Choisir un programme d’études lorsqu’on souffre d’anxiété

Par Émilie Robert, conseillère d’orientation au Collège Montmorency
Auteure du livre Les personnes autistes et le choix professionnel – Les défis de l’intervention en orientation (2015), publié chez Septembre éditeur
 
Au cours des prochaines semaines, et ce jusqu’au 1er mars, des milliers de jeunes Québécois déposeront une demande d’admission dans un programme d’études collégiales ou universitaires. Certains savent déjà quel programme les intéresse; ils ont hâte d’obtenir une réponse de l’établissement d’enseignement visé! D’autres souffrent d’anxiété : chaque jour qui passe les rapproche du moment fatidique où ils devront faire un choix.
 

Panique passagère ou trouble anxieux?

On reconnaît un trouble anxieux par l’intensité et la durée excessive de pensées liées à des peurs, qui empêchent le fonctionnement normal et peuvent aller jusqu’à des attaques de panique. Statistiques Canada recensait en 2009 que 5 % des Canadiens âgés de 12 à 29 souffraient d’un trouble anxieux. Cette proportion s’élève à environ 30 % chez les personnes autistes[1].
 
Les personnes anxieuses ont de la difficulté à prendre des décisions, surtout lorsque celles-ci ont un impact important sur leur futur. Choisir un programme d’études postsecondaires est l’une des décisions les plus importantes que ces jeunes auront à prendre. La peur de se tromper et la difficulté à avoir confiance en leurs capacités et à s’engager vers l’inconnu sont très anxiogènes. Bien que plusieurs jeunes ayant un trouble anxieux ont une bonne idée du domaine dans lequel ils veulent étudier ou de la profession qui les attire, ils auront besoin d’aide pour faire une demande d’admission dans un établissement d’enseignement avant la date butoir.
 

Parents et intervenants à la rescousse

Comment peut-on aider un jeune ayant un trouble anxieux à choisir le programme dans lequel il fera une demande? Qu’on soit un parent ou un conseiller d’orientation, voici quelques pistes :
 

1. Discuter des sources d’inquiétude

Prenez le temps de discuter avec le jeune afin de comprendre plus précisément quelles sont ses craintes. Ne le jugez surtout pas lorsque la source d’inquiétude vous parait banale. Les jeunes autistes, plus particulièrement, ont des craintes liées à leur routine quotidienne : heure des repas, trajet en transport en commun, etc. Ces facteurs sont réellement importants pour le jeune : il faut prendre ses peurs au sérieux.
 

2. Dédramatiser

Tout dépendant des sources d’inquiétudes, encouragez le jeune à s’approcher de ses peurs pour l’aider à les dédramatiser. Par exemple, si la peur concerne l’environnement physique du nouvel établissement scolaire, s’y rendre avec lui permettra de le familiariser avec le trajet. Visitez les lieux un soir ou durant une fin de semaine, lorsqu’il n’y a pas trop de circulation, pour donner confiance au jeune. Si la peur concerne le déroulement des cours, contactez le professeur responsable du programme visé. Vérifiez avec lui si le jeune peut assister à un cours pour voir concrètement comment l’enseignement est donné.

 

3. Dresser un plan d’action flexible

Beaucoup de jeunes pensent qu’une fois le programme collégial ou universitaire choisi, leur futur est déterminé de façon définitive, ce qui n’est pas le cas. Ainsi, si le jeune a peur de se tromper, invitez-le à mettre par écrit un plan d’action. Aidez-le à distinguer une succession d‘étapes, incluant différents moments où il peut changer d’avis. Par exemple :
 
Étape A : Faire la demande d’admission.
Étape B : Accepter ou refuser l’offre d’admission.
Étape C : Si on refuse, faire une autre demande, au second tour d’admission ou en admission tardive.
Étape D : Si le projet ne convient plus, annuler l’inscription avant la date d’abandon.
Étape E : Compléter une session dans le programme choisi et faire une demande d’admission dans un autre programme à la session suivante.
Étape F : Suivre le programme au complet, puis poursuivre vers un autre programme à un cycle supérieur.
Etc.
 
Ce genre d’exercices permet de dédramatiser l’importance de la décision qu’ils prendront au cours de prochaines semaines. Il offre des « portes de sortie » lorsque le jeune devient anxieux.
 

À retenir

Le trouble anxieux est sérieux et souffrant. La personne atteinte ne peut pas se contrôler par le simple raisonnement. Il est donc soulageant pour elle de pouvoir compter sur une personne de confiance, comme ses parents, un éducateur ou un conseiller. Rendez-vous donc disponible et à l’écoute; cela permettra au jeune de mieux s’engager dans ce grand passage vers les études postsecondaires.
 
[1] Simonoff E., Pickles A., Charman T., Chandler S., et al. (2008). Psychiatric disorders in children with autism spectrum disorders: Prevalence, comorbidity, and associated factors in a population-derived sample. Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 47(8), 921-929.