Les jeunes autistes et le monde du travail : mon enfant a-t-il un avenir?

Par Émilie Robert, conseillère d’orientation au Collège Montmorency
Auteure du livre Les personnes autistes et le choix professionnel – Les défis de l’intervention en orientation (2015), publié chez Septembre éditeur
 
« Y a-t-il un avenir pour mon enfant? », « J’ai peur qu’il ne devienne pas autonome financièrement et professionnellement », « Que fera-t-il lorsque nous ne serons plus là? »
 
Ces questions, je les ai souvent entendues de la part de parents de jeunes ayant un trouble du spectre de l’autisme (TSA). Plusieurs m’appellent ou m’écrivent des courriels, soucieux de ce que l’avenir réserve à leur enfant. Leurs préoccupations sont tout à fait légitimes.
 
Selon la Fédération de l’autisme du Québec, seulement 10 % à 15 % des adultes ayant un TSA obtiennent un emploi et le maintiennent. Parmi ceux-ci, plusieurs sont considérés comme surqualifiés pour leur emploi. Ils sont nombreux à décrocher des diplômes universitaires avancés, et pourtant, ils occupent un emploi qui ne requiert aucune formation spécifique.
 
Les parents de jeunes autistes s’interrogent aussi sur le choix d’études de leur enfant. Si plusieurs sont très performants académiquement, ils étudient souvent dans des domaines pour lesquels les débouchés en emploi sont difficilement conciliables avec un profil autiste. Par exemple, plusieurs étudient l’histoire à l’université, mais ne se voient pas capables de l’enseigner. Sachant que les études postsecondaires sont exigeantes, certains parents se demandent si le jeu en vaut la chandelle.
 

Un avenir de plus en plus prometteur

Les inquiétudes des jeunes autistes et de leurs parents sont compréhensibles. Cela dit, plusieurs indices laissent présager que leur avenir est plus prometteur qu’il ne l’a jamais été. Les jeunes autistes bénéficient d’aide et d’accompagnement au secondaire et au collégial, qui peuvent les amener à développer leurs habiletés sociales et leur confiance en eux, en plus de les aider à obtenir un diplôme.
 
De plus, les employeurs sont davantage informés sur l’autisme et ses différents degrés. Ils savent aussi que les employés ayant un tel diagnostic peuvent être un atout pour l’entreprise. Par exemple, certaines firmes d’informatique ont commencé à appliquer une politique de discrimination positive à l’égard des personnes ayant un TSA. Ils reconnaissent en effet l’aisance que démontrent certaines personnes autistes avec les suites logiques complexes. Récemment, des organisations d’autres secteurs, comme le Mouvement Desjardins, ont suivi cet exemple et offrent des emplois adaptés aux besoins des personnes autistes. Ainsi, ils leur offrent un environnement de travail qui respecte leurs forces et leurs limites.
 
Bien que cela soit positif, il n’est pas suffisant d’attendre que les employeurs adoptent de telles pratiques. Dès l’adolescence, le jeune autiste peut préparer son éventuelle entrée sur le marché du travail, petit pas par petit pas.
 

Comment aider son enfant à développer ses habiletés socioprofessionnelles?

Pour un jeune autiste de 16 ou de 18 ans, le monde du travail paraît souvent intimidant. Pour s’y familiariser, il peut entreprendre différentes actions avec l’aide de ses parents ou d’un intervenant, comme un conseiller d’orientation.
 
Voici quelques recommandations que les parents et leur enfant autiste peuvent suivre afin de favoriser l’employabilité du jeune :
 
  1. Faire des démarches pour obtenir un emploi d’été ou un emploi à temps partiel. La plupart des jeunes ayant un TSA n’ont jamais eu d’expérience de travail avant l’âge de 18 ans. Trouver un emploi est une démarche éprouvante pour une personne ayant des difficultés à communiquer. Plus tôt le jeune aura une expérience de travail, meilleures seront ses chances de développer les habiletés sociales et de communication attendues dans le monde du travail. Le parent peut bien sûr accompagner son enfant dans les différentes étapes de recherche d’emploi.
 
  1. Participer à des activités parascolaires. La plupart des jeunes autistes préfèrent des activités solitaires et se sentent maladroits en groupe. Même s’il est tentant de rester en retrait en dehors des heures de classe, il est profitable pour le jeune de participer à une activité qui rejoint sa passion particulière (journal étudiant, club de lecture, harmonie musicale, etc.). Cela le prédispose à socialiser autour de sujets qui le passionnent. Cela l’aide aussi à développer sa confiance en lui et à prendre sa place dans un groupe.
 
  1. Faire les travaux en équipe, lorsque cela est exigé. Plusieurs étudiants autistes ont de la difficulté à être performants en équipe et demandent à leur professeur de réaliser leurs travaux individuellement. Même si cela s’avère pénible, c’est en travaillant en équipe que le jeune expérimentera la résolution de conflit inhérente aux équipes de travail. Les parents peuvent également l’aider à résoudre les conflits d’équipe s’il y a lieu et l’encourager à persévérer même si ce type de travail le rend anxieux.
 
  1. S’habituer à parler de son TSA à ses professeurs, à ses employeurs occasionnels et à ses partenaires d’équipe. La communication sociale est un peu comme une troisième langue pour les jeunes autistes. Plus ils ont la chance d’expliquer leur situation en leurs mots et d’exprimer leurs besoins, plus les gens autour d’eux comprendront leur situation et les aideront à trouver des solutions, s’ils éprouvent des difficultés.
 
  1. Le dernier point, mais le plus important; miser sur ses forces. Les personnes autistes ont un profil d’habiletés qui est souvent particulier. Elles sont talentueuses dans des domaines inusités (par exemple : se souvenir des détails lus cinq ans plus tôt). D’un autre côté, elles peuvent présenter des limites dans des habiletés générales (par exemple : retrouver son chemin vers la maison). Souvent, ce sont leurs lacunes que l’on retient au détriment de leurs forces. Or, c’est sur la base de ses forces naturelles que le jeune autiste pourra bâtir de nouvelles compétences relatives à la communication et aux relations humaines.
 
Lors de ma prochaine chronique, il sera question d’aider les jeunes autistes à identifier leurs forces et à les mettre à profit dans leur choix professionnel.