Le choix professionnel des jeunes autistes : Miser sur les forces

Par Émilie Robert, conseillère d’orientation au Collège Montmorency
Auteure du livre Les personnes autistes et le choix professionnel – Les défis de l’intervention en orientation (2015), publié chez Septembre éditeur
 
Lorsqu’on pense à l’autisme, on pense soit à des génies, soit à des personnes qui ont une déficience intellectuelle. Or, la douance n’est pas plus fréquente chez les personnes autistes que dans la population non autiste, et la déficience intellectuelle ne touche qu’une faible proportion de personnes ayant un trouble du spectre de l’autisme (TSA)[1]. Toutefois, la grande majorité des personnes autistes ont un profil d’habiletés inhabituel qui nous amène à les surestimer ou encore, le plus souvent, à les sous-estimer.
 

Des habiletés transférables

Lorsqu’on accompagne un jeune autiste dans le choix d’un programme d’études ou d’une profession, il est pertinent de tenir compte de ses difficultés afin d’éviter qu’il ne se retrouve devant des échecs et des déceptions. Par ailleurs, certains jeunes ayant un TSA parlent tellement de leurs intérêts particuliers (l’histoire, les jeux vidéo, les bandes dessinées japonaises (manga), la littérature fantastique, etc.) qu’on sera tenté de suivre cette piste pour élaborer un projet professionnel. Malheureusement, les débouchés en emploi dans ces secteurs sont plutôt limités.
 
Malgré leurs réelles difficultés de communication et d’interaction sociale, les jeunes autistes ont de grandes forces. Il est donc plus facile pour un jeune d’avoir confiance en un projet d’études si celui-ci est principalement basé sur ses habiletés. Celles-ci peuvent nous sembler superficielles, comme se souvenir des répliques des films visionnés durant la dernière année, mais ces forces peuvent se transposer à des activités du monde du travail.
 
Voici quelques pistes que je propose aux personnes qui veulent aider un jeune autiste à réfléchir sur son choix professionnel. Prenez d’abord le temps de l’observer dans l’exécution d’une tâche qu’il aime, et ensuite :
  1. Notez comment il exécute ces tâches et relevez ce qu’il réussit bien. Est-il patient? Soigné? Méticuleux? Écrit-il sans faire de fautes?
  2. Remarquez quel type de mémoire il a. Retient-il plus facilement ce qu’il lit ou ce qu’il entend? Retient-il plutôt des mots ou des images?
  3. A-t-il une vision originale du monde? Lorsqu’il tente de comprendre des phénomènes, propose-t-il des hypothèses différentes des autres adolescents de son âge?
  4. Est-il habile de ses mains? Est-il à l’aise avec des logiciels ou des appareils électroniques?
  5. Remarque-t-il les erreurs des autres, dans les livres qu’il lit par exemple?
  6. A-t-il déjà trouvé une solution à un problème que les adultes autour de lui ne pouvaient pas résoudre?
     
Ce genre d’indices permet d’identifier des forces naturelles qui peuvent être transposées dans des activités du monde du travail.
 

Une rétroaction claire

Pour que le jeune puisse prendre conscience de ses forces et se les approprier, elles doivent lui être communiquées de façon claire et concrète. Par exemple : « Pendant que tu dessinais tes personnages , j’ai remarqué que tu étais très méticuleux et soigné. Savais-tu que cette force te serait utile dans un futur métier? » Ou encore : « Te souviens-tu des erreurs que tu as relevées dans ton manuel de mathématiques? Très peu de gens peuvent faire cela. »
 
Ensuite, vous pouvez explorer ensemble certains domaines professionnels où l’on demande ce type de talent. On pourra parler de révision linguistique à celui qui remarque les fautes des autres. On pourra suggérer le contrôle de qualité à celui qui remarque les anomalies dans les objets qu’il utilise. On pourra penser au dessin assisté par ordinateur pour un jeune qui dessine de façon méticuleuse.
 

Du concret, SVP!

Enfin, sachez que les jeunes autistes ont de la difficulté à se projeter dans l’avenir à partir de notions abstraites. Il est donc profitable de les encourager à explorer concrètement les domaines suggérés grâce à des visites en milieu de travail, à des stages d’observation ou à des emplois étudiants, par exemple. Les jeunes pourront accéder à ces activités par l’intermédiaire de leurs parents, d’un conseiller d’orientation ou d’un projet à l’école. Ces expériences leur permettront de comprendre concrètement en quoi leurs forces naturelles sont un atout dans le domaine qui les intéresse. Elles leur donneront également la confiance requise pour s’engager dans un programme d’études ou dans un emploi qui met en valeur leur profil très particulier d’habiletés.
 
[1] Mottron, L. (2004) L’autisme : une autre intelligence : Diagnostic, cognition et support des personnes autistes dans déficience intellectuelle, Mardaga.