qui rendent très anxieux les jeunes autistes ou ayant un trouble de santé mentale. Une telle expérience peut-elle être bénéfique pour ce type d’étudiants?
 
En cette ère où les déplacements sont plus faciles que jamais et où les jeunes sont de plus en plus ouverts sur le monde, les occasions de voyager dans le cadre des études, surtout au cégep et à l’université, sont de plus en plus fréquentes. Ces voyages offrent plusieurs avantages pour les étudiants : en apprendre sur le monde, s’initier à d’autres langues, développer son autonomie, se faire un réseau de contacts dans divers pays, pour n’en nommer que quelques-uns. Même si cela semble insurmontable pour un jeune ayant un trouble neurologique ou de santé mentale, les bénéfices d’une telle expérience valent la peine d’accompagner un jeune qui souhaite relever le défi. Dans certaines conditions, bien sûr…

 

Choisir une destination en lien avec ses passions ou ses sujets d’intérêt

Tout d’abord, une expérience à l’étranger demandera beaucoup d’énergie au jeune, autant pour la préparation du départ que durant le séjour. Pour qu’il puisse mobiliser cette énergie, la destination devra idéalement être en lien avec sa passion particulière ou un sujet d’intérêt.
 
La majorité des jeunes autistes ont une passion bien précise, et certains d’entre eux s’intéressent intensément à une certaine période historique. Visiter Berlin, pour celui qui s’intéresse à la Deuxième Guerre mondiale, visiter Paris, pour le féru de littérature française, ou visiter l’Écosse, pour le passionné de chevalerie médiévale, peut s’avérer être une incroyable récompense. Le fait de connaitre « théoriquement » ces endroits l’aidera à se sentir plus en confiance pour s’éloigner de son milieu familial.
 

Se préparer très longtemps d’avance

Au-delà de la passion, il faudra une bonne préparation. C’est vrai pour tous les jeunes qui souhaitent vivre une expérience à l’étranger. Plus le périple sera planifié longtemps d’avance, le mieux ce sera. Le jeune autiste ou celui ayant un trouble anxieux aura, certes, le temps de s’imaginer toutes sortes de scénarios d’inquiétude, mais il aura également le temps de se préparer à vivre cette nouvelle expérience afin qu’il ait un certain sentiment de contrôle. Il aura besoin de l’aide de ses parents, d’un enseignant ou de tout autre éducateur ou conseiller à son école, collège ou université afin de se faire un échéancier de préparation.
 
Les établissements d‘enseignement postsecondaires ont, la plupart du temps, un service dédié à la mobilité étudiante, où des professionnels aident les étudiants dans la planification de leur départ, les démarches liées aux réservations, la préparation au choc culturel et la recherche de bourses et de financement. Les technologies peuvent aussi être une ressource précieuse.
 
L’application Street View du moteur de recherche Google Maps est une ressource fabuleuse pour les personnes autistes qui sont plus visuelles. On peut y avoir des photos détaillées des rues que l’on va emprunter, comme si on y était. Cela permet au jeune de faire à plusieurs reprises des exercices de visualisation pour se préparer à circuler dans les rues environnant l’école qu’il fréquentera à l’étranger, à son logement ou à tout autre endroit à visiter.
 

Prévoir un accompagnateur

L’aide la plus appropriée pour un jeune autiste ou ayant un trouble de santé mentale qui prévoit vivre un voyage d’études sera la présence d’un accompagnateur. L’idéal est que cet accompagnateur soit un autre étudiant faisant partie du groupe, qui se sera porté volontaire et qui aura été préparé d’avance aux difficultés particulières du jeune et à la façon d’intervenir en cas de besoin.
 
Même si un enseignant accompagne le groupe, il est préférable que ce ne soit pas cette personne qui doive agir en cas d’urgence pour le jeune, car il ne doit pas abandonner son groupe pour s’occuper d’un seul individu. Dans certains cas, on peut même prévoir une rémunération pour l’étudiant-accompagnateur afin de le remercier, car son expérience de voyage peut être limitée par son rôle.
 
Ensuite, bien que cela implique des couts, il est recommandé que le jeune autiste ou ayant un trouble de santé mentale ait avec lui un téléphone intelligent connecté à un réseau satellite. Cela lui permettra à tout moment de faire des appels, d’utiliser une application de géolocalisation pour se retrouver et de faire des appels vidéos avec ses parents ou ses intervenants. Parfois, simplement de voir le visage des gens en qui il a confiance sera suffisant pour désamorcer une crise ou atténuer des inquiétudes.
 
En somme, un voyage d’études permet de faire développer des compétences et des ressources personnelles à tous les étudiants, autistes, en situation de handicap ou autre. Sachant à quel point cela peut aider à l’amélioration de l’estime de soi, il serait dommage d’en priver un étudiant qui a le désir de vivre une telle expérience. Cela peut également aider au choix professionnel. En vivant une expérience hors du commun, le jeune peut découvrir qu’il a des compétences insoupçonnées, comme l’organisation d’activités, parler dans une langue seconde ou résoudre des problèmes. Pourvu qu’on ait bien planifié cette aventure et que le jeune ait des repères stables durant toute l’expérience, cela peut faire une différence majeure dans sa vie.