Les conditions de travail des personnes autistes ou ayant un trouble de santé mentale : souvent aussi déterminant que le choix professionnel

 
Par Émilie Robert, conseillère d’orientation au Collège Montmorency et auteure
 
Nombreux sont les adultes ayant un trouble de santé mentale ou un trouble du spectre de l’autisme (TSA) détenteurs d’un diplôme qualifiant qui n’arrivent pas à obtenir ou maintenir un emploi. Ils sont même assez nombreux à avoir réussi des études collégiales et universitaires, voire de cycles supérieurs, et à se retrouver devant une barrière face à l’emploi.
 
Certains consulteront un conseiller d’orientation, car ils douteront d’avoir fait le bon choix professionnel. D’autres veulent apprendre un nouveau métier ou découvrir un autre domaine. Pour plusieurs toutefois, il vaut la peine de ne pas sauter trop vite aux conclusions. S’ils ont obtenu leur diplôme, c’est qu’ils sont jugés aptes à travailler dans le domaine. Et si nous examinions plus minutieusement l’impact des conditions de travail sur ces personnes jugées plus vulnérables?
 

L’histoire de Mathilde

Mathilde a un trouble de santé mentale important. Elle a obtenu il y a deux ans un diplôme d’études professionnelles (DEP) en cuisine. Elle n’a pas réussi à garder un emploi plus de quelques jours. Après une importante période de dépression qui l’a retirée de la vie active, elle a décidé de consulter un service d’aide à l’emploi. Grâce à l’accompagnement de son conseiller en emploi, elle a réussi à nommer qu’elle adorait le monde de la restauration, mais on lui reprochait de ne pas être suffisamment autonome, proactive et surtout pas assez rapide. Lorsque la pression monte, elle devient très anxieuse, fige et perd ses moyens. Pourtant, Mathilde dit avoir une très bonne méthode, être très minutieuse et soucieuse du travail bien fait.
 
Étant donné que la plupart des restaurants exigent de l’autonomie et de la rapidité d’exécution, on pourrait penser qu’il vaut mieux pour Mathilde de se réorienter. Toutefois, grâce à sa détermination, elle a réussi à rencontrer un employeur qui a su reconnaitre ses forces plutôt  que de s’arrêter à ses limites. Elle a pu trouver un chef de cuisine qui avait besoin d’un employé pour faire de la préparation d’ingrédients. Il l’a mise à l’essai et l’a embauchée le jour même. Elle doit arriver tôt, couper les légumes, mesurer les ingrédients méticuleusement et attentivement. C’est ce qu’on s’attend d’elle et elle le fait très bien. Elle peut mettre à profit ses connaissances et habiletés sans avoir à être dans le feu de l’action du service du soir. Des exemples comme Mathilde, il y en a plusieurs. Quels sont les éléments clés pour une intégration réussie?
 

4 conditions essentielles à une bonne intégration en emploi

  1. Nommer ses forces et ses besoins : Les employeurs, comme dans le cas de Mathilde, paient des employés pour qu’ils effectuent une tâche avec un certain rendement. Lorsque l’employé peut démontrer ses capacités, en précisant les conditions favorables à son rendement, plusieurs employeurs sont ouverts à trouver le bon poste de travail pour cette personne. Toutefois, cela n’est pas évident de nommer ses forces et ses besoins, particulièrement pour les personnes autistes. Aller chercher l’aide d’un professionnel de l’orientation ou de l’employabilité est souvent nécessaire à cette étape. Ce professionnel pourra aider la personne à identifier puis déclarer à son employeur certains besoins qui peuvent paraitre étranges s’ils ne sont pas expliqués : besoin d’un éclairage tamisé, de porter des coquilles sur les oreilles, de marcher un peu au bout de 30 minutes de travail, d’être placé loin d’une porte, etc.
 
  1. Trouver un gestionnaire qui donne une rétroaction claire : Au travail, les journées passent vite et tous sont pris dans leurs activités quotidiennes. Peu de gestionnaires prennent le temps d’exprimer explicitement leurs attentes ou de donner rapidement une rétroaction à l’employé sur la qualité de son travail. Trop souvent, cela se produit lors de l’évaluation de rendement à la fin de l’année où l’employé apprend, par exemple, qu’il ne fait pas assez d'heures supplémentaires ou qu’il ne socialise pas suffisamment avec les collègues, alors que cela n’a jamais été écrit dans la description de tâche. Les personnes autistes ou ayant certains troubles de santé mentale auront besoin de connaitre ces attentes dès le départ. Encore une fois, un conseiller en emploi peut agir à titre de facilitateur à l’embauche pour poser les bases d’une communication claire avec l’employeur.
 
  1. Relever d'un seul gestionnaire : Même dans les équipes les plus soudées où la culture organisationnelle est forte, deux personnes en position d’autorité auront naturellement différentes façons de faire, une communication non verbale différente et même des attentes différentes. Il est donc essentiel qu’un employé autiste ou ayant un trouble de santé mentale ne relève que d'un seul gestionnaire, afin de maximiser sa compréhension du fonctionnement de l’équipe et des attentes de l’organisation.
 
  1. Être jumelé à un mentor ou un employé d’expérience : À la fois pour s’approprier les tâches et les méthodes de travail que pour apprendre la culture et les codes sociaux de l’entreprise, l’employé ayant des besoins particuliers pourra bénéficier de l’accompagnement d’un employé d’expérience. Cela pourra également rassurer la personne qui est davantage anxieuse, et ce mentor pourra aussi diriger l’employé vers des ressources d’aide dans l’entreprise si cela s’avère nécessaire. En cas de conflit, avec les collègues ou le gestionnaire, ce mentor pourra agir à titre de facilitateur et aider la personne à décoder les éléments conflictuels. Il faut bien sûr que ce jumelage soit appuyé par le gestionnaire et que les tâches du mentor soient revues pour tenir compte de cette charge supplémentaire.
 
 
En somme, comme c’est le cas avec toutes nouvelles personnes qui se joignent à une équipe de travail, certains ajustements peuvent faire toute la différence pour qu’une organisation puisse profiter des talents d’un employé. Si la personne autiste ou ayant un trouble de santé mentale aime son métier et s’y sent compétente, une réorientation de carrière est peut-être une démarche drastique lorsqu’il y a un congédiement ou un épuisement en milieu de travail. Faire un examen minutieux des conditions de travail permettra de déterminer ce qui est à éviter et ce qui est gagnant pour que la personne fonctionne bien, contribue à son milieu de travail et trouve sa place dans la société.