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Un secteur en mutation L'émergence de nouveaux concurrents, l'envolée du dollar canadien, l'augmentation du prix des matières premières, la croissance du protectionnisme américain, la pénurie de main-d'œuvre qualifiée, … : les entreprises manufacturières sont actuellement confrontées à des défis majeurs! Pour surmonter la crise, elles n'ont pas d'autre choix que de s'adapter. Regard sur le secteur industriel de demain. Avec ses 615 000 emplois, le secteur manufacturier continue d'être un des moteurs de l'économie de la province. Un moteur qui a toutefois besoin d'une mise au point car il y a des fuites à colmater. Depuis 2003, le Québec a en effet perdu 33 400 emplois manufacturiers et enregistré une diminution marquée de ses exportations. Il y a deux ans, Meubles Laurier exportait 60 % de sa production aux États-Unis. Aujourd'hui, ses ventes aux États-Unis ne représentent plus que 35 % de son chiffre d'affaires, et ses parts de marché, il les a perdues au profit des Chinois. Depuis quelques années, les produits fabriqués en Chine à un coût peu élevé déferlent littéralement sur les États-Unis, à tel point que ce pays d'Asie se situe maintenant au deuxième rang des sources d'importations américaines, derrière le Canada. Il en est de même au Québec où la Chine et d'autres économies à faible coût de main-d'œuvre, comme l'Inde et certains pays de l'Europe de l'Est, viennent bouleverser l'environnement concurrentiel du secteur manufacturier. L'envolée du huard Peinant à reprendre leur souffle face au défi asiatique, les exportateurs doivent maintenant encaisser un autre choc : la flambée du dollar canadien qui a fluctué autour de 0,90 $ US ces derniers mois. « Depuis janvier 2002, le huard s'est apprécié de 44 % face au billet vert américain », précise Germain Hébert, directeur en analyse économique et projets spéciaux au ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE). « L'envolée du dollar canadien est devenue la principale préoccupation des fabricants, affirme Daniel Charron, président-directeur général des Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ). Tous les secteurs manufacturiers qui exportent sont vulnérables au taux du dollar. Malheureusement, c'est un facteur conjoncturel sur lequel ils ont peu de prise. » La pression est à ce point forte que des grandes entreprises comme Cascades ou Prévost Car envisagent de déplacer leur production vers les États-Unis pour rester concurrentielles. Les filiales québécoises des entreprises étrangères connaissent, elles aussi, leur lot de difficultés. « En raison de la force du dollar, les dirigeants locaux doivent se battre pour conserver les lignes de production au Québec, explique M. Charron. Cela devient de plus en plus difficile face à la volonté des hautes directions de les déménager là où les opérations seraient plus rentables. » État de santé du secteur manufacturier Dans ce contexte de grands changements, le MDEIE a voulu savoir quels secteurs manufacturiers s'en sortaient le mieux (ou le moins bien). Une étude comparative du total des livraisons entre 2000 et 2005 a permis de constater qu'une dizaine de secteurs (sur un total de 21) étaient en expansion. Parmi ceux-ci : la fabrication d'aliments, la première transformation des métaux, la fabrication de produits chimiques et plusieurs autres (voir tableau). Quatre secteurs ont amorcé un redressement, ayant renoué avec la croissance depuis 2004, soit le papier, la fabrication de machines, les produits informatiques et électroniques, et le matériel de transport. Or, ces 14 secteurs représentent 90 % de toutes les livraisons industrielles et 80 % de l'emploi manufacturier. « La situation n'est donc pas aussi catastrophique que certains le pensent », confirme M. Hébert. Il reste toutefois sept secteurs qui sont en perte de vitesse dont le textile, le vêtement, l'imprimerie et le tabac. Le défi : se renouveler Même si le tableau n'est pas tout noir, les entreprises, pour continuer de se développer, doivent se renouveler. L'innovation devient la condition nécessaire de leur succès. Or, les fabricants québécois accusent un certain retard à ce chapitre. « Il ne se fait pas assez d'innovation au Québec si on compare l'économie québécoise à d'autres économies comme celles de l'Ontario et des États-Unis, affirme Carole Lachance, vice-présidente au partenariat et développement des marchés du Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ). Une situation due en grande partie à la composition du secteur manufacturier qui comprend principalement des petites entreprises. Elles ont moins de moyens financiers et de ressources pour implanter des projets de R&D. Elles courent donc plus de risques d'être achetées par un compétiteur ou de disparaître. » Un segment de marché porteur Victor Innovatex, un fabricant beauceron de textiles industriels, a développé, il y a cinq ans, des tissus écologiquement durables. Un virage qui a été payant : depuis 2004, les ventes de ce produit, vendu sous la marque Polyester Eco Intelligent, ont connu une hausse de 88 %. L'entreprise, qui dessert les fabricants de meubles et de mobilier de bureau, mise sur la production à petit volume et le design innovateur de ses tissus. Une stratégie qui lui permet de connaître une croissance plus grande que la moyenne de l'industrie. Ainsi, en 2005, ses ventes ont progressé de 18 %, comparativement à 10 % dans l'ensemble du secteur. « Pour nos clients, la constance est primordiale. Ils veulent retrouver aujourd'hui les mêmes tissus qu'ils ont achetés il y a deux ans. Les Chinois n'offrent pas encore ce service. Ils sont meilleurs dans la production à gros volume de tissus saisonniers », explique Jean-Pierre Simard, directeur du marketing. Spécialisation de la main-d´oeuvre Pour saisir ces nombreux enjeux, les entreprises manufacturières ont besoin d'une main-d'œuvre polyvalente et de plus en plus spécialisée. « On assiste à une professionnalisation des fonctions, explique Denis Lagacé, titulaire de la chaire industrielle de recherche sur le meuble de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Les fabricants cherchent des employés capables de faire fonctionner des équipements de plus en plus spécialisés. Ils veulent également une main-d'œuvre plus flexible et plus mobile dans l'usine afin de pouvoir répondre aux impératifs de la production. Aide à l'innovation Pour soutenir les PME manufacturières dans leurs démarches d'innovation, le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation a mis en place différentes mesures d'aide : subvention à l'embauche de personnel spécialisé (ingénieurs, scientifiques) pour faciliter le développement de nouveaux produits, aide au transfert technologique, crédit d'impôt en R&D. D'autres mesures s'adressent spécifiquement à l'industrie textile et au secteur du vêtement. Une aide financière directe est apportée pour permettre aux fabricants d'effectuer une transition vers de nouveaux modèles d'affaires. Pénurie de main-d'œuvre qualifiée Alors que les fonctions se spécialisent au sein des organisations, la main-d'œuvre qualifiée se fait rare depuis quelques années déjà. En 2003, un sondage de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) révélait que la pénurie de travailleurs spécialisés était une préoccupation majeure pour les employeurs. Faute de relève, des postes restent vacants. Toujours selon la FCEI, 2,5 % des emplois n'étaient pas comblés dans le secteur manufacturier en 2005 (par rapport à 1,9 % en 2004). Pour aider les fabricants à se doter d'une relève qualifiée, le gouvernement québécois a dévoilé récemment un plan de rapprochement de la formation professionnelle et de la formation technique. Il vise notamment la création de passerelles pour faciliter le passage des diplômés d'un niveau de formation à l'autre. « C'est une bonne nouvelle, affirme Daniel Charron, président-directeur général des Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ). Cela rendra les formations plus attrayantes, ce qui, espère-t-on, encouragera les jeunes à entreprendre des études spécialisées. » Actuellement, les jeunes boudent la formation technique et professionnelle. Malgré la demande des employeurs, certains programmes ont dû fermer par manque d'inscriptions. « Les jeunes ne connaissent pas bien les emplois du secteur de la fabrication, explique M. Charron. Il faut continuer de valoriser nos métiers pour que surgisse une relève suffisante. » Zoom sur le secteur manufacturier Secteurs en expansion Secteurs en redressement Secteurs en transition
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