Être ou ne pas être bien au travail

 
Par Silvia Revoredo, conseillère d’orientation et doctorante en éducation à l’Université de Sherbrooke
 
La plupart d’entre nous passons énormément de temps au travail et cette activité occupe une place centrale dans notre vie. De plus, nous vivons au sein d’une société dans laquelle le marché du travail est favorable. La pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs domaines d’emploi (CSN, 2018) offre aux travailleuses et travailleurs la possibilité de choisir entre plusieurs emplois. Ce contexte peut ouvrir un espace pour des questionnements professionnels basés sur le bienêtre. L’objectif de cet article est de permettre aux lectrices et aux lecteurs de se situer face à leur niveau de bienêtre professionnel et de voir la pertinence de se questionner sur leur travail actuel ou d’effectuer des aménagements pour en assurer le maintien.
 

Le modèle PERMA

Martin Seligman (2016) a mis sur pied un modèle du bienêtre, qui s’applique à diverses dimensions de la vie d’un individu. Il est composé de cinq indicateurs désignés par l'abréviation PERMA. Selon cet auteur, ces éléments sont susceptibles d’aider la personne à atteindre une vie de sens et de bonheur. Ainsi, il est possible d’entamer une réflexion sur son bienêtre professionnel en se situant face à ces cinq éléments.
 
Le P fait référence aux émotions positives (positive emotions) ainsi qu’au plaisir, à la joie et à l’optimisme. Le plaisir au travail est un élément très important, car il suppose une corrélation avec les champs d’intérêt de la personne, avec ce qu’elle aime faire. Il concerne en fait ses tâches quotidiennes au travail. Ainsi, lorsque quelqu’un aime ses tâches professionnelles, il est davantage en mesure de relever les défis de son travail et de mieux vivre les moments plus ardus de sa vie professionnelle. Il est donc primordial de se demander si ses tâches lui apportent du plaisir ou mieux encore de la joie (sentiment plus profond que le plaisir).
 
Le E (engagement) signifie l’investissement de son énergie dans des activités prenantes permettant à un individu de vivre du flow. Ce concept réfère à des moments pendant lesquels une personne est pleinement absorbée par une activité qu’elle aime et ne voit pas le temps passer. Sur le plan professionnel, l’expérience du flow peut survenir lorsque quelqu’un réalise des activités qui lui permettent de se sentir compétent, de sortir de sa zone de confort et de se dépasser.
 
Un des aspects du travail est le fait de se sentir en relation (R) avec autrui. Ainsi, les relations interpersonnelles harmonieuses, que ce soit avec les collègues ou les patrons, et le sentiment d’être en lien avec les autres répondent à certains besoins, tels que le sentiment d’appartenance.
 
De l’anglais « meaning » (M), la signification fait référence à la notion de sens. Sur le plan professionnel, on doit se demander quel sens prend le travail pour soi. Cet aspect va de pair avec les valeurs professionnelles et personnelles de l’individu. Il importe que la personne travaille dans un environnement professionnel proche de ses valeurs. Lorsque ce n’est pas le cas, l'usure et la frustration peuvent s’installer.
 
L’accomplissement (A) fait ici référence aux réalisations de la personne. Autrement dit, il s’agit de se demander si elle parvient à accomplir les objectifs professionnels qu’elle souhaite atteindre.
 
Si ces cinq éléments ne sont pas vécus de manière optimale, c’est alors le bon moment pour faire le point sur sa vie professionnelle et de se demander si elle est suffisamment satisfaisante. Cela peut être l’occasion de donner un nouveau souffle à sa carrière, en modifiant certains aspects pour retrouver les éléments de bienêtre professionnel ou encore en se réorientant. Lorsque plusieurs éléments en lien avec le modèle PERMA sont fragilisés, on peut envisager de faire un bilan de compétences en consultant des organismes d’aide à l’emploi ou des cabinets privés de conseillères et conseillers d’orientation.[1] Une analyse organisationnelle des conditions de travail et de leurs impacts sur le bienêtre au travail peut s’ajouter (St-Arnaud et al, 2010; St-Arnaud et al, 2006).
 
Références
Confédération des syndicats nationaux (2018). État de situation et perspectives : pénurie de main-d’œuvre. Disponible en ligne :
 
Seligman, M. (2016). S’épanouir : pour un nouvel art du bienêtre. Paris : Belfond.
St-Arnaud L., Bhérer L., Fontaine S., Gignac S., Gourdeau P., Legros G., Maranda L., Pelletier M. (2006). La santé psychologique au travail : agir par la prévention, Guide d’animation, Groupe de référence et d’intervention en santé mentale au travail, Centre de santé et de services sociaux de la Vieille-Capitale, Québec. http://www.integration-travail.fse.ulaval.ca
St-Arnaud, L., Gignac, S., Gourdeau, P., Pelletier, M. et Vézina, M. (2010). Démarche d’intervention sur l’organisation du travail afin d’agir sur les problèmes de santé mentale au travail. Revue Pistes12 (3). Disponible en ligne : http://www.integration-travail.fse.ulaval.ca/fichiers/site_chaire_ipept/documents/Texte_Louise/organisation_piste.pdf.
 
Terstegge, M. (2011). Le flow : vivre les bienfaits de l’expérience optimale. Montréal : Les éditions de l’Homme.
 
[1] À cet effet, voir le site suivant pour obtenir la liste de tous les services publics d’orientation et de tous les organismes offrant des services gratuits en orientation par région. : https://www.orientation.qc.ca/services-publics-dorientation