Un test d’intérêts professionnels peut-il aider ou nuire aux jeunes ayant un trouble neurologique ou de santé mentale?

 
Par Émilie Robert, conseillère d’orientation au Collège Montmorency et auteure
 
Choisir un domaine d’études et identifier des professions convenant à ses besoins n’est pas une mince affaire. C’est une démarche complexe qui prend souvent plusieurs années à compléter. À l’approche du 1er mars alors que de nombreux jeunes Québécois feront une demande d’admission dans un collège ou une université, plusieurs se sentiront pressés de répondre à cette grande question.
 
Face à cette tâche abstraite de se connaitre et de trouver sa place dans le monde du travail, un test d’intérêts ou de personnalité peut sembler la solution tout indiquée. Qu’en est-il des jeunes ayant un trouble neurologique, comme l’autisme ou le TDAH, ou un trouble de santé mentale, comme le trouble anxieux? Est-ce que cela peut également leur être utile? Y a-t-il des risques de se tromper?
 

Acte réservé aux professionnels

Tout d’abord, prenons le temps de distinguer un test psychométrique standardisé d’un questionnaire d’intérêt. Les tests psychométriques sont des outils conçus avec une grande rigueur scientifique. Ils ne sont jamais gratuits, car ils ont nécessité beaucoup de travail pour leur élaboration. Le client, le conseiller d’orientation ou l’établissement doit payer l’auteur du test ou la maison d’édition pour avoir le droit de l’utiliser. Ces tests sont basés sur un cadre conceptuel et ils sont éprouvés sur un grand échantillon de personnes afin d’assurer la validité et la fidélité des résultats qui en ressortent. C’est un professionnel, qui a généralement suivi une formation universitaire traitant de la psychométrie (psychologie, sciences de l’orientation, ressources humaines ou autres) et qui a de plus complété une formation spécifique au test utilisé, qui doit faire passer ces tests. Les réponses du client sont rapportées dans un profil qui peut être très précis et qui trace souvent la personnalité du répondant. Lorsqu’on fait passer ces tests dans les règles de l’art, ils ne devraient pas porter préjudice au client.
 
Les seconds types de tests, les questionnaires de champs d’intérêt, sont souvent gratuits, disponibles sur Internet ou conçus « maison » par différents intervenants scolaires ou de l’orientation. Ils n’ont pas les qualités métriques des tests standardisés, et généralement, les « réponses » qu’ils donnent sont très générales. En ce sens, ils portent rarement préjudice au client. Ils illustrent le fait que le répondant aime plutôt tel ou tel grand domaine professionnel, par exemple. On ne peut pas vraiment faire un choix à partir de tels résultats, mais ils peuvent contribuer à la réflexion. Dans ce sens, on ne peut pas vraiment se tromper non plus avec ce genre d’outil, car on n’obtient pas vraiment de « réponse ».
 

Comparer des pommes et des oranges

Toutefois, les tests standardisés ont leur valeur du fait que l’on compare les réponses du client à un large échantillon de personnes du même âge, du même sexe et de la même langue d’usage. C’est en comparant notre répondant aux autres qu’on peut déterminer si ses préférences relèvent de la norme ou sont un trait réellement distinctif. À titre d’exemple, répondre « oui » à « J’aime rire » ne nous informe pas sur les particularités de la personne. La très grande majorité des êtres humains aime rire et cela ne nous apprend rien sur les caractéristiques uniques de notre client.
 
Qu’arrive-t-il si notre client est neurologiquement très différent des gens du même sexe, du même âge et de la même langue d’usage? Les personnes ayant un trouble neurodéveloppemental, comme le trouble du spectre de l’autisme (TSA), ne peuvent pas être comparées aux autres de cette manière. Le TSA affecte d’abord la façon de communiquer oralement et par écrit. La compréhension des questions du test peut aussi être touchée. De plus, la maturité de la personne atteinte s’acquiert plus lentement et un jeune autiste n’a généralement pas le même jugement ni les mêmes préférences qu’un autre du même âge.
 
Enfin, la perception des genres est quelque chose d’abstrait et certains jeunes autistes ne perçoivent pas ce qui est typiquement féminin ou masculin de la même manière que les personnes non autistes. Pour toutes ces raisons, leurs réponses à des tests psychométriques peuvent comporter des erreurs de lecture et ne peuvent pas non plus être comparées à l’échantillon qui a servi à l’élaboration du test. Même en utilisant le test dans les règles de l’art, il y a un risque d’induire le client en erreur.
 

De multiples façons d’arriver à un choix professionnel

Enfin, les jeunes ayant d’autres troubles, comme un trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ou un trouble anxieux, sont également à risque que les résultats d’un test standardisé les induisent en erreur. Les premiers pourraient avoir de la difficulté à se concentrer durant toute la passation du test et répondre impulsivement pour terminer le test le plus rapidement possible. Les seconds, à l’inverse, pourraient devenir trop inquiets de l’impact de chaque réponse sur leurs résultats finaux. Même si les conseillers d’orientation sont formés pour tenir compte de ces biais et nuancer leurs propos lors de l’interprétation des résultats, il peut être plus prudent d’éviter ces risques en privilégiant d’autres types d’outils d’exploration de soi. Étonnamment, les questionnaires « maison » sont plus adéquats avec ces jeunes, car le conseiller peut prendre le temps de discuter avec eux de chacune des réponses. Il peut aussi utiliser des outils visuels qui aideront le jeune à se connaitre et à découvrir des métiers tout en contournant la barrière du langage ou la fatigue de répondre à un long questionnaire.
 
Même s’il est tentant d’utiliser un outil qui est plus rapide, les jeunes en situation de handicap et particulièrement les jeunes autistes ont surtout besoin de temps, d’accompagnement, d’outils visuels et d’expériences concrètes pour faire un choix éclairé.
Mieux vaut s’y prendre le plus tôt possible!