Manifester, une expérience orientante?

 
Par Louis Cournoyer, professeur-chercheur en développement et counseling de carrière, directeur de la Clinique Carrière et de la maitrise en counseling de carrière, conseiller d'orientation et superviseur clinique en pratique privée
 
Au moment d’écrire cette chronique, la jeune Greta Thunberg dénonçait l’inaction des gouvernements face au réchauffement climatique, lors de son passage aux Nations Unies. En marge de cette action, une marche mondiale s’est tenue le 27 septembre 2019. À Montréal, des centaines de milliers de personnes sont sorties manifester. Les causes pour manifester ne manquent pas. Elles sont à la fois le reflet des limites de la société, voire de la nature humaine, mais aussi de notre force individuelle et collective d’indignation.
 
Manifester peut se définir comme l’acte de faire connaitre, de révéler quelque chose de manière visible, publique, ouverte. Elle implique l’adoption d’attitudes et de comportements affirmatifs de sa présence, de son existence, de ses croyances, de ses valeurs, de ses droits, de son éthique, etc.
 
S’orienter est une manifestation, d’abord personnelle, puis ultimement publique, du sens que l’on souhaite donner à sa vie. Cette chronique propose trois avenues de transférabilité possibles de l’action de manifester publiquement, socialement et à des fins d’orientation professionnelle.
 

Manifester, c’est reconnaitre l’incohérence entre soi et ce qui nous entoure

S’orienter, tant professionnellement que socialement, c’est chercher des moyens d’équilibre personnel pour réduire l’écart entre ce que l’on est, ce que l’on fait, ce que l’on veut et ce qui est. (Wubolding et al., 2004). Cela implique de se regarder pleinement dans ses attitudes, ses comportements, dans ce à quoi nous participons quotidiennement à nourrir, souvent à contre « sens » de ses intérêts, de ses valeurs, de ses besoins.
 
L’incohérence est un indicateur important de désorientation (tant personnelle que sociale), mais encore faut-il aller au-delà du ressenti et pouvoir reconnaitre les parties de soi qui sont lésées, inexploitées, en quête d’expression, d’expansion identitaire! En manifestant publiquement, quels sont les intérêts, les valeurs, les forces, les convictions, etc. qui cherchent à se manifester en vous?
 

Manifester, c’est se reconnaitre au travers des autres

De la naissance à la mort, la connaissance de soi passe par celle que nous constatons dans le regard et le contact de « l’autre » (personnes, groupes, milieux, environnements, etc.). En observant les autres, en s’associant ou en s’engageant avec eux, la manifestation publique, comme celle d’ordre plus personnel dans toute forme d’acte productif, peut contribuer au développement de son sentiment d’efficacité personnelle (SEP), c’est-à-dire croire en sa capacité d’atteindre ses buts ou de faire face à différentes situations. Le SEP, comme conçu par Albert Bandura (2007) est le produit de :
a) ses expériences personnelles de réussites ou d’échecs,
b) l’observation d’autrui à réussir à atteindre un but,
c) la persuasion sociale en termes de propos convaincants, encourageants, mobilisants,
d) facteurs émotifs et physiologiques propres à soi.
 

Manifester, c’est s'interroger sur ses motivations authentiques

Pourquoi je manifeste? Pourquoi je m’engage dans cette cause? Et tel que le proposent Cournoyer et Lachance (2018), pourquoi je m’oriente, pourquoi une personne en vient-elle à se motiver pour telle option plutôt qu’une autre? Mes motivations sont-elles intrinsèques, soit guidées par la recherche de sens et d’expression authentique de soi sans attente de récompense externe (financière, affective, etc.)? Mes motivations sont-elles plutôt extrinsèques (c’est-à-dire guidées par la recherche de récompenses et l’évitement de punitions, de rejets, de ne pas être acceptable, par l’adoption inconsciente d’attitudes, de comportements, de valeurs ou de réactions liées à des groupes significatifs dans un strict but d’être considéré, reconnu, approuvé, etc.)?
 
Il est également possible d’être tout simplement amotivé, désengagé, désinvesti, absent. Partant de l’idée que la manifestation publique pour une cause sociale est une action personnelle, à quoi vous engagez-vous face à vous-même lorsque vous allez de l’avant?
Toute action (ou inaction) parle de soi. Cela parle de nos convictions, de nos valeurs, de nos principes, de même que de nos croyances sur le monde, ainsi que de soi dans le monde, de ce qui fait du sens et de ses incohérences.
 
Si cette chronique amorce une démarche réflexive pour vous et que vous souhaitez l’approfondir, je vous invite alors à considérer la rencontre d’une personne conseillère d’orientation membre de l’Ordre des conseillers et des conseillères d’orientation du Québec (OCCOQ).
 

Références

Bandura, A. (2007). Auto-efficacité : Le sentiment d’efficacité personnelle. Bruxelles : De Boeck.
 
Cournoyer, L. & Lachance, L. (2018). L’ADO en mode décision : Sept profils pour comprendre et aider son choix de carrière. Québec: Septembre éditeur.
 
Wubbolding, R. E., Brickell, J., Imhof, L., Kim, R. I. Z., Lojk, L., & Al-Rashidi, B. (2004). Reality therapy: A global perspective. International Journal for the Advancement of Counselling, 26(3), 219-228.