Portrait d’une recherche d’emploi prolongée

 
La perte d’un emploi et la recherche d’un travail qui s’en suit sont souvent des évènements stressants et dévastateurs. Je vous propose une incursion dans l’expérience psychosociale de personnes en situation de recherche d’emploi prolongée à la suite d’une perte imprévue de leur travail. La notion de capital psychologique sera utilisée pour mieux comprendre et possiblement soutenir les personnes qui font face à de telles situations.
 
À titre de conseiller en emploi, puis de conseiller d’orientation, j’ai eu l’occasion d’accompagner de nombreux chercheurs d’emploi. Si j’ai souvent dû composer avec l’anxiété des finissants de programmes d’études en première insertion professionnelle, j’ai toujours trouvé plus complexes et difficiles les situations de personnes qui avaient perdu leur emploi de façon impromptue, par surprise, souvent même avec stupeur.
 

Un paradoxe épuisant

C’est au moment où les chercheurs d’emploi ont le plus besoin de leurs ressources personnelles, financières et sociorelationnelles, afin de se repositionner sur le marché du travail, qu’elles sont les plus fragilisées. Et, plus se prolonge la recherche d’emploi, plus grands sont les risques de voir naitre chez l’individu des représentations, des croyances et des résistances par rapport à lui-même et aux possibilités qui existent. Tranquillement, sournoisement, s’accumuleront les démarches non concluantes et les expériences de précarité financière et d’exclusion sociale. La fatigue et l’épuisement psychologique s’installeront. Le défi des chercheurs d’emploi et des conseillers qui les accompagnent n’est pas seulement « de s’outiller » de stratégies de communication (lettres de motivation, curriculum vitae, préparation d’entretiens, etc.), mais de maintenir, de préserver et de mobiliser leur capital psychologique.
 

La notion de capital psychologique

À ce jour, peu d’études ont porté sur la fatigue et l’épuisement personnels dans un contexte de perte de travail, de recherche d’emploi et de chômage prolongé. Cela dit, un groupe de chercheurs[1] a récemment tenté de mieux comprendre comment les difficultés financières et l’exclusion sociale pouvaient mener à la fatigue lors des démarches de recherche d’emploi.
 
Ces chercheurs se sont également penchés sur le rôle du capital psychologique comme ressource pouvant atténuer cette fatigue. Le capital psychologique implique la mobilisation de quatre dimensions : le sentiment d’efficacité personnelle[2], l’espoir, la résilience et l’optimisme. Un haut niveau de capital psychologique favorise l’adoption de stratégies d’ajustement, comme l’optimisme, la résilience, la gestion du stress, l’adversité et surtout, la fatigue émotionnelle. Cela permet ainsi au chercheur d’emploi de :
  • Transformer ses difficultés en problèmes à résoudre;
  • Consacrer un maximum d’énergie à une tâche ciblée plutôt qu’à des pensées négatives et lourdes (frustration, colère, etc.);
  • Cibler rapidement un but et un sens à toutes ses actions.
 

Le revers de la médaille

L’espoir, la résilience et l’optimisme sont à la fois causes et conséquences de la qualité du sentiment d’efficacité personnelle. La fatigue et l’épuisement, accentués par une longue démarche de recherche d’emploi marquée de perceptions d’échecs et de rejet, entrainent une perte d’énergie dans la mobilisation de ses ressources. Ils entrainent également l’instauration de doutes, de remises en question et de perte de confiance à l’égard de ses capacités. Lorsque la personne trouvera ultimement un travail, plus forte auront été la fatigue et l’épuisement d’une recherche prolongée, plus faibles seront sa confiance et son engagement à l’égard de son emploi et du marché du travail en général. En somme, les marques émotives de cette épreuve demeureront et constitueront un autre défi à relever par la personne avant d’atteindre (à nouveau) un certain état de capital psychologique.
 

Constats

Les résultats obtenus par l’équipe de chercheurs ont confirmé la presque totalité de leurs hypothèses. Voici les principaux éléments à retenir de leurs travaux :
  • La précarité économique est une dimension de forte influence psychologique. Des stratégies doivent être mises en place afin de relativiser et d’objectiver (sans nier) les perceptions et les croyances parfois erronées (dramatisantes, immobilisantes) de la situation financière. Un maximum d’énergie doit être mis au service de l’action constructive, et non de la déprime et du laisser-aller;
  • L’isolement social est une situation à risque pour les personnes qui s’enlisent dans des émotions et des scénarios négatifs. Il importe donc d’aller chercher le soutien des proches, mais aussi de professionnels qualifiés et expérimentés. Ceux-ci offriront le temps et l’écoute requis pour permettre à la personne de ventiler, de se libérer et de se donner le droit d’être fatigué et épuisé. Ces personnes l’aideront à obtenir le maximum de support pour augmenter ses chances de trouver un emploi;
  • Tout comme la forme physique, la « forme psychologique » demande de l’entraînement, sinon une pratique régulière et l’adoption d’un mode de vie équilibré. Le travail de chercheur d’emploi est demandant (comme un emploi!) et il importe de se donner des moyens pour récupérer et de maintenir un équilibre sain. Faire du yoga, de la méditation, de la course à pied, prendre l’air, visiter des proches, consulter des ouvrages de psychologie ou rencontrer de nouvelles personnes ne sont que quelques idées!

 

Pour aller plus loin

Dans l’article Pour une recherche d'emploi efficace!, plusieurs stratégies d’ajustement s’appliquant au maintien et à la croissance de son capital psychologique ont été décrites. Je vous invite à consulter ce précédent article si vous souhaitez obtenir un aperçu des types de soutien et d’accompagnement possibles.
 
Si vous souhaitez bénéficier d’un accompagnement dans vos démarches de recherche d’emploi, sachez que les conseillers formés dans des programmes universitaires spécialisés en développement de carrière (Université du Québec à Montréal, Université Laval, Université de Sherbrooke) sont les mieux qualifiés pour offrir ce soutien.
 
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[1] Lim, V. K., Chen, D., Aw, S. S., & Tan, M. (2016). Unemployed and exhausted? Job-search fatigue and reemployment quality. Journal of Vocational Behavior, 92, 68-78.
[2] Croyance en sa capacité à mobiliser sa motivation, ses ressources cognitives et les actions requises pour mener à bien une tâche spécifique dans un contexte donné.