Diplôme en poche! Et après?

Par Christine Esnault, Gestion Travail Chaudière-Appalaches et Trajectoire-emploi
 
Pour de nombreux étudiants, la fin prochaine de l’année scolaire signifie l’aboutissement de plusieurs années d’études et le grand saut dans la vie active. Diplôme en poche, forts de toute cette connaissance amassée au fil des sessions, ils sont prêts à embrasser la carrière pour laquelle ils ont travaillé si dur.
 
Aujourd’hui, le marché de l’emploi étant ce qu’il est, on serait en droit de croire que nos jeunes diplômés n’auront aucun mal à se placer. Or, si c’est souvent le cas pour des métiers manuels, il semble que ce soit un peu moins évident pour des postes de bureau, le manque d’expérience faisant défaut.
 

Plus facile de trouver un premier emploi pour les « cols bleus » que pour les « cols blancs »?

Dire que « 60 % des 153 métiers les plus demandés sont issus de la formation professionnelle et de la formation technique »[1] ne suffit pas à expliquer cette plus grande difficulté à décrocher son premier emploi dans des fonctions administratives.
Alors qu’il n’est plus rare que les étudiants en mécanique, les apprentis soudeurs et les cuisiniers, par exemple, soient recrutés avant même d’avoir terminé leur formation, les jeunes techniciens-comptables, conseillers aux communications ou spécialistes des ressources humaines, entre autres, chercheront souvent pendant plusieurs mois avant de trouver un employeur prêt à leur donner leur première chance.
 

La méthode d’apprentissage serait-elle en cause?

Il va de soi que les métiers manuels s’apprennent par la pratique, en situation de travail. C’est d’ailleurs dans ces professions que l’on retrouve traditionnellement les apprentis et les compagnons. Ces novices sont jumelés à un maitre plus expérimenté auprès de qui ils apprennent « l’art et la manière » par l’observation et l’imitation et acquièrent de l’expérience en faisant. Le mécanicien devra mettre les mains dans le moteur, le boulanger dans la farine et le menuiser sur la planche! On le conçoit très bien. Les employeurs le savent et n’hésitent pas à embaucher des jeunes sans expérience qu’ils pourront former à leurs outils, méthodes et façons de faire, simplement par l’exemple, la base étant acquise et la façon d’apprendre de ces débutants plus empirique que théorique.
 
Qu’en est-il des métiers dits plus intellectuels? La formation universitaire fournit souvent une connaissance approfondie des théories et modèles développés dans le domaine d’étude concerné. Certains travaux dits pratiques mettent en œuvre quelques compétences qui seront utiles aux futurs professionnels, mais ne constituent pas nécessairement une mise en œuvre et un apprentissage concrets des tâches qui seront à réaliser en emploi. Les employeurs peuvent légitimement se demander si les étudiants qui sortent de l’école la tête pleine de grands principes, de concepts et de formules sauront spontanément mettre en pratique toutes ces notions apprises dans les livres.
 

La mise en pratique du savoir

Certains programmes universitaires offrent la possibilité de faire des stages en entreprise et même une forme d’alternance travail-études : le régime coopératif. « En 2016-2017, plus de 7 000 étudiants(es) étaient inscrits dans un programme dans la formule coopérative avec un taux de placement de 98 % »[2]. Il semble que de plus en plus d’étudiants cherchent à bénéficier de ce type « d’apprentissage par l’expérience » pour les nombreux avantages qu’il présente, notamment :
  • Mettre en application ses connaissances dans un milieu de travail réel;
  • Mieux faire le lien entre la théorie et la pratique;
  • Développer et/ou consolider des habiletés et des attitudes professionnelles et personnelles recherchées par les employeurs, etc.
Notons aussi que 80 % des employeurs « affirment que les étudiants de programmes coops sont un atout pour leur entreprise, car ils représentent une source de nouveaux talents et d’employés potentiels »[3]!
 
Même si 56 % des étudiants canadiens au premier cycle universitaire ont profité d’occasions d’apprentissage par l’expérience en 2018, ils restent toujours moins nombreux à le faire que les étudiants inscrits dans les autres types de formation. Ce constat s'explique par le fait que 80 % des programmes de DEC techniques comportaient des stages en 2016[4] et que la méthode d’apprentissage en formation professionnelle est axée essentiellement sur la pratique.
 
L'expérience de travail étant un atout indéniable, les étudiants auraient avantage à saisir toutes les occasions de mettre en application, en milieu de travail, ce qu'ils ont appris sur les bancs d'école. Les stages en entreprise sont un excellent moyen d'y parvenir, mais il n'est pas toujours garanti que les tâches qui leur seront confiées seront à la fois intéressantes et formatrices. Ces tâches sont données en fonction de la disponibilité du maitre de stage et de son ouverture à la transmission des savoirs.
 
Une autre possibilité pour les étudiants qui n'auront pas eu la chance de vivre une expérience enrichissante et qui peinent à décrocher leur premier emploi dans leur branche est de passer par une entreprise d'entrainement. Ils s'y verront confier des mandats réels, en lien avec leur domaine d'activité. Ils pourront s’exercer dans le contexte du marché international virtuel des entreprises d'entrainement et pourront finalement ajouter cette expérience pertinente à leur CV.
 

 


[1] Capitales Studion. (2019, 26 février). Métiers les plus demandés : Cinq raisons d’opter pour une formation professionnelle ou une formation technique. Le Soleil. Repéré à https://www.lesoleil.com/la-vitrine/emplois-davenir/metiers-les-plus-demandes-cinq-raisons-dopter-pour-une-formation-professionnelle-ou-une-formation-technique-0fa4f65ec1785cb7bd26f422a474a627

[2] Métiers Québec. Qu’est-ce que l’alternance travail-études? Repéré à https://www.metiers-quebec.org/autres-pages/alternance.html

[3] Universités Canada. Statistiques. Repéré à https://www.univcan.ca/fr/universites/statistiques/

[4] Association québécoise de pédagogie collégiale. (2016). Travaux sur les apprentissages en milieu de travail (AMT). Repéré à http://aqpc.qc.ca/sites/default/files/files/colloque/publications/ppt_aqpc_juin2016_1_1.pptx