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La recherche d'emploi

Une entreprise quasi scientifique
Par : Francine Bordeleau

Une pléiade de ressources conseillent ou « accompagnent » les personnes désireuses d'intégrer ou de réintégrer le marché du travail. Et attestent qu'enmatière de recherche d'emploi, l'amateurisme n'a plus guère sa place!

Depuis quelques années, les départs à la retraite massifs créent un contexte favorable aux chercheurs d'emploi. Les recruteurs n'en sont pas moins exigeants pour autant, loin de là : c'est ainsi que bien souvent, un curriculum vitae mal rédigé suffit à discréditer le meilleur des candidats.

Est-ce parce que la concurrence pour les postes offerts reste vive? En tout cas, à défaut de détenir une formation ou une expertise rarissime, mieux vaut amorcer sa recherche d'emploi armé d'une technique solide. Qu'il s'agisse des jeunes diplômés, des nouveaux chômeurs ou encore des personnes au parcours professionnel peu orthodoxe, tous doivent acquérir cette compétence qui consiste à savoir comment entrer en entreprise.

Afin de les y aider sont nés plusieurs organismes depuis les deux dernières décennies. Leurs services n'ont cessé d'évoluer, au gré des besoins diversifiés des chercheurs d'emploi, par exemple ceux des immigrants, peu au fait des us des entreprises d'ici. Et au bout du compte, chacun a de bonnes chances de trouver une ressource adaptée à son profil.

La filière Emploi-Québec

Pour les prestataires de l'assurance-emploi ou de la Sécurité du revenu, la première porte est celle du centre local d'emploi (CLE). On en compte 152 répartis sur l'ensemble du territoire du Québec, plus deux centres dits « spécialisés », pour les personnes présentant d'importantes contraintes à l'emploi. «Désormais, les demandeurs d'assurance-emploi sont orientés d'office vers leur CLE, mais demeurent libres de faire appel à ce service », précise Claude Morin, responsable des relations média à Emploi-Québec. Il en est de même pour les prestataires de l'assistance-emploi (aide sociale). La participation aux mesures gouvernementales d'intégration ou de réintégration à l'emploi est donc volontaire.

« Nous offrons un service d'accompagnement qui se veut personnalisé, ajoute M. Morin. On considère la situation de la personne : est-elle très éloignée du marché du travail? Doit-elle améliorer ses compétences? » Dans ce dernier cas, une aide financière est possible, pour une formation d'appoint de moins de 12mois qui ouvre la voie vers des secteurs comme la construction ou la mécanique, là « où les perspectives sont favorables ». Favorables? Le gouvernement du Québec a cru bon de consacrer récemment une campagne publicitaire à ces secteurs délaissés par les jeunes et dont la main-d'oeuvre est de plus en plus âgée...

En fait, parce que la clientèle d'Emploi- Québec n'est pas homogène, plusieurs mesures sont proposées, « dans une optique de développement et de formation de la main-d'oeuvre ». On conçoit ainsi que certaines personnes auront besoin d'un soutien plus important avant de réintégrer le marché du travail. On accorde aussi une attention particulière aux jeunes, afin d'éviter la transmission intergénérationnelle de la pauvreté. Ceux de moins de 25 ans pourront ainsi bénéficier d'un programme comme Alternative jeunesse. Quant aux jeunes mères sans diplôme d'études secondaires, Ma place au soleil leur offre la possibilité de retourner sur les bancs de l'école pour une durée allant jusqu'à 36mois, avec allocation.

Les sites Internet sont devenus des outils indispensables de la recherche d'emploi, et à cet égard « les services publics d'emploi » ne sont pas en reste. «Nous visons à bonifier notre site sans cesse, autant au chapitre de la quantité que de la qualité des offres », souligne M. Morin. Les employeurs semblent avoir compris ce voeu, car les emplois affichés couvrent une multitude de secteurs, avec des exigences scolaires qui sollicitent les trois ordres d'enseignement.

La recherche active

L'objectif d'Emploi-Québec est bien sûr de ramener le plus grand nombre de personnes possible sur les rails du marché du travail, mais, dans un premier temps, « d'au moins mettre les gens en mouvement », dit M. Morin. Or le «mouvement » se perd malheureusement très vite quand on n'est ni aux études ni au travail. Jocelyne Vaillant, vice-présidente de l'Association des clubs de recherche d'emploi du Québec (ACREQ), peut ainsi disserter longuement sur l'effet démotivant et déstructurant de l'absence de routine. Si on n'y prend garde, tous les jours de la semaine finissent par ressembler à un long dimanche léthargique...

La session intensive de trois semaines qu'offre à ses participants chaque club de recherche d'emploi s'ouvre donc un lundi matin. Au menu du jour 1 : préparation d'une carte professionnelle et du curriculum vitae, entre autres. Le reste s'enchaîne rapidement : apprendre à décrypter les offres d'emploi, à débusquer les emplois « cachés », à parler aux recruteurs, à passer des entrevues (avec la « classique » simulation sur vidéo)...«Habituellement, les participants commencent à passer de vraies entrevues dès la première semaine », dit Mme Vaillant. Est-il besoin, dès lors, de le préciser : le participant au club doit être prêt et motivé à travailler maintenant.

Autre condition importante : être absent du marché du travail depuis moins de deux ans. Passé ce laps de temps, les personnes auraient en effet besoin, règle générale, de préparer plus longuement leur retour au travail. Il faut aussi avoir envie d'une démarche de groupe, puisque chaque session réunit de 8 à 14 personnes du lundi au vendredi, de 9 h à 16 h. Un plus, estime Mme Vaillant, car « la recherche d'emploi en solitaire peut s'avérer très décourageante ». Les participants s'encouragent entre eux, échangent tuyaux et astuces, et peuvent également saisir l'occasion de recouvrer habiletés sociales et estime de soi plus ou moins perdues.

Les clubs de recherche d'emploi, aujourd'hui au nombre de 35 (pour 48 points de service), sont nés en 1984, avec à la base une formule unique. « C'est un programme complet, savamment documenté, et les 35 clubs offrent une certaine standardisation », explique Mme Vaillant. Ainsi que, parfois, une expertise particulière : c'est le cas, notamment, des clubs montréalais situés dans des quartiers à forte densité de population immigrante.

Dans l'offre - gratuite - des clubs de recherche d'emploi, on trouve de l'orientation professionnelle, la réalisation de bilans de compétences, du counselling personnalisé, des services aux personnes immigrantes et du suivi individuel qui peut se poursuivre après la fin de la session. « Le concept a été véritablement développé ici, et on l'exporte maintenant un peu partout dans le monde », dit Mme Vaillant. Les quelque 10 000 participants annuels aux clubs de recherche d'emploi affichent un taux de placement de 75%. Ces organismes sans but lucratif sont pour l'heure subventionnés principalement par Emploi-Québec : une « dépense » rentable puisque chaque dollar investi en rapporterait 3,7 dans les coffres de l'État.

S'entraîner à (re)travailler

Onze ans après les clubs de recherche d'emploi, soit en 1995, c'était au tour du concept d'entreprise d'entraînement, né en Allemagne dans les années 40, de se concrétiser au Québec. « C'est une entreprise qui simule les postes d'une entreprise réelle. Les “employés” y effectuent de vraies tâches, font des ventes; mais aucune marchandise n'est livrée et l'argent n'est pas réel », résume Marie Rübsteck, directrice générale du Réseau canadien des entreprises d'entraînement (RCEE).

Les 20 entreprises d'entraînement québécoises actuellement en activité sont financées par Emploi-Québec et accueillent en moyenne 25 participants à la fois pour une durée maximale de 15 semaines. Les tâches sont variées : comptabilité, facturation, marketing, achats, ressources humaines, secrétariat, communications, informatique... Et les entreprises peuvent choisir n'importe quel secteur d'activité à condition, au bout du compte, de pouvoir vendre quelque chose. De façon fictive, évidemment!

« La méthode est celle de l'apprentissage par le travail, et dans un environnement très structuré, en fait similaire à celui d'une entreprise réelle », dit Mme Rübsteck. À l'exception de celles rattachées à des établissements d'enseignement, les entreprises d'entraînement s'adressent aux prestataires de l'assurance-emploi ou de l'assistance emploi, soit des personnes qui ont parfois quitté le marché du travail depuis un certain temps. « Elles doivent mettre leurs compétences à jour, réapprendre un savoir être. C'est ce qu'on leur permet ici », ajoute Mme Rübsteck.

Environnement structuré, oui, mais aussi « très sécuritaire », l'entreprise d'entraînement donne le droit à l'erreur. «Des objectifs d'apprentissage sont fixés, les compétences et les attitudes sont évaluées, mais les lacunes de la personne ne conduisent à aucune sanction. C'est la vie de travail sans la pression qui y est souvent rattachée », souligne Marie Rübsteck. Les rares « congédiements » visent en fait des personnes orientées à tort vers ce type de ressource.

Les deux tiers des participants sont des femmes, et 40% ont un diplôme d'études secondaires, 35% détiennent un diplôme d'études collégiales et 25%, un diplôme universitaire. Durant leur passage dans l'entreprise, ils auront consacré 80%de leur temps au travail et l'autre 20% à la recherche d'emploi. Le taux de placement est de 80%.

« Les employeurs prennent les entreprises d'entraînement au sérieux », affirme Mme Rübsteck. Il faut dire que celles-ci bénéficient du parrainage d'entreprises bien réelles et reconnues. Les participants peuvent donc mentionner cette expérience dans leur curriculum vitae : elle sera considérée.

À l'échelle mondiale, on compte environ 5 000 entreprises d'entraînement, qui « font des affaires » entre elles et tiennent des foires commerciales. Du commerce international fictif! Tout en prenant de l'ampleur, le concept évolue. Ainsi, en Europe, des entreprises d'entraînement s'intéressent à la clientèle particulièrement difficile des ex-détenus; et un peu partout, la réflexion s'amorce quant à ces groupes de population ayant un « indice d'employabilité » très bas. Ici, on constate que l'entreprise d'entraînement constitue la première « expérience de travail » en sol canadien de certains immigrants, et une porte d'entrée privilégiée pour l'emploi.

Le coin des 16-35

Dans leur recherche d'emploi, les jeunes ont-ils besoin d'un « accompagnement » particulier? L'État doit bien le croire un peu puisqu'Emploi-Québec finance aujourd'hui un réseau de 110 Carrefours jeunesse emploi (CJE). Bon an mal an, quelque 55 000 jeunes âgés de 16 à 35 ans, peu importe leur statut, recourent à ce service.

« L'une de nos missions : faire en sorte de réduire au minimum le nombre de jeunes sur l'aide sociale ou d'aider les jeunes déjà en emploi qui n'ont pas de diplôme, dit l'agente d'information Marie-Soleil Trottier. Nous offrons un accompagnement accru, à long terme et personnalisé, que nous estimons mieux adapté à certains jeunes. »

Ainsi, le programme Jeunes en action, instauré le 1er avril 2007 pour les 18-24 ans qui font leur première demande d'assistance- emploi, aide au développement d'une autonomie personnelle et sociale dans le but de réintégrer le marché du travail ou de retourner aux études. Pendant une durée maximale de 52 semaines, les participants recevront une allocation un peu plus élevée que la prestation d'assistance- emploi.

Les CJE affichent aussi une préoccupation marquée pour les décrocheurs scolaires, par l'entremise du programme IDEO 16/17 instauré le 1er janvier. « Cette mesure s'adresse aux 16-17 ans dans le but de prévenir une première demande précoce d'assistance-emploi ou, s'ils n'ont pas encore décroché, de les soutenir dans la persévérance scolaire », explique Mme Trottier. La mesure cible les jeunes des milieux défavorisés.

Les jeunes qui ont la fibre entrepreneuriale pourront quant à eux relever le Défi de l'entrepreneuriat jeunesse (www.defi.gouv.qc.ca), un programme comportant un soutien financier et auquel s'associent 90 « agents de sensibilisation ».

Les CJE n'excluent nullement les diplômés universitaires, mais ceux-ci sont « sans doute plus autonomes dans leur recherche d'emploi », concède Mme Trottier. Les CJE se veulent « complémentaires avec les autres ressources de la communauté » et « partenaires » des employeurs, d'où une participation assidue à des activités comme les foires d'emploi régionales.

L'étudiant, ce futur travailleur...

Les établissements d'enseignement sont eux aussi fortement engagés dans la recherche d'emploi de leurs étudiants, par l'entremise de services de placement qui interviennent auprès des étudiants dès la première session. Leurs sites Internet, qui affichent emplois et stages, sont extrêmement populaires. Mais leurs interventions sont autrement développées.

Ainsi, le Service de placement de l'Université Laval (SPUL), qui fêtera ses 15 ans au printemps 2008, dispose d'une équipe de 45 personnes. « D'abord, nous offrons des formations à la recherche d'emploi, qui vont d'une demi-journée à quelques jours, avec des groupes relativement homogènes. Du reste, dans certaines facultés, une telle formation est obligatoire », précise Richard Buteau, directeur du SPUL.

Les Ateliers d'intégration au marché du travail informent sur les stratégies de démarchage, la rédaction du curriculum vitae, les entrevues d'emploi (les choses à dire, les choses à dire autrement)... Les étudiants peuvent également se prévaloir de consultations individuelles (et gratuites) qui les aideront notamment « à définir leurs objectifs d'emploi et leur plan de carrière », poursuit M. Buteau.

« Le SPUL est très présent dans le milieu, souligne-t-il encore. On fait du réseautage avec les entreprises de la région, on a des liens étroits avec le Parc technologique et la Chambre de commerce de Québec, on joue un rôle-conseil auprès des recruteurs. » Sans oublier des contacts avec des entreprises de tout le Québec et de l'étranger, les frontières étant de moins en moins étanches pour les chercheurs d'emploi. « Nous sommes “en compétition” avec les autres services de placement universitaires », dit M. Buteau un peu à la blague.

Les efforts du SPUL trouvent leur maximum de visibilité à l'occasion du Carrefour de l'emploi annuel : un moment fort de la rentrée où se donnent rendez-vous un nombre imposant de recruteurs. L'organisme prépare également des journées carrière pour l'une ou l'autre des facultés. Le SPUL s'engage, encore, dans l'emploi universitaire (par l'entremise d'une contribution au salaire des étudiants), ou auprès des étudiants étrangers afin de répondre à leurs besoins particuliers. On peut mentionner enfin le programme Mentor, instauré il y a deux ans, par l'entremise duquel d'anciens diplômés accompagnent des étudiants.

Afin de toujours mieux servir ses clients étudiants, « le SPUL veut se positionner comme un acteur privilégié auprès des entreprises », insiste M. Buteau. Et ne lui dites pas qu'à la course à l'emploi, les diplômés universitaires partent d'emblée gagnants : tout un chacun a besoin des meilleurs outils pour tirer son épingle du jeu dans un monde compétitif, estime-t-il.


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