L'intimidation : ça laisse des bleus au cœur

Par Marie-Pier Laplante, travailleuse autonome et bachelière en sciences de l’orientation — profil entrepreneurial
 
Près de 15 ans après les faits, malgré mes nombreuses mises en action, mes succès et ma capacité de résilience, mes mécanismes de défense sont toujours aussi aiguisés. Mon expérience en tant qu’individu victime d’intimidation me suit comme une ombre dans mes interactions sociales.
 
L’intimidation : ça laisse des bleus au cœur, c'était le titre de mon projet intégrateur en psychologie lors de mon DEC en sciences humaines. À l’époque, le sujet était très peu documenté, mon expérience était encore toute fraiche, la douleur plus vive et mes mécanismes de défense bien actifs et largement sollicités... Aujourd’hui, 12 ans après cet exercice de recherche et de rédaction visant à comprendre et à trouver LA raison pour laquelle j’avais subi de l’intimidation et du rejet pendant de si nombreuses années, du primaire jusqu’au début de mon cégep, je réalise que nos connaissances et les recherches au sujet de l’intimidation ont beaucoup cheminé!
 
J’aimerais d’abord que l’on s’entende sur une chose bien simple. L’intimidation n’a pas de profil type ni pour la victime ni pour l’intimidateur. L’intimidation sévit, peu importe l’origine ethnique, la situation financière, les particularités physiques ou les capacités intellectuelles. L’article 13 de la Loi sur l’instruction publique définit l’intimidation comme suit : « Tout comportement, parole, acte ou geste délibéré ou non à caractère répétitif, exprimé directement ou indirectement, y compris dans le cyberespace, dans un contexte caractérisé par l’inégalité des rapports de force entre les personnes concernées, ayant pour effet d’engendrer des sentiments de détresse et de léser, blesser, opprimer ou ostraciser. » (Ministère de la Famille en collaboration avec les organismes INTERaXions & Educaloi, 2018. Disponible en ligne)
 
Bien que ces mésaventures restent gravées dans ma mémoire, j’ai heureusement su démontrer une grande force de résilience, allant même jusqu’à remercier mes agresseurs d’avoir contribué à forger la personne que je suis devenue, dans mon journal intime. Ce que j’ignorais quand j’ai écrit ces mots à l’âge de 15 ans, c’est qu’à l’âge adulte, mes interactions sociales seraient un perpétuel combat contre cette ombre et que tous ces mécanismes de défense resteraient prêts à s’activer pour me protéger. Ma peur du rejet m’incite parfois (souvent!) à me rejeter moi-même… à me faire 56 000 scénarios pour justifier pourquoi les contacts s’espacent avec un ami… quand, au fond, c’est simplement la vie qui va vite pour tout le monde.
 
Dans tous les cas, l’intimidation a trop souvent pour effet d’éteindre ces petites flammes qui brillent en chacun de nous. J’irai donc d’un conseil très important à tous les jeunes enfants et adolescents victimes d’intimidation… mettez-vous en action et multipliez les occasions de vivre des réussites et des interactions positives avec d’autres passionnés comme vous. Inscrivez-vous à des activités stimulantes pour ainsi insuffler un peu d’oxygène à votre étincelle et maximiser votre plein potentiel. Personnellement, c’est en sortant de ma zone de confort que j’ai pu reconnaitre mes forces et gagner confiance en moi.