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Le recrutement
Autres temps, autres moeurs!
Par : Marlène Lebreux
Sans tourner le dos aux traditionnels babillards d'emplois et aux affichages de postes dans les journaux, les recruteurs naviguent sur des eaux nouvelles. La vague de départs à la retraite et la diminution constante du bassin de candidats poussent les entreprises à adopter de nouvelles stratégies.
Plus que jamais à la recherche de personnel qualifié, les entreprises perçoivent les avantages que leur procure le fait d'être visible sur les campus. Selon Manon Robichaud, coordonnatrice aux communications au Service de placement de l'Université Laval (SPUL), les activités organisées dans les milieux d'enseignement témoignent d'une toute nouvelle approche de recrutement.
Comme d'autres établissements d'enseignement, l'Université Laval propose plusieurs services aux employeurs, dont l'envoi postal d'information sur des emplois qu'ils ont à combler à des étudiants ciblés selon leur programme d'études. « Cette formule n'est cependant pas la plus en vogue, constate- t-elle. Les employeurs préfèrent davantage établir un contact direct avec les étudiants d'un programme en organisant des 5 à 7, des journées carrières ou des rencontres d'information. » Dans le cadre de ces activités, des employeurs, comme Procter & Gamble et Le Groupe Investors, effectuent une présentation de leur entreprise, puis, de façon tout à fait conviviale, discutent avec les étudiants de projets et de défis professionnels.
Julie Villeneuve, conseillère en communication à l'Ordre des pharmaciens du Québec, constate que depuis les dernières années l'industrie pharmaceutique ainsi que les grandes chaînes de pharmacies, comme Jean Coutu et Familiprix, établissent des liens avec la relève en octroyant des bourses aux étudiants méritants. «De plus, les entreprises multiplient les avantages pour ceux qui joignent leur rang. En région, où la demande de pharmaciens est particulièrement grande, certaines vont même jusqu'à offrir une maison aux nouvelles recrues pour la durée de leur emploi. »
Faisant également état de la pénurie de professionnels qui sévit dans le secteur de la santé, Robert Garon, directeur régional de la planification, de la gestion du changement et des ressources humaines à l'Agence de la santé et des services sociaux de la Capitale-Nationale, mentionne que le réseau de la santé et l'ensemble des établissements d'enseignement de la région de Québec ont récemment jumelé leurs efforts en vue de promouvoir les métiers et professions du secteur beaucoup plus tôt dans le cheminement des jeunes, soit dès le début de leurs études secondaires : « Cette action concertée est tout à fait novatrice. Des ateliers animés par des personnes qui travaillent dans le domaine des soins infirmiers ou de la réadaptation physique, par exemple, permettront aux élèves du secondaire de s'ouvrir aux réalités de leur travail. »
Les stages et emplois d'été : assurer sa place dans la file d'attente
Les emplois d'été liés au domaine d'études sont également appelés à être plus systématiquement offerts aux étudiants. Toujours selon M. Garon, en prenant de plus en plus de responsabilités au fil des étés au sein d'une organisation, un étudiant apprend à connaître son futur environnement de travail, ce qui facilite sa transition du milieu scolaire vers le marché de l'emploi. Un secteur d'activité aux conditions aussi exigeantes que celui de la santé et des services sociaux se mettra ainsi en meilleure position d'assurer la rétention de sa relève.
L'engouement des entreprises pour les stagiaires est également une tendance qui s'installe. Les programmes d'études collégiales offrant la formule Alternance Travail Études (ATE) et les programmes coopératifs universitaires intéressent plus d'un employeur. Ils expriment - parfois des mois à l'avance! - leur désir d'accueillir un ou des stagiaires. « En technologie forestière, en génie métallurgique et en génie mécanique, entre autres, nos offres de stages provenant des PME surpassent le nombre d'étudiants que nous avons à placer », indique Mme Dominique Roberge, responsable de l'ATE au Cégep de Chicoutimi.
Lorgner les secteurs connexes
Comme l'explique Marcel Bérubé, président de Groupe Perspective, les entreprises apprennent à être plus stratégiques : « On les encourage d'ailleurs à s'intéresser aux secteurs d'activité connexes au leur, c'est-à-dire à s'ouvrir aux candidats qui ont des similitudes avec le profil recherché et qui, en bénéficiant d'une formation complémentaire, pourraient constituer de bons employés. »
Dans le domaine de l'assurance, par exemple, plusieurs entreprises ont compris l'inefficacité de solliciter constamment les mêmes candidats que leurs concurrents. C'est pourquoi elles élargissent leur bassin de recrutement. Elles s'adressent non seulement aux finissants des programmes d'administration, mais également à ceux des programmes en communication ou aux personnes travaillant dans le secteur du service à la clientèle. Une fois les secteurs connexes ciblés, une entreprise aura généralement recours aux services d'un chasseur de têtes ou encore elle mènera une importante campagne de recrutement destinée à attirer l'attention de la relève.
Montrer son côté branché!
Attirer l'attention? C'est exactement ce que fait une entreprise quand elle dépêche dans un pavillon du HEC Montréal un drôle de mannequin, muni d'un écran sur la tête où défilent de multiples possibilités de carrière, pour distribuer des centaines de dépliants d'information!
Le recours aux nouvelles technologies incite d'autant plus les entreprises à rivaliser d'imagination. L'Oréal tient chaque année son e-Strat Challenge pour identifier les talents de demain. Depuis 2000, ce concours, qui consiste à diriger une entreprise virtuelle, a permis au chef de file mondial des cosmétiques de recruter plus de 250 participants issus des quatre coins de la planète pour des emplois dans le domaine du marketing, de la gestion de marque ou de la logistique.
Membre du comité organisateur de la première Foire virtuelle de l'emploi, qui a eu lieu dans Internet en mai 2007, M. Bérubé souligne en effet l'importance d'être créatif et avant-gardiste. Cet événement interactif, auquel 40 entreprises ont osé participer, a attiré près de 16 000 chercheurs d'emploi provenant de partout à travers le monde.
La belle image!
«Maintenant, le but des entreprises est de susciter l'intérêt et de soigner son image à long terme dans le marché et beaucoup moins de réagir aussitôt qu'un poste se libère », affirme Jean-François Boudreault, copropriétaire de Marc Gauthier et associés, une entreprise spécialisée dans le recrutement et la sélection de personnel. Si auparavant les annonces promotionnelles dans les journaux servaient de tremplin pour lancer les recherches et assurer de nombreuses réponses, c'est loin d'être nécessairement le cas aujourd'hui.
« Certaines entreprises impliquent leurs employés dans leur stratégie de recrutement, ajoute-t-il. La mode est d'offrir une prime aux employés qui leur référeront une bonne ressource. J'ai vu des employeurs qui offraient des primes allant de 100 à 1 000 $! »
« Recherche activement des candidats... Récompense de 500 $ si vous les trouvez pour nous. » Voilà ce que l'on peut lire sur la page Internet du concours lancé en janvier dernier par IWeb8. Ainsi, cette entreprise spécialisée dans le développement de nouvelles technologies mise sur le réseau de contacts de ses internautes pour l'aider à combler plusieurs postes. À ce jour, trois personnes auraient mis la main sur la fameuse récompense.
Attention, effet de roulement!
Mais avant de se lancer dans de petites ou grandes campagnes de recrutement, les entreprises doivent réfléchir à leur fonctionnement interne. « Un taux de roulement de 10% peut être considéré comme raisonnable, mais 30 ou 40%, c'est beaucoup trop, signale M. Bérubé. Si tel est le cas, un gestionnaire doit d'abord comprendre les sources d'insatisfaction de ses employés. Est-ce le salaire? L'instabilité des horaires? La surcharge de travail? L'environnement professionnel? En améliorant son entreprise, il perdra beaucoup moins de son personnel et évitera que le processus de recrutement soit constamment à recommencer. »
En somme, l'employeur adapte de plus en plus ses méthodes de recrutement à la relève qu'il veut attirer, recruter, conserver. Celle-ci a des ambitions, des aspirations, des inspirations... Elle espère un environnement qui lui permettra de se réaliser et d'évoluer à la fois sur le plan professionnel et personnel. C'est une toute nouvelle approche, voire une philosophie, qui prend forme en matière de gestion et de recrutement de ressources humaines au sein de l'entreprise de demain.
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