Portrait de mentor : Prévisionniste d'avalanche

Chaque mois, Academos vous présente un mentor vedette. Ce mois-ci, Julie Leblanc nous fait découvrir le métier de prévisionniste d’avalanche.
 

Questions en rafale

L'organisme où vous travaillez est-il le seul spécialisé en avalanches au Québec?

Oui. Ailleurs au Canada, il y a le centre de prévision d’avalanches du Canada, à Revelstoke, en Colombie-Britannique.

 

Quel territoire occupez-vous?

Nous sommes situés à Saint-Anne-des-Monts, à l’entrée du parc National de la Gaspésie. Nous sommes situés là puisque l’un de nos plus gros programmes se déroule dans les Chics-Chocs, en hiver.
 

Que veut dire « Chics-Chocs »?

Ça vient de la langue des autochtones (Mic Mac), et ça veut dire : « Barrière de montagnes infranchissables ». Quand on regarde les montagnes vers le sud (à Saint-Anne-des-Monts), on dirait un mur!

 

Devez-vous sortir souvent à l’extérieur?

Une journée sur deux, on fait des sorties « terrain » pour récolter des données, faire un bulletin d’avalanche.

 

Devez-vous voyager beaucoup dans le cadre de votre métier?

Oui, quand même. Moi, j’aime ça. Je saisis donc toutes les occasions de voyager. Je voyage beaucoup au Québec, pour des formations ou des festivals. L’an dernier, je suis allée dans les Pyrénées donner une formation sur les avalanches. Dans un mois, je vais en Suisse. Je me promène pas mal! Je profite pleinement de mes avantages. Lorsque je pars, j’apporte toujours mes skis!
 

Il y a eu une avalanche en Colombie-Britannique dernièrement...

Cette année, il y a eu déjà quelques morts au Canada, malheureusement. Je pense que la plupart des cas sont des motoneigistes qui pratiquent de la motoneige hors piste. Avec cette tendance, il y a de plus en plus de motoneiges qui circulent. C’est une clientèle plus à risque.
 

Y a-t-il des avalanches au Québec*?

C’est surtout ici, dans les Chics-Chocs, en Gaspésie, car le terrain est assez propice aux avalanches. Des terrains dénudés, sans arbres, on appelle ça des zones alpines. Il ne faut pas une grosse pente pour qu’un accident survienne. Si on regarde l’historique des accidents au Québec, il y en a presque dans toutes les régions. Il y a même eu un mort à Thetford Mines il y a quelques années.
 
*Le Québec est propice aux avalanches meurtrières. Depuis les années 70, on dénombre 30 morts causées par les avalanches.
 

Vous déplacez-vous à chaque avalanche?

Je me déplace surtout dans les secteurs des Chics-Chocs. Pour la route, on a une entente avec le Ministère des Transports. Ça arrive à quelque reprises qu’on se déplace pour aller valider des données, mais pas à chaque fois!

 

Avez-vous déjà vu des avalanches?

Oui. Il faut savoir que les gens ont parfois une mauvaise idée de ce qu’est une avalanche. Une avalanche de taille 1, ce n’est pas assez gros pour ensevelir quelqu’un. À partir de la taille 2, elles peuvent ensevelir une personne. Taille 3, une voiture. Taille 4, un train et taille 5, un village.
 

Avez-vous déjà provoqué des avalanches?

Oui, mais ça prend une certaine compétence. Pour valider la stabilité de la neige, on peut déclencher des avalanches avec nos skis. On n’utilise pas les explosifs, mais on va sur une pente sans danger et on traverse rapidement avec nos skis pour la couper perpendiculairement. En anglais, on appelle ça un ski-cut (un test de cisaillement de ski).

 

Avec le réchauffement climatique, voyez-vous des changements dans la fréquence des avalanches?

C’est un peu difficile à dire, mais ce qui est clair, c’est que les précipitations sont assez extrêmes. Par exemple, c’est la cinquième année que je suis ici et c’est un des seuls hivers où je vois autant de pluie. Les risques d’avalanche sont reliés directement aux prévisions météo. Si la météo est très changeante, les risques d’avalanches sont changeants aussi. Est-ce qu’il y en a plus? Difficile à dire, parce que les avalanches arrivent de façon naturelle. Les avalanches répertoriées sont souvent déclenchées par des gens.  C’est un drôle d’hiver pour nous!

 

À quand remonte votre passion pour les avalanches?

J’ai toujours aimé aller dehors. Avec mes parents, on faisait toujours du ski de fond, de la motoneige, du camping. Quand j’ai commencé à me questionner sur mon cheminement professionnel, j’ai décidé de faire un cours en tourisme d’aventure. Je savais qu’il y avait des cours au Québec, mais comme je voulais apprendre l’anglais, je suis allée en Colombie-Britannique. Ensuite, je me suis mise à voyager. Lorsque j’ai voulu revenir en Gaspésie, j’ai découvert qu’il y avait un centre d’avalanche. À l’époque, comme il n’y avait pas de poste, j’ai travaillé dans l’industrie du tourisme. Je guidais des gens en ski. Quelques années plus tard, j’ai appliqué au centre d’avalanche et depuis, j’y travaille! J’ai toujours aimé l’hiver et je pense que ce métier est vraiment parfait pour moi, parce que ça rallie un peu de science, de plein air et de tourisme d’aventure.

 

Qu’est-ce que ça prend pour faire votre métier?

Premièrement, de la débrouillardise. Ensuite, beaucoup de minutie. On recueille des données constantes, donc il faut vraiment être minutieux quant aux termes, aux données qu’on transcrit et à certains tests que l’on fait. Sinon, ça prend de la passion, parce que les journées peuvent être longues. Parfois, on travaille 10 jours de suite parce qu’il y a beaucoup de choses à faire.

 

Vous qui aimez le ski, rêvez-vous de grimper l’Everest?

Non. Ce que j’aimerais le plus faire, c’est de faire un voyage au Japon. C’est un nouveau pays, une nouvelle culture. Ce n’est pas les plus hautes montagnes, mais c’est une super qualité de neige, des volcans et des sources d’eau chaude. Donc, si je partais en voyage demain matin, j’aimerais mieux faire ça que des descentes de ski extrême en Alaska.