Les jeunes en situation de handicap vivront-ils le plein emploi?

 
Par Émilie Robert, conseillère d’orientation au Collège Montmorency et auteure
 
Nombreux sont les étudiants en situation de handicap (ESH) qui consultent en orientation, car ils s’inquiètent de ne pas se trouver un emploi qui les satisfera. Or, à seulement 5,4 %, le taux de chômage au Québec a rarement été aussi bas.
 
Selon les données de l’Institut de la statistique du Québec[1], l’emploi au Québec a augmenté de 65 500 pendant la première moitié de l’année, comparativement à 2017. Devant de telles données, on pourrait penser que cette situation favorisera les chercheurs d’emploi, dont les personnes avec un trouble d’apprentissage ou un trouble neurologique. Alors, de quoi ces jeunes s’inquiètent-ils?
 

À compétences égales, tous ne sont pas égaux

On pourrait s’attendre à ce que les jeunes présentement en formation dans les collèges et les universités se réjouissent : si la tendance se maintient, ils auront le choix entre plusieurs postes disponibles à la fin de leur parcours de formation. Aussi, les ESH pourraient davantage être embauchées que leurs prédécesseurs. Dans le secteur public, voilà de nombreuses années que s’applique la discrimination positive voulant qu’à compétences égales, on embauche une personne en situation de handicap ou faisant partie d’une minorité visible.
 
Les entreprises privées sont également de plus en plus sensibilisées à la réalité des personnes présentant un trouble d’apprentissage, un trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) ou un trouble du spectre de l’autisme (TSA). Les médias traitent le sujet de plus en plus positivement et on entend de plus en plus de personnalités publiques nous dévoiler leur diagnostic de TSA ou de TDAH. Pourtant, les ESH que je rencontre ne semblent pas tellement portés par ce vent d’optimisme. Si certaines de leurs inquiétudes sont fondées, ils peuvent tout de même se rassurer sur plusieurs points.
 

La pénurie de main-d’œuvre a ses avantages

Tout d’abord, les ESH peuvent se trouver plus facilement du travail parce que les employeurs sont en pénurie de main-d’œuvre. Que des mesures de discrimination positive soient appliquées ou pas, ces jeunes sauront combler les besoins des employeurs. À titre d’exemple, le collège où je travaille a observé un taux d’embauche record pour les finissants des programmes techniques en 2017. Même dans les programmes pour lesquels l’emploi est plus rare comme la technique de muséologie, les finissants ont pu se trouver du travail.
 

Place aux diplômés collégiaux et universitaires

Les personnes sans diplôme qualifiant n’en profiteraient peut-être pas autant que les diplômés collégiaux ou universitaires. Certains secteurs accusent un recul dans l’embauche, notamment en raison des transformations technologiques. Les emplois non spécialisés sont les plus à risque, car ils sont souvent remplacés par la robotisation et des applications informatiques. Et bien entendu, bon nombre d'ESH éprouvent de la difficulté à obtenir un diplôme collégial ou universitaire, mais de telles études sont de plus en plus à leur portée.
 
Les jeunes avec un trouble d’apprentissage ou un trouble neurologique comme l’autisme ont donc, statistiquement, intérêt à poursuivre leurs études au-delà de la 5e secondaire. Ceux qui le font réussissent de plus en plus, notamment grâce aux mesures d’accommodement octroyées par les établissements d’enseignement postsecondaire. À titre d’illustration, chez les ESH du Collège Montmorency, le taux d’obtention du diplôme de DEC des finissants à l’hiver 2016 était 1 % plus élevé (90 %) que ceux sans handicap (89 %). L’ESH qui se rend à sa dernière session a autant de chances que l’étudiant typique de décrocher son diplôme.
 

Encore faut-il que les champs d'intérêt concordent

Les champs d’intérêt des ESH ne sont pas toujours en lien avec des domaines florissants au Québec. Si bon nombre ont des compétences en informatique et en technologie, une autre proportion appréciable d’entre eux s’intéresse à des domaines plus difficiles à percer : les arts visuels, l’histoire, l’archéologie, la littérature, pour ne nommer que ceux-ci. Les diplômés des baccalauréats dans ces programmes ont de la difficulté à trouver du travail en lien avec leur niveau de scolarité et domaine d’études, qu’ils aient un trouble neurologique ou non. À titre d’exemple, en 2017[2], 48,9 % des diplômés du baccalauréat en études littéraires des universités québécoises étaient en emploi et de ceux-ci, 67,3 % travaillaient en lien avec la littérature. Le plein emploi n’est donc pas un phénomène uniforme parmi les diplômés des études supérieures.
 

Les habiletés relationnelles et communicationnelles : un atout majeur qui se développe

Même lorsqu’ils se dirigent vers des secteurs où les emplois sont abondants[3] (production de biens, finance, assurance, transport, services scientifiques et techniques, administration, soins de santé), les ESH ont quelques défis à relever. De plus en plus d’employeurs recherchent des travailleurs qui ont de la facilité à communiquer efficacement, à gérer des relations interpersonnelles, à être polyvalents et à s’adapter au changement.
 
Si ces qualités ne sont pas toujours naturelles chez les jeunes avec un TSA, ces compétences se développent si le jeune est bien préparé et accompagné. L’aide d’un conseiller en emploi qui agit à titre facilitateur entre l’employeur et l’employé peut aider à l’accès et au maintien en emploi. D’autre part, les entreprises en difficulté de recrutement proposent de plus en plus de programmes d’aide aux nouveaux employés : mentorat, jumelage, formation continue entre autres.
 
En bref, les jeunes avec un trouble d’apprentissage ou neurologique sont souvent anxieux quant à leur futur professionnel et inquiets de ne pas se trouver un emploi qui leur convienne. En effet, ils devront faire des choix éclairés quant à leur orientation scolaire et professionnelle afin de se diriger dans un domaine où leurs forces naturelles seront mises en valeur. Ils pourront ainsi décrocher un diplôme qualifiant qui les mènera à un emploi où ils se sentiront compétents… en allant bien sûr chercher de l’aide pour développer des compétences relationnelles et communicationnelles, cruciales dans l’économie du XXIe siècle. 
 
[2] Source : Repères, GRICS, 2018-09-13
[3] Institut du Québec, www.institutduquebec.ca, 2018-09-13