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Une industrie en plein essor
Par : Louise Potvin
L'industrie de la sécurité connaît une forte croissance depuis une vingtaine d'années. Certains événements récents – la crise du verglas en 1998 et les attentats du 11 septembre 2001, pour ne nommer que ceux-là – ont attisé le besoin de sûreté au sein de la société en général.
La demande en matière de sécurité est aussi stimulée par le vieillissement de la population, car les personnes âgées ont un plus grand besoin de se protéger et de protéger leurs biens. L'émergence de certains types de crimes, comme les fraudes informatiques et les escroqueries par télémarketing, de même que le développement de nouvelles technologies plus abordables contribuent également à l'essor de cette industrie aux multiples facettes.
La surveillance des frontières, la lutte contre la criminalité, l'assistance aux personnes en danger, la protection des biens et de l'information, le gardiennage des lieux publics, les services d'investigation, la fabrication d'outils de surveillance sont autant de branches qui composent ce vaste secteur. Il offre donc une grande variété d'emplois : gardien de sécurité, installateur de systèmes d'alarme, spécialiste en sécurité informatique, enquêteur, expert en sinistre, ingénieur, juricomptable,… il y en a vraiment pour tous les goûts!
Les forces policières manquent de bras
Ils luttent contre la criminalité, interviennent sur les lieux des accidents, informent les gens sur les moyens de prévenir les petites et les grandes catastrophes… Les policiers jouent un rôle complexe auprès de la population. En 2003, la province comptait 41 corps policiers qui employaient au-delà de 13 400 agents. De ce nombre, 4 155 (soit un tiers), travaillent au sein du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). La Sûreté du Québec compte, pour sa part, plus de 5 000 policiers dans ses rangs.
Alors que leurs effectifs étaient restés relativement stables ces dernières années en raison de contraintes budgétaires, les forces policières ont d'autant plus besoin d'engager du nouveau personnel aujourd'hui. L'École nationale de police du Québec, à Nicolet, dont le nombre d'étudiants est déterminé par la demande du marché, a accueilli en 2005 quelque 720 aspirants policiers, soit une trentaine de plus que par le passé. L'augmentation des inscriptions devrait être encore plus forte en 2006. « Nos diplômés ont pratiquement tous un emploi assuré », affirme Louis Boudreault, responsable du programme de formation initiale en patrouille-gendarmerie. Le SPVM a ouvert ses portes à plusieurs d'entre eux. L'ajout de 133 policiers affectés à la sécurité routière ainsi que les postes à combler à cause des départs à la retraite expliquent le besoin de personnel dans ce corps policier.
Pour mieux évaluer les besoins des corps policiers en matière d'effectifs, le ministère de la Sécurité publique, en collaboration avec les différents intervenants du milieu, mène une étude afin de déterminer les orientations à prendre. Les résultats devraient être dévoilés l'automne prochain. « Nous voulons connaître avec exactitude les défis que nous aurons à relever et les besoins, notamment en termes d'embauche, qui nous attendent dans les 10 ans à venir, explique Bernard Arsenault, conseiller en communications à l'Association des directeurs de police du Québec. Chose certaine, les effectifs policiers n'iront pas en diminuant dans le futur. »
Bon an mal an, environ 5 000 étudiants s'inscrivent en Techniques policières dans un des 11 collèges privés ou publics qui offrent ce programme contingenté. Les meilleurs d'entre eux prennent ensuite le chemin de Nicolet pour suivre une formation de 15 semaines, passage obligé avant d'obtenir leur insigne de policier. Depuis janvier 2005, les agents qui comptent au moins un an d'expérience peuvent s'inscrire au nouveau baccalauréat en Sécurité publique, un programme de perfectionnement, suite logique des Techniques policières. Pour l'instant, cette formation est facultative mais, dans un proche avenir, elle pourrait devenir obligatoire pour ceux qui veulent monter en grade, explique François Bergeron, codirecteur du baccalauréat en Sécurité publique à l'Université du Québec à Trois-Rivières. Le programme permet de choisir entre les profils Enquête ou Gestion.
La gendarmerie royale du Canada (GRC) a, elle aussi, de grands besoins de personnel. Au cours des prochaines années, 650 agents devraient prendre leur retraite chaque année. En plus de ces postes à combler, la force policière doit augmenter ses effectifs qui s'élèvent actuellement à 23 000 hommes et femmes à travers le pays. Dans son premier budget, le gouvernement de Stephen Harper a annoncé le déblocage d'une somme de 161 millions de dollars dans le but de pouvoir engager 1 000 nouveaux agents. Ces recrues ne seraient toutefois pas en nombre suffisant pour combler les besoins, révélait le journal La Presse en juin dernier. Selon le quotidien, à cause des départs à la retraite, des mutations ou des démissions, il y aurait actuellement 1 825 postes d'agents toujours vacants au pays, dont 148 au Québec. Chaque année, le service de police national reçoit entre 7 000 et 9 000 demandes d'admission. La formation des futurs agents, d'une durée de 24 mois, se donne à Régina, en Saskatchewan. La GRC fournit des services de police dans plus de 750 détachements, aux quatre coins du Canada. Elle assure notamment la sécurité des frontières, mène des enquêtes à l'échelle nationale et travaille en étroite collaboration avec les corps policiers provinciaux.
Alors qu'il y a de bonnes possibilités d'emploi du côté de la police et de la GRC, elles sont plus limitées du côté des services incendie. Environ 200 pompiers terminent chaque année leurs études professionnelles en sécurité incendie, ce qui est un nombre suffisant pour combler les postes disponibles à temps plein, soutient Antoine Alonzo, directeur des services administratifs à l'École nationale des pompiers du Québec (ENPQ), à Laval.
Deux réalités différentes coexistent dans ce secteur. Des 20 000 pompiers québécois, 15 000 occupent cette fonction à temps partiel dans les différentes municipalités du Québec. Quelque 5 000 autres pompiers travaillent à temps plein dans les services de pompiers de cinq villes de la province à Montréal, Gatineau, Québec, Laval et Trois-Rivières.
Une formation est maintenant obligatoire pour exercer le métier de pompier. « On ne voit pratiquement plus ce qu'on appelait auparavant les pompiers volontaires », dit M. Alonzo. L'ENPQ, qui a ouvert ses portes en 2000, offre différents programmes de formation pour accéder à la carrière, ainsi que des cours de perfectionnement.
Sécuriser les frontières
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le gouvernement canadien a senti le besoin de renforcer la sécurité à ses frontières. Actuellement, l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) compte 12 000 travailleurs dont 80 % sont des agents frontaliers qui travaillent dans les différents postes établis le long de la frontière canadienne, dans les aéroports internationaux et dans les grands ports. Avant 2010, l'ASFC doit embaucher 270 nouveaux agents. Ce sont eux qui vérifient la validité des papiers des gens qui passent aux douanes, empêchent les marchandises illégales d'entrer au pays ou de le quitter, et s'assurent de la salubrité des produits alimentaires. « C'est un travail qui exige du jugement et une bonne connaissance des lois », explique Maria Iadinardi, chargée de communication à l'ASFC. En effet, les agents frontaliers doivent faire respecter pas moins de 90 lois fédérales et provinciales. Le bilinguisme et un bon sens de l'observation font également partie des critères d'embauche. De plus, les candidats ne doivent pas avoir d'antécédents judiciaires, ce qui est une exigence commune à tous les employeurs du secteur de la sécurité. L'ASFC forme ses agents à Rigaud, au Centre d'apprentissage des Services frontaliers.
Sécurité privée : un secteur qui se diversifie
Durant les dernières années, l'industrie de la sécurité privée s'est beaucoup développée et diversifiée. Ses cinq grands secteurs d'activité (le gardiennage, l'investigation, les systèmes de sécurité, le transport des valeurs et la serrurerie) sont devenus de véritables spécialités où sont apparues de nouvelles fonctions. Il suffit de penser à la sécurité informatique, un secteur en forte croissance qui exige du personnel ayant des connaissances pointues. Par ailleurs, les firmes de sécurité privée accomplissent de plus en plus de tâches qui relevaient auparavant des services de sécurité publique. Le gardiennage d'édifices publics, la patrouille en zone urbaine, voire le transport de prévenus font désormais partie de leurs mandats.
Selon les statistiques du ministère de la Sécurité publique, le marché québécois de la sécurité privée enregistre une croissance annuelle de 5 à 7 %. Son chiffre d'affaires atteignait 1,5 milliard de dollars en 2003 et le secteur compterait plus de 45 000 emplois. Un chiffre qui serait bien en deçà de la réalité, selon l'Association québécoise de l'industrie de la sécurité (AQIS) qui est en train de réaliser une étude pancanadienne afin de brosser un portrait réaliste de son secteur.
De toute façon, l'industrie a un grand besoin de recruter du personnel. Garda, un leader nord-américain en services de sécurité qui compte 19 000 employés au Canada dont plus de 6 000 au Québec, embauche en permanence. L'entreprise connaît une croissance fulgurante et cherche, entre autres, des agents de sécurité. Un métier endormant? Détrompez-vous! L'agent se trouve en première ligne quand quelque chose se produit et il doit savoir composer avec des situations variées. « C'est une véritable profession qui demande des nerfs solides et une formation adéquate », explique Nathalie de Champlain, vice-présidente Marketing et communications chez Garda qui forme tous ses agents à l'interne. Exit, donc, l'image du gardien qui attend, bien peinard, la fin de son quart de travail les pieds sur le bureau. Au contraire, il doit être proactif, branché sur les nouvelles technologies et capable de travailler en équipe.
Les agents peuvent être affectés à la sécurité des édifices publics, des routes, des barrages hydroélectriques, des centrales nucléaires et surtout des aéroports où leur nombre s'est accru au lendemain des attentats de New York. Assignés aux opérations de pré-embarquement, ils scrutent le contenu des bagages sur un écran, à la recherche d'objets pouvant menacer la sécurité des passagers pendant un vol. Un travail qui exige « un œil aiguisé », affirme Mme de Champlain. Garda, qui est présente dans 27 des 84 aéroports canadiens dont ceux de Montréal et de Toronto, a développé un remarquable savoir-faire dans le domaine de la sécurité aéroportuaire. L'entreprise forme ses agents de pré-embarquement selon les exigences de l'Autorité canadienne de la sécurité du transport aérien qui, après le 11 septembre, a normalisé la profession, explique Mme de Champlain.
Quant au gardiennage, il présente de bonnes perspectives d'avancement et peut mener à des postes de patrouilleur, de chef d'équipe ou d'agent au service de transport des valeurs, un secteur où la demande est très forte. L'agent assure la sécurité des biens durant le transport entre l'entreprise de détail, la mine d'or ou le casino, et l'institution financière. « Ces agents doivent détenir un permis de port d'armes », précise-t-elle encore.
Il y a également de l'emploi du côté des entreprises qui se spécialisent dans l'installation de systèmes de sécurité, un marché qui croît de 7 à 8 % par année, selon l'Association canadienne de l'alarme et de la sécurité (CANASA). Les entreprises ont de la difficulté à combler les postes de techniciens, les jeunes diplômés dans le domaine se faisant rares. « Nous décernons chaque année une quarantaine de diplômes d'études professionnelles en installation de systèmes. Ce n'est pas suffisant, de sorte que beaucoup d'employeurs qui frappent à notre porte s'en retournent bredouilles », explique Geneviève Bourgeois, conseillère en orientation à l'École des métiers et occupations de l'industrie de la construction du Québec (ÉMOICQ).
La demande de services est aussi en croissance du côté des agences d'investigation. Pour combler les postes d'enquêteurs privés, les employeurs embauchent principalement des policiers à la retraite.
Main-d'oeuvre recherchée en sécurité avancée
Appareils de repérage à distance d'autos volées (GPS), systèmes de caméras de télésurveillance, appareils de détection biométrique… Le monde de la sécurité utilise des outils technologiques de plus en plus performants et de plus en plus perfectionnés. On entre dans l'ère de la sécurité avancée qui consiste à appliquer les technologies de l'information et de la communication (TIC) à l'industrie de la sécurité traditionnelle. De l'avis de tous, ce courant, apparu il y a dix ans à peine, est la voie de l'avenir.
Au Québec, certains ont découvert le filon. Selon une étude de l'Alliance canadienne des technologies avancées (CATA Alliance), plus de 180 entreprises faisaient de la sécurité avancée en 2003 au Québec. Installées principalement dans les régions de Montréal et de Québec, elles procurent de l'emploi à environ 3 900 personnes. « Au Canada, 700 firmes sont actives dans ce domaine. Elles emploient 22 000 personnes et leur chiffre d'affaires atteint presque les 3 milliards de dollars », précise Jean-Guy Rens, consultant chez Scientech Communications, la firme qui a supervisé l'étude de la CATA. Les entreprises québécoises accaparent 25 % du marché canadien, loin derrière les fabricants ontariens qui se taillent la part du lion avec 49 %.
La demande de produits de sécurité augmente de 10 à 15 % par année, mais les entreprises peinent à trouver la main-d'œuvre qualifiée pour accompagner cette croissance, ce qui fait obstacle à leur développement. Okiok Data, une entreprise de Laval spécialisée en sécurité informatique, engage chaque année une dizaine d'analystes en sécurité. Leur rôle : trouver les failles dans les systèmes et proposer des solutions afin d'assurer la confidentialité des données et le transport de l'information par le biais d'Internet. « On recherche des analystes seniors qui doivent posséder un baccalauréat ou une maîtrise en informatique ou en mathématique, et avoir une solide expérience de travail », explique François Daigle, directeur du service professionnel d'Okiok Data.
Plus de 80 % des entreprises œuvrant dans le secteur de la sécurité avancée font de la R&D et elles emploient du personnel spécialisé en génie informatique, en génie logiciel, en mathématiques ou en électronique. Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC Valcartier), qui répond principalement aux besoins scientifiques et technologiques des Forces armées canadiennes, collabore de façon active avec l'industrie. Ses chercheurs mettent au point des applications qui servent autant à la détection optronique pour les cibles terrestres et aériennes qu'à la sécurité civile. L'agence aura bientôt besoin de relève. Au cours des prochaines années, elle devra embaucher une dizaine de scientifiques travaillant notamment dans le secteur de l'optronique (technologies à infrarouge et au laser). « On devra aussi combler quelques postes techniques en rapport avec la mécanique, l'électronique et l'informatique, précise Lise Ladouceur, chargée de communication à RDDC Valcartier. Nos chercheurs doivent détenir une maîtrise au minimum et, pour les postes techniques, un DEC est indispensable. » RDDC compte six centres de recherche au pays et emploie 1 500 personnes au total. Au Québec, il emploie 400 personnes dont près de 300 en R&D.
Une industrie en quête de formation spécialisée
Il y avait plusieurs années que l'industrie de la sécurité privée réclamait une refonte de la loi qui encadrait ses activités. C'est maintenant chose faite. Le gouvernement québécois a adopté en juin dernier la Loi sur la sécurité privée qui vise à mieux baliser la pratique et à réglementer la formation. « Actuellement, il n'y a pratiquement pas de formation en sécurité reconnue par le gouvernement », explique Serge René, vice-président de l'Association québécoise de l'industrie de la sécurité (AQIS) et directeur de la sécurité chez Wyeth. C'est ce qui fait que beaucoup d'employeurs forment leur personnel à l'interne selon leurs propres standards. En prévision des nouvelles exigences de la loi, plusieurs cégeps sont en train de bâtir des formations dans les différents secteurs de la sécurité privée. Le Cégep de Saint-Hyacinthe, entre autres, devrait bientôt offrir un cours d'enquêteur, révèle M. René.
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