Trouver et conserver un travail quand on est aux prises avec la schizophrénie? Oui c’est possible!

 
Par Sarah Ait Gherbi, conseillère d’orientation et doctorante en éducation
 
Plusieurs études affirment que le travail constitue la pierre angulaire du rétablissement des personnes aux prises avec la schizophrénie. Or, 80 % de ces personnes sont sans emploi malgré leur souhait de travailler [1]. Dans ce contexte, le programme de soutien à l’emploi de type « IPS » apparait comme la méthode la plus efficace à l’échelle internationale pour aider les personnes qui doivent composer avec la schizophrénie, à trouver et à conserver un emploi compétitif.
 

Conséquences positives liées au travail

Le Plan d’action en santé mentale (2015-2020) reconnait que le travail exerce une influence considérable sur le rétablissement des personnes atteintes de schizophrénie. L’impact positif du travail sur les aspects clinique, personnel et économique est soutenu par plusieurs études [2] [3] [4].
 
Sur le plan clinique, le fait d’occuper un emploi contribue à réduire les symptômes et l’incidence des hospitalisations liées à la pathologie. Sur le plan personnel, les individus ayant bénéficié des services d’intégration à l’emploi ont vécu une amélioration de leur fonctionnement global. Il apparait également que l’exercice d’un emploi contribue à la consolidation de l’estime de soi, du sentiment d’accomplissement personnel et, de surcroit, de l’identité de la travailleuse et du travailleur. Sur le plan économique, le travail permet de favoriser la diminution de la pauvreté et l’amélioration des conditions de vie.
 

Fondements et principes du programme de soutien en emploi IPS

Conçu il y a plus de 20 ans par Deborah Becker et Robert Drake du Dartmouth Psychiatric Research Center aux États-Unis, le programme IPS (selon son acronyme en anglais, Individual Placement and Support) s’inscrit dans le courant du soutien à l’emploi qui prône le fait qu’il est possible pour une personne ayant un trouble mental comme la schizophrénie de trouver un emploi compétitif et de le maintenir si elle reçoit du soutien individualisé et continu. Il se fonde sur huit principes fondamentaux basés sur les obligations de la conseillère ou du conseiller (qui peut être une conseillère ou un conseiller d’orientation). Ces principes conditionnent son efficacité [5].
 

1. L’objectif est l’obtention d’un emploi compétitif

La conseillère ou le conseiller aide la personne participante à obtenir un emploi compétitif : il s’agit d’un emploi à temps plein ou partiel, au salaire minimum ou plus et non réservé à une personne ayant une incapacité́ au travail.
 

2. Le critère d’exclusion est au niveau 0

Le programme n’exclut aucune personne intéressée par le travail en raison de son diagnostic psychiatrique, de ses symptômes, de ses abus de substances ou encore de son histoire professionnelle. Il suffit d’être une personne demandeuse d’emploi pour être admis dans ce programme.
 

3. Le soutien en emploi complète le traitement

Ce troisième critère est basé sur le principe selon lequel le travail fait partie du plan de traitement. Il implique une étroite collaboration entre les services de soins et ceux d’accompagnement vers le travail.
 

4. Les préférences de la personne sont prises en compte

La conseillère ou le conseiller offre des services basés sur les préférences professionnelles de la personne et ses habiletés. Lorsqu’on respecte leurs préférences, les personnes sont plus satisfaites de leur emploi et tendent, par ricochet, à le conserver à plus long terme.
 

5. Le principe de décision est partagé

La conseillère ou le conseiller offre à la personne participante toute l’information sur la règlementation des services gouvernementaux, dont l’aide sociale et l’assurance-emploi, entre autres. Ainsi, celle-ci peut choisir l’ampleur de son implication en milieu de travail régulier en fonction de ses conséquences sur le plan financier.
 

6. La recherche d’emploi est rapide

La conseillère ou le conseiller commence rapidement à aider la personne participante à trouver un emploi compétitif, sans avoir recours aux évaluations prolongées, aux emplois bénévoles, protégés ou de transition et aux autres étapes préparatoires, et ce, afin de tirer profit de sa motivation actuelle.
 

7. Le développement des emplois est systémique

La conseillère ou le conseiller développe un réseau d’employeurs afin de connaitre leurs besoins de personnel et leurs préférences en matière d’embauche en fonction des préférences des personnes demandeuses d’emploi.
 

8. Le soutien est individualisé et continu

Enfin, la conseillère ou le conseiller soutient de façon continue et de manière illimitée la personne travailleuse dans son nouvel emploi. De plus, elle ou il offre ses services de façon individualisée et cela se poursuit aussi longtemps que la personne participante le désire.
 

Un programme efficace

Plusieurs recherches, réalisées entre autres aux États-Unis, en Australie, à Hong Kong et au Canada, démontrent que le programme IPS présente une formule plus gagnante que les autres approches évaluées en ce qui concerne l’intégration d’un travail en milieu courant et son maintien. En outre, les études sur le soutien en emploi ont prouvé qu’on ne constatait aucun effet négatif lié à la participation au programme IPS [6].
 
En somme, depuis 2001, des programmes IPS ont été implantés au Québec. À Montréal, plus précisément à l’Institut Douglas, le programme invite les intervenantes et intervenants en santé mentale à collaborer avec la personne intéressée au sujet de son désir de travailler. Par la suite, la personne intervenante fait parvenir la référence [7] au secrétariat du Centre de réadaptation psychosociale et de soutien communautaire SPECTRUM au Centre Wellington. Il s’agit d’un service volontaire, confidentiel et gratuit.
 

Notes

[1] McLean, D., Mowry, B., Statham, D., Waghorn, G. et Westcott, C. (2015). Interest in Employment Among People with Schizophrenia. American Journal of Psychiatric Rehabilitation, 18(2), 187‑207.
[2] Areberg, C. et Bejerholm, U. (2013). The effect of IPS on participants’engagement, quality of life, empowerment, and motivation: a randomized controlled trial. Scandinavian Journal of Occupational Therapy, 20(6), 420–428.
[3] Blank, A., Harries, P. et Reynolds, F. (2011). Mental health service users’perspectives of work: a review of the literature. British Journal of Occupational Therapy, 74(4), 191–199.
[4] Dunn, E.-C., Wewiorski, N.- J. et Rogers, E.-S. (2008). The meaning and importance of employment to people in recovery from serious mental illness: results of qualitative study. Psychiatric Rehabilitation Journal, 32(1), 59–62.
[5] Becker, D.-R. et Swanson, S.-J. (2013). IPS Supported Employment: A Practical Guide. Lebanon, NH: Dartmouth Psychiatric Research Center. *
[6] Becker D.-R, Drake R.-E, Salyers M.-P, Torrey W.-C. et Wyzik P. -F. (2004). A ten-year follow-up of a supported employment program. Psychiatric Services. 55(3), 302-8.
[7] Le formulaire de référence est disponible sur le lien suivant : http://www.douglas.qc.ca/page/centre-wellington
 
* Un merci particulier à Mme Susan Morris, responsable administrative du Centre de soutien en emploi IPS, à l’Institut de recherche en sciences sociales Rockville, pour sa précieuse collaboration dans l’acquisition du guide IPS.