Le bien-être pour soi… du bien-être pour les autres!

 
Par Louis Cournoyer, professeur-chercheur en counseling et développement de carrière, directeur de la maitrise en counseling de carrière, directeur de la Clinique Carrière à l'UQAM, conseiller d’orientation et superviseur clinique
 
Lorsque l’on prend l’avion, nous sommes incités en cas d’urgence à mettre notre masque d’air avant de mettre celui d’une autre personne. Il en va de même de la vie : si l’on ne prend pas d’abord soin de soi-même, comment peut-on véritablement être des plus disposés à prendre soin de quelqu’un d’autre?
 
Personnellement, j’ai longtemps cru à la valeur du sac­­­­rifice, qu’il fallait donner à l’autre avant de penser à soi. À l’instar d’un sport où l’on donne tout ce que l’on a pour pleinement vivre le dépassement de soi, j’ai cru qu’il était noble, courageux, même sain de s’oublier le temps (un temps, parfois court, parfois trop long) que l’autre se porte mieux. Erreur de vie! Je ne fais pas ici l’éloge de l’égoïsme et je n’invite pas à renoncer à poser des gestes spontanés de bonté, d’altruisme et de compassion. Je souligne seulement que le plus beau cadeau de bonté, d’accompagnement, de compétences ne se donne que dans la pleine conscience de ce qui fait sens psychologiquement et physiquement pour soi!
 
Catalino et Frederickson (2011) se sont intéressés aux actions et réactions émotionnelles positives sur la santé mentale. Entre autres, ils ont dégagé six actions constructives à l’épanouissement personnel et conséquemment, professionnel.
 
  1. Aider. Adopter un comportement prosocial conduit à l’expérience d’émotions plus positives. Dépenser de l’argent pour autrui, faire un don de bienfaisance, accomplir des gestes spontanés ou programmés sur quelques journées, quelques semaines, participeraient à augmenter son sentiment de bonheur.
  2. Interagir. Vivre, engager des conversations, des regards sympathiques, voire des partages et des activités communes, avec ses proches, mais, aussi et surtout, avec d’autres personnes, génère des émotions positives. Dans la quasi-totalité des études sur le bien-être psychologique, la qualité des relations interpersonnelles constitue généralement l’indicateur le plus important.
  3. Jouer. Eh oui, l’enfant en soi n’est pas mort. S’il n’est pas fort, ressuscitez-le! Jouer est naturel, se réalise de plein de façons, généralement par des activités non destinées à des fins instrumentales, mais seulement par pur plaisir de mouvement agréable et stimulant : écouter ou jouer de la musique, lire un roman, cuisiner, marcher, courir, errer sans destination précise, etc. Plus spécifiquement, les auteurs rapportent l’importance du rire, non pas celui du sarcasme, de l’ironie ou du cynisme, mais celui qui transpire le bien-être dans son rapport, ici et maintenant, avec son enfant, son amour, ses amis, ce qui nous entoure.
  4. Apprendre. Stimuler sa curiosité par l’apprentissage d’un savoir, d’un savoir-faire, d’un savoir-être, sans que cela ne repose sur de l’obligation ou de l’ambition, augmente les émotions positives. Chaque jour, nous avons l’occasion de nous arrêter et d’apprendre, que ce soit formellement par des cours, l’expérimentation, le jeu, les rapports aux autres et à soi-même, les essais-erreurs de toutes formes.
  5. Méditer. La méditation est bien connue pour ses vertus tant psychologiques, biologiques que sociales en matière de libération d’émotions positives et de bien-être. Plus particulièrement, les auteurs rapportent des études sur la méditation bienveillante qui, pratiquée sur plusieurs semaines, augmente l’expérience émotionnelle des individus dans leur rapport à eux-mêmes et aux autres.
  6. Faire de l’exercice. S’il est une activité qui relie très bien le biologique et le psychologique, le physique et le mental, c’est bien l’exercice. Nous habitons un corps, nous coopérons avec lui pour réaliser nos actions quotidiennes. Nous devons prendre soin de lui, car il est un point de départ de toutes nos initiatives plus psychiques. Faire de l’exercice selon ses capacités, de 20 à 30 minutes par jour, dans des activités suffisamment stimulantes pour assurer l’assiduité, puis idéalement qui propose des intervalles d’efforts, conduit avec le temps à une amélioration de son bien-être, de ses ressources et à mieux vivre en pleine conscience.
 
Et ce n’est pas fini! Au-delà des suggestions de Catalino et Frederickson, d’autres études (voir références à la fin de l’article) rapportent des comportements gagnants à adopter dans notre vie afin de préserver une bonne santé physique et psychologique dans le cadre de tâches de soin pour soi ou pour autrui.
 
  • Dormir suffisamment;
  • Adopter une saine alimentation;
  • Marcher, prendre l’air, bouger;
  • Ajuster sa consommation : café, alcool, eau;
  • Reconnaitre et respecter ses limites personnelles, relationnelles;
  • Passer du temps avec sa famille et ses amis;
  • Entretenir des réseaux professionnels;
  • Poursuivre, au besoin, une démarche de développement personnel ou professionnel (psychothérapie, supervision);
  • Solliciter des rétroactions auprès de ses proches;
  • Confier ses sentiments, demander de l’aide;
  • Se divertir;
  • Savoir dire non.
Vous connaissez surement d’autres pratiques de self-care.
 
Lorsque je forme de futurs conseillers d’orientation, l’une, sinon la première chose que je leur dis est la suivante : vous êtes votre propre outil de travail! Cela signifie que leurs ressources et leurs limites personnelles, leur fonctionnement psychologique, mais plus spécifiquement leur état de bien-être psychologique et physique sont mis en œuvre à travers leurs compétences relationnelles et autres savoirs professionnels lors de consultations avec leurs clients. Il en va de même pour la personne qui cherche à s’orienter, à donner plus de sens et de bien-être à sa vie personnelle et professionnelle.
 
Comment peut-on bien penser traiter l’information sur soi en interaction avec le monde si, au départ, nous ne sommes pas bien, pas totalement nous-même, ou mal en point? Il est une chose de vouloir tendre vers un programme d’étude, une profession ou de meilleures conditions de travail, mais il importe d’abord de s’aider ou d’être aidé.
 

Références

 
Agence de la santé publique du Canada (2005). Faire face aux évènements stressants. Comment prendre soin de soi comme intervenant. Ottawa : Gouvernement du Canada.
 
Catalino, L. I., et Fredrickson, B. L. (2011). A Tuesday in the life of a flourisher: the role of positive emotional reactivity in optimal mental health. Emotion, 11(4), 938–950.
 
Decker, J. T., Brown, J. L. C., Ashley, W., & Lipscomb, A. E. (2019). Mindfulness, meditation, and breathing exercises: reduced anxiety for clients and self-care for social work interns. Social Work with Groups, 1-15.
 
Knapp, S., Gottlieb, M. C., & Handelsman, M. M. (2017). Enhancing professionalism through self-reflection. Professional Psychology: Research and Practice48(3), 167.
 
Miller, J. J., Grise-Owens, E., & Shalash, N. (2018). Investigating the self-care practices of social work faculty: an exploratory study. Social Work Education37(8), 1044-1059.
 
Willis, N. G., & Molina, V. (2018). Self-Care and the social worker: taking our place in the code. Social work64(1), 83-86.