L’emploi d’été : une expérience orientante pour les jeunes en situation de handicap

Par Émilie Robert, conseillère d’orientation au Collège Montmorency
 
Animer un groupe de jeunes enfants? Classer des documents? Vendre de la crème glacée à la crèmerie du coin? Ces fonctions ne semblent pas à première vue inspirantes dans une réflexion de choix de carrière. Pourtant, ce sont souvent les premières expériences de travail qui permettent de se situer dans le monde du travail.
 
Si l’intérêt pour une matière scolaire est souvent le point de départ d’un choix de programme d’études, ce sont souvent les expériences de travail qui aident à se projeter dans un futur métier. Plusieurs jeunes affirment que c’est en étant moniteur de camp de jour qu’ils ont eu la piqure pour l’enseignement préscolaire et primaire, ou que c’est en vendant des vêtements dans une boutique qu’ils ont développé leur gout pour le marketing.
 
Toutefois, les étudiants en situation de handicap ont souvent moins d’expériences de travail ou de bénévolat que les jeunes typiques. Ce sont ceux ayant des limitations fonctionnelles (trouble moteur ou sensoriel) qui ont le moins d’expériences en emploi, suivis de ceux qui ont un trouble du spectre de l’autisme (TSA)[1]. Ces données n’ont rien de surprenant : la plupart des emplois d’été concernent le service à la clientèle, ce qui est plutôt difficile pour de jeunes autistes ayant de la difficulté avec la communication et l’interaction sociale. Par ailleurs, les emplois physiques (travail en entrepôt, cueillette de fruits, moniteur de camp d’été, etc.) ne sont pas à la portée des jeunes ayant une limitation fonctionnelle. Sachant que le choix professionnel de jeunes en situation de handicap est souvent complexe, avoir des expériences de travail peut constituer un atout.
 

Comment trouver un emploi d’été lorsqu’on est en situation de handicap?

1re étape : La planification

Ce n’est pas à la mi-juin qu’il faut commencer à songer à l’emploi d’été, surtout si on a besoin de préparation. Certains emplois d’été, comme dans la fonction publique ou dans les grandes entreprises, se comblent dès la mi-mars. La semaine de relâche est donc le moment idéal pour planifier sa recherche d’emploi d’été.
 

2e étape : Déterminer des types d’emploi qui respectent ses forces et ses limites

Nous avons tous nos forces et nos limites, particulièrement lorsqu’on est en situation de handicap. Il n’est donc pas surprenant qu’un employeur ne retienne pas la candidature d’un jeune qui convoite un poste dans lequel il ne sera visiblement pas à l’aise. Par exemple, un jeune autiste qui a de la difficulté à travailler rapidement aurait avantage à éviter les emplois en restauration rapide, où la rapidité du service est primordiale.
 
En ce sens, il est plus profitable d’identifier ses forces et les types de milieux dans lesquels on se sent à l’aise. Par exemple, un jeune autiste très visuel et habile de ses mains pourra travailler pour un entrepreneur en travaux de peinture. Un jeune qui est soucieux des détails pourra travailler au classement de documents pour une compagnie d’assurances. On peut aussi partir d’un intérêt particulier! Ainsi, un jeune fasciné par l’histoire pourrait travailler à l’entretien ménager d’un site historique.
 
Il est également pertinent de faire appel à son réseau de contacts. En effet, le premier emploi des personnes en situation de handicap est souvent obtenu par l’entremise de personnes de leur entourage, qui sont capables de voir le potentiel du jeune au-delà de ses limites.
 

3e étape : La rédaction du CV

Une fois ses forces et ses qualités identifiées, il faut rédiger un curriculum vitae mettant en relief ses implications dans des activités scolaires ou personnelles. C’est l’occasion de mentionner ses réalisations en lien avec une passion particulière : avoir écrit un roman, avoir programmé un jeu vidéo, avoir gagné un concours de sciences, etc.
 

4e étape : Présenter sa candidature

Mieux vaut cogner aux portes des employeurs qui affichent clairement être à la recherche de personnel. L’inverse risque d’être fatigant et nuisible pour l’estime personnelle, car il est très probable que l’entreprise ne rappellera pas. À cette étape-ci, il est préférable de faire ces démarches seul, sinon on envoie le message à l’employeur qu’on n’est pas autonome.
 

5e étape : Se préparer à une entrevue

Pour quelqu’un qui ne l’a jamais vécue, l’entrevue d’embauche est un moment très stressant. Sans préparation, et surtout lorsqu’on a de la difficulté à mettre des mots sur ses pensées, on risque de bloquer, de ne pas répondre aux questions et de sortir de cette rencontre avec l’estime de soi abimée. Afin de réduire l’anxiété, il vaut la peine de faire une simulation d’entrevue avec un parent, un conseiller ou un éducateur. Comme il s’agit d’un emploi d’été, les questions posées par l’employeur sont communes : décrire ses qualités, ses expériences passées, ses défauts, parler du travail d’équipe, de la relation avec les patrons, donner ses disponibilités, etc.
 

La fameuse question : Divulguer ou non son diagnostic?

Dans le cas d’une limitation fonctionnelle, la question ne se pose pas puisque le handicap est visible. Dans le cas d’un trouble neurologique comme le trouble du spectre de l’autisme, la question est délicate. Comme il s’agit d’un emploi temporaire, il est peut-être moins essentiel d’en parler que s’il s’agissait d’un emploi régulier. Toutefois, les jeunes autistes ont intérêt à parler de leur façon d’être une fois l’emploi obtenu. Cela permet d’éviter des malentendus et de mettre en place, dès le début, de petits accommodements qui permettront de vivre une expérience enrichissante, d’être plus productif et surtout, de se sentir à sa place dans le monde du travail.
 
[1] Wagner, M., T.W. Cadwallader et C. Marder (2003). « Life outside the classroom for youth with disabilities », National Longitudinal Transition Study-2, http://nlts2.org/reports/2003_04-2/nlts2_report_2003_04-2_complete.pdf, consulté en décembre 2015