L’inconfort, cet état difficile à tolérer… et générateur d’action!

 
Par Claudia Grenier, conseillère d'orientation, Trajectoire-emploi
 
Face à l’inconfort, nous avons tous nos réactions particulières. De la paralysie à l’hyperactivité, chacun est différent. Et l’une n’est pas forcément mieux que l’autre.
 
Depuis quelques mois, vous constatez que non, vous n’êtes plus heureux au travail. Vous ressentez une irritation chronique face à cette sphère de vie. Vous vous sentez aliéné par les tâches, ou l’équipe, ou le patron, ou les clients, ou toutes ces réponses. Vous sentez que vous êtes pris dans une situation où votre pouvoir vous a été enlevé.
 
Et ça n'a plus beaucoup de sens.
 
Vous vous demandez si c’est normal. Les pages Facebook ou Instagram de vos amis semblent vous faire croire que tout est mieux ailleurs. Pourtant, en face à face, vous entendez des confidences qui ressemblent étrangement à votre propre inconfort. Vous ne savez plus quoi penser. Le temps passe vite. La routine engloutit souvent le questionnement. La fatigue, que vous avez développée en marchant à contre-courant de votre bien-être, vous empêche de voir clair.
 
Vous vous reconnaissez? Si oui, comment réagissez-vous? Par de l’apathie quasi dépressive? Ou bien vous vous étourdissez sur les réseaux sociaux, sur Netflix, dans l’alcool, le magasinage, la nourriture, les relations, alouette?
 
Les extrêmes peuvent être de bons moyens de défense. Dans les deux cas, ça nous permet de ne pas nous arrêter à la situation pour faire face à la souffrance.
 
Cela dit, si ce sont de bons moyens de défense, ce ne sont par contre pas des moyens efficaces pour vous orienter vers une meilleure version de votre quotidien.
 
Entre l'ignorance apathique et l’étourdissement, de nombreuses écoles de pensée prônent le juste milieu : passer à l’action avec jugement et réflexion. C’est notamment la base du DPA : le développement du pouvoir d’agir, une approche de réappropriation de son pouvoir sur les situations qui ne nous conviennent plus. Avec cette approche en filigrane, voici en six étapes un chemin concret vers le passage à l’action et la réappropriation de son pouvoir.
 

1- Se décoller le nez de la situation

Au retour du travail, dans la routine du souper/devoirs/bains/Netflix and chill, on voit les problèmes en gros plan, ou on ne voit rien du tout. On rumine, ou on ne pense pas. Et ultimement, on répète les mêmes choses sans penser autrement.
Là, vous allez m’écouter (attention : révolution). Vous allez prendre un temps, dans votre agenda, pour vous seulement, pendant trois heures. Qu’entends-je? Vous n’avez pas ce temps? Mais je n’ai pas dit que vous l’aviez déjà, j’ai dit que vous alliez le prendre. Vous allez faire de la place, parce que c’est une priorité, et que rien ne peut changer ça.
 

2- S’activer

Arrivé à votre moment, vous allez perdre la première heure à marcher lentement en nature. Le centre plein air de votre ville est parfait, ou le sentier qui longe la rivière. Et vous allez marcher en observant ce qu’il y a autour. Arbres, oiseaux, bûches, rivières, herbes, neige, feuilles, odeurs, bruits. Si vous vous rendez compte que vous accélérez, ralentissez! Et ralentissez vos pensées également. Revenez à ce qu’il y a autour.
 
L’idée est de s’oxygéner le cerveau et d’y placer du beau et du bon. Comme je l’ai entendu dans un film, « quand on a marché deux heures en montagne, on est plus intelligent » (La belle verte, 1996). Alors nous, on fait un compromis, on y va pour une heure sur du plat.
 

3- Déposer par écrit

À la fin de la première heure, trouvez une place où vous installer (et où vous ne serez pas dérangé) pour écrire. À la main. Sur du papier. Notez tout ce que vous trouvez difficile actuellement dans votre situation. « Mon mari m’énerve », « Mon patron est irresponsable », « Le manque de sens de mes tâches », « Être toujours à la course au retour à la maison », « Le trafic », etc. Prenez une heure, avec un chocolat chaud (ou autre, c’est votre moment), pour déposer tout ce qui vous gruge.
 

4- Faire le tri

Inscrivez votre top cinq des difficultés que vous souhaitez changer le plus rapidement possible. Formulez chaque difficulté de manière concrète. Entre « Mon patron est irresponsable » et « Toujours être à la course pour respecter des échéanciers difficilement réalisables », il y a une grande différence, notamment sur notre pouvoir d’agir!
 

5- Se questionner

Prenez votre première difficulté et posez-vous les bonnes questions : quel est le problème, comment cela me pose-t-il problème, quelles émotions remontent au moment de vivre la situation, qui est impliqué, qui pourrait m’aider à voir la situation autrement et être un allié ou un soutien pour que les choses changent?
 

6- Demander de l’aide

Il y a de fortes chances que, rendus ici, les problèmes soient déjà moins gros (la magie de se décoller de la situation pour la voir autrement!). Tant mieux, la confiance de pouvoir faire quelque chose pour améliorer la situation augmentera et passer à l’action semblera moins exigeant.
 
Alors Go! Si, avec votre problème analysé, vous vous sentez encore démuni, prenez rendez-vous, votre feuille de problèmes et vous, avec un conseiller de votre PAE (programme d’aide aux employés) ou un professionnel de la relation d’aide (tel un conseiller d’orientation) pour vous soutenir dans votre réflexion et les actions qui en découleront.
 
Vous savez, remettre entre les mains des autres la responsabilité entière de nos insatisfactions est le meilleur moyen de développer la « victimite », cette maladie paralysante qui nous enfonce dans le malheur. Trouver avec calme, détachement et optimisme des façons d’agir sur notre environnement, pour mettre du mouvement et du changement dans notre vie, voilà une façon plus efficace d’avancer avec ouverture et satisfaction sur notre route.