Le poids de l’expérience professionnelle (ou de l’inexpérience!)

 
Christine Esnault, Gestion Travail Chaudière-Appalaches et Trajectoire Emploi
 
Que l’on arrive sur le marché de l’emploi frais émoulu de l’école, après une reconversion ou encore après une longue absence, on se présente avec un déficit d’expérience professionnelle dans le domaine d’activité ou le métier que l’on souhaite intégrer. La difficulté tient alors à parvenir à en acquérir afin de pouvoir s’en prévaloir.
 
Pour les employeurs, l’inexpérience du salarié représente des couts : les ressources nécessaires pour le former, le temps d’intégration et d’acquisition des connaissances et du savoir-faire et le risque qu’une fois l’expérience et les compétences acquises, le salarié parte en faire profiter une autre entreprise.
 
Le candidat débutant peut mettre de l’avant sa belle personnalité, sa motivation, sa capacité d’apprentissage et d’adaptation. Il n’en reste pas moins qu’une majorité d’employeurs peut se montrer frileuse devant son manque d’expérience. C’est peut-être un peu moins apparent en période de plein emploi, mais c’est un critère qui fait généralement pencher la balance au détriment du novice.
 
Et pourtant, tout le monde demeure bien conscient qu’avant d’avoir de l’expérience, on n’en a pas! (Le marquis de La Palice ne me contredirait pas sur ce point.) Mais on compte sur quelqu’un d’autre pour fournir la première chance à un candidat, quitte à aller le rechercher ensuite chez son compétiteur (je ne donnerai pas de noms, mais ça s’est vu!)
 

Mais après tout, qu’est-ce que l’expérience?

Pour Henri Fayol, « c’est le souvenir des leçons qu’on a soi-même tirées des faits »[1]. L’expérience se fonde donc sur quelque chose de personnel, que chacun puise dans son vécu, professionnel ou non. L’individu qui l’acquiert peut développer des compétences transférables par la suite dans un autre contexte ou environnement, ou pas. L’expérience, en tant que mise en pratique des connaissances acquises, est une forme d’apprentissage complémentaire à la formation; on parle d’apprentissage dans l’action (Learning by Doing). Elle permet non seulement d’accumuler des compétences, mais aussi de s’en découvrir de nouvelles et même de tester, par la pratique, si l’exercice de ces compétences nous convient et nous plait.[2]
 
On peut comprendre l’importance qu’elle revêt pour les employeurs qui veulent des employés compétents et rapidement opérationnels, donc profitables. Ils cherchent l’adéquation la plus proche possible entre l’expérience du candidat et les besoins du poste à combler. On pourrait parler d’expérience plurielle : l’expérience de la vie en entreprise; du domaine d’affaires; des processus métier; des outils utilisés; du travail d’équipe...
 
Confucius disait : « L’expérience est une lanterne attachée dans notre dos, qui n’éclaire que le chemin parcouru. »
 
Nous avons donc tous encore de l’expérience à acquérir : celle qu’on n’a pas vécue jusque là! De ce point de vue, nous sommes tous égaux.
 

Acquérir de l’expérience avant l’emploi

Pour contourner l’inévitable écueil de l’inexpérience professionnelle, on peut recourir au bénévolat. On peut penser aussi aux emplois étudiants. Ces solutions offrent la possibilité de vivre certaines des facettes de l’expérience dont on parlait plus haut. Mais rares sont ceux et celles qui réussissent par ces voies latérales à acquérir l’expérience voulue dans le domaine d’activité qui les concerne. Une autre avenue, c’est celle des entreprises d’entrainement qui permettent de toucher à tous les aspects de l’expérience professionnelle (voir l’article Besoin d’un coup de pouce pour obtenir l’emploi convoité?).
 
Issue de notre vécu, inséparable de toute activité humaine, l’expérience a la valeur que lui donnent les leçons qu’on en tire. Savoir exploiter et mettre en lumière ses acquis obtenus dans l’action, dans un cadre professionnel ou non, est une qualité à cultiver, quelle que soit notre ancienneté.
 
[1] FAYOL, H., Administration industrielle et générale, Dunod, Paris, 1916.
[2] Voir Vincens Jean. Expérience professionnelle et formation. In: Agora débats/jeunesses, 25, 2001. Vers un nouveau pacte intergénérationnel ? p. 55-67