L'espoir au coeur du changement et des choix d'orientation

Par Ève Brosseau, M. Sc.

 
Faire un choix scolaire éclairé, changer de programme, réussir son insertion en emploi, chercher un meilleur poste… Tout au long d’une carrière, certaines situations constituent des enjeux personnels et professionnels déstabilisants, au cours desquels l’espoir peut agir comme une force de motivation positive qui incite à l’action. Une question anime la réflexion de cet article : Comment encourager et soutenir l’espoir d’une personne qui s’engage dans une démarche d’orientation ou de counseling de carrière?
 
Des modèles de counseling axés sur l’espoir sont étudiés et appliqués depuis des décennies dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la psychothérapie. Reconnu comme un des principaux facteurs contribuant au changement[1], l’analyse détaillée de ce concept a permis d’en dégager les principales caractéristiques. Ainsi, l’espoir est un processus d’anticipation qui implique des pensées, des émotions, des comportements et des relations. En outre, le but de l’espoir représente un objectif spécifique et important pour la personne. Enfin, l’espoir est orienté vers le futur, enraciné dans le présent, tout en étant lié aux expériences positives et négatives passées.[2] Parmi les théories sur l’espoir les plus connues, celle de Snyder[3] et ses modèles d’application[4] se centrent notamment sur la détermination d’objectifs significatifs qui stimulent la volonté d’agir et l’élaboration de stratégies variées qui permettent de surmonter les obstacles et de s’actualiser.
 

L’espoir appliqué à l’orientation

Le parcours personnel et professionnel d’une personne est marqué par des changements, dont certains sont prévisibles (ex. : passage du secondaire au collégial), d’autres subis (ex. : perte d’emploi) ou encore désirés (ex. : promotion). Chacun d’eux appelle à des remises en question et oblige à envisager un futur inconnu où peuvent s’alterner l’espoir et le désespoir, la cohésion et la désorganisation, ou la volonté d’aller de l’avant et le maintien d’un connu rassurant. Si tel est le cas, la personne vivant de l’indécision ou de la détresse dans son expérience scolaire ou professionnelle est encouragée à consulter une conseillère ou un conseiller d’orientation (c.o.) afin de faire le point sur sa situation dans le cadre d’une démarche de counseling.[5] En rencontre, ils pourront ainsi coconstruire un espoir stimulant où l’accent est mis sur la reconnaissance des forces de la personne qui consulte afin de l’aider à élargir ses possibilités et à accroître sa confiance en elle et son autonomie décisionnelle.[6]
 

Pistes d’intervention pour encourager l’espoir

L’utilisation intentionnelle de l’espoir peut être implicite. Le c.o. peut être attentif à ses manifestations dans le récit de la personne et souligner les ressources utilisées. Son utilisation peut également être explicite. Le c.o. peut discuter de l’espoir avec la personne pour lui permettre de le reconnaitre dans certaines sphères de sa vie afin de l’améliorer et de se protéger des menaces.[7] À partir de modèles de counseling axés sur l’espoir, voici quelques pistes d’interventions pour suggérer et soutenir l’espoir en orientation[8] :
  • Être attentif aux tensions et au désespoir associés au changement. Cette attention est essentielle afin d’accompagner la personne dans l’examen des sources du problème et lui permettre une réorganisation de ses valeurs ainsi que de ses ressources personnelles et environnementales.
  • Souligner les défis relevés, les idées créatives, les motivations et les sentiments associés pour relever le potentiel de réaliser d’autres changements, grâce auxquels la personne peut se voir positivement dans le regard d’un autre.
  • Nuancer l’interprétation des objectifs réussis et échoués, les perceptions de succès ou d’échecs afin d’encourager les pensées positives et la motivation.
  • Échanger sur les stratégies efficaces ou nuisibles utilisées par le passé pour surmonter les obstacles. Trouver des solutions de rechange.
  • Aider à identifier des buts précis et leurs étapes de réalisation. Inviter la personne à visualiser ses buts et les actions à entreprendre pour les atteindre. Chaque étape réalisée soutient l’espoir.
  • Encourager la personne à se tenir un discours intérieur positif, à voir les étapes comme des défis et des apprentissages et à s’entourer de gens avec qui elle peut en discuter.
 
Le rôle de l’espoir en counseling de carrière est important, car il amorce la demande d’aide. Il croît à travers l’alliance du travail et il contribue à la reconnaissance des ressources qui soutiennent l’action et les efforts lors d’un processus de changement. Face à un futur indéterminé, et parfois marqué par l’adversité, l’espoir est une force de motivation dynamique qui participe à la reprise du contrôle sur sa vie.
 
[1] Thomas, M. (2006). « The contributing factors of change in a therapeutic process ». Contemporary Family Therapy, 28(2), 201-210.
[2] Stephenson, C. (1991). « The concept of hope revisited for nursing ». Journal of Advanced Nursing, 16(12), 1456–1461.
[3] Snyder, C. R. (2002). « Hope theory: Rainbows in the mind ». Psychological Inquiry, 13(4), 249-275.
[4] Lopez, S., Floyd, R. K., Ulven, J. C. et Snyder, C. R. (2000). « Hope Therapy: Helping Clients Build a House of Hope » dans C. R. Snyder (dir.), Handbook of hope: Theory, measures, and applications (p. 123-150). San Diego, Cal. : Academic Press.
[5] OCCOQ. (2017). « Consulter un c.o.? ». En ligne : https://www.orientation.qc.ca/communications/actualites/nouvelles/consulter-un-conseiller-dorientation.
[6] Larsen, D., Edey, W. et Lemay, L. (2007). « Understanding the role of hope in counselling: Exploring the intentional uses of hope ». Counselling Psychology Quarterly, 20(4), 401-416.
[7] Larsen, D. J., et Stege, R. (2010). « Hope-focused practices during early psychotherapy sessions: Part II: Explicit approaches ». Journal of Psychotherapy Integration, 20(3), 293-311.
[8] Brosseau, E. (2017). Pistes d’intervention pour instiller et soutenir l’espoir dans une démarche de counseling de carrière. Essai de maîtrise en orientation professionnelle. Sherbrooke : Université de Sherbrooke.