Trouver sa voix, un dessin à la fois

Par Geneviève Boivin, graphiste, auteure et illustratrice
 
Si on m’avait dit qu’un jour, je deviendrais une auteure, je ne l’aurais pas cru. Et pourtant, c’est arrivé. Par hasard? Par accident? Je dirais par un concours de circonstances. Comme dans la vie.
 
Et cette vie emprunte parfois de drôles de chemins. Et chaque route, sa perspective. Tantôt empreinte de hasards, de surprises ou d’imprévus. Elle s’ouvre même quand on pense qu’elle se ferme lorsqu’on y met un peu de détermination, de résilience ou de persévérance. Il n’y a pas de recette. Un mélange de bonne volonté, d’audace et, surtout, de confiance. En soi, mais aussi dans les autres. C’est la somme des expériences, bonnes et moins bonnes, qui finissent par définir qui nous sommes en réalité.
 
Je suis graphiste depuis plus de 30 ans maintenant et je dessine depuis que je sais tenir un crayon. Quand j’étais enfant, je dessinais partout, tout le temps. J’utilisais même parfois mes talents d’illustratrice pour me faire de nouveaux amis quand, après un déménagement, j’arrivais dans un nouvel environnement, une nouvelle école primaire. Je n’avais qu’à sortir mes crayons, et hop! J’avais soudainement plein d’amis... J’ai vite compris que mes dessins me permettaient de communiquer et d’entrer facilement en contact avec les autres. Ils étaient en quelque sorte, ma voix.
 
C’est pendant mes cours d’arts au secondaire que ma professeure m’a parlé du métier de graphiste pour la première fois. « Mais qu’est-ce que ça fait un graphiste? »  Ça communique une idée par l’image. Déjà, je voyais un chemin qui me plaisait, qui me ressemblait. Pendant mes années au secondaire, j’ai eu l’occasion de travailler pour le journal local de ma ville comme caricaturiste. Une occasion tombée du ciel qui m’a, là aussi, permis de communiquer par le dessin. Et d’être payée pour le faire!
 
Alors comment mon parcours peut-il bien avoir abouti à faire un livre, mais en plus, à faire un livre qui s’appelle Bye bye confinement!? Je pourrais dire que c’est mon parcours d’illustratrice chez Humeur Design ou de bédéiste pour le magazine Safarir pendant mes années de cégep en graphisme qui a façonné mon histoire. Je pourrais aussi dire que ce sont mes nombreuses années en agence de publicité ou encore mes récentes expériences chez W Communication comme graphiste qui ont été le berceau du livre. C’est quand même, après tout, avec mes collègues de W que l’idée de faire des dessins pendant la pandémie de COVID-19 est née, suite à notre mise à pied temporaire. Je pense que ce n’est rien de tout ça en particulier, mais plus l’ensemble de l’œuvre. Une chose est certaine : il y a eu une idée. Simple. Créative. Humaine. Celle de communiquer ce que je vivais pendant le confinement. En images. Avec ce que la vie m’a laissé comme voix. L’image.
 
Il faut se laisser porter par cette vie et être ouvert à essayer des choses. Saisir les occasions qui se présentent enrichit notre parcours et nous amène à emprunter différents chemins que l’on n’avait pas envisagés au départ. Au pire, on se trompe. Au mieux, on réussit. Entre les deux, on a ben du fun. Et du fun, j’en ai eu et j’en ai encore. Ce projet m’a non seulement permis d’avoir beaucoup de plaisir, mais aussi de canaliser des réflexions dans des dessins pour faire parler MA vie, faire entendre MA voix. Avec mon regard. Imaginez quand vous additionnez à ça la vie des autres. Imaginez 1000 réflexions collectives recueillies par le Musée de la civilisation qui, comme moi, se retrouvait à devoir trouver de nouvelles façons de parler au monde. Vous avez alors un projet de livre. Il suffisait qu’un joueur comme Septembre éditeur entende ma voix, nos voix. Bye bye confinement!? est devenu réalité.
 
Il ne faut pas hésiter à emprunter des chemins inusités.
On ne sait jamais où ça peut nous mener, dans la vie comme en emploi.