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Après l'or noir, l'or vert!
Par : Francine Bordeleau
Les normes environnementales, qui se sont resserrées au cours des dernières années, ont été longtemps perçues par les industriels comme des contraintes contre-productives et des freins au profit. Mais nombre d'entreprises ont aussi fini par constater qu'il y avait là, en fait, un filon quasi intarissable. La décontamination, la dépollution et la protection de l'environnement en général sont donc bonnes pour les affaires!
Au Québec, des dirigeants d'entreprise se définissent désormais comme des « entrepreneurs environnementalistes ». Rien de moins! Le vocable est utilisé notamment par les membres du Conseil des entreprises de services environnementaux (CESE) qui sont engagés principalement dans la gestion des matières résiduelles, un des quatre sous-secteurs de l'environnement (les autres étant l'eau, les sols et les eaux souterraines ainsi que l'air et les changements climatiques). « L'industrie des matières résiduelles, c'est une grosse industrie, et elle est en pleine croissance », confie Pierre Lachance, directeur général du CESE.
Mais en fait, « en raison des nouvelles normes et des nouvelles législations, l'ensemble du secteur est en ébullition », affirme Dominique Dodier, directrice générale du Comité sectoriel de main-d'œuvre en environnement (CSMOE). À l'échelle canadienne, le secteur a enregistré une croissance de 13 % entre 2000 et 2004 et, selon Mme Dodier, les besoins de main-d'œuvre sont loin d'être comblés. De plus, la demande risque d'augmenter à cause, entre autres, des exigences formulées par le protocole de Kyoto, auquel refuse d'adhérer le gouvernement fédéral mais qui, de par sa popularité dans l'opinion publique québécoise, a influencé la toute nouvelle politique de développement durable du gouvernement Charest. Marc Poulin, directeur du développement stratégique pour le secteur environnement chez Premier Tech, le dit sans ambages : « Plus les normes environnementales deviennent sévères, meilleures sont les affaires pour les entreprises qui ont un pied dans le secteur. L'environnement, c'est une véritable industrie! »
Ces normes obligent d'abord les promoteurs de tous les projets d'une certaine ampleur à se soumettre à des évaluations environnementales. Une véritable manne pour les firmes de consultants, dont les deux tiers ont eu besoin de nouveau personnel entre 2000 et 2005, selon le CSMOE. Les études d'impact occupent ainsi près de 125 des 1 100 employés de Tecsult, pour des projets au pays et à l'étranger. Ces derniers comptent d'ailleurs pour 40 % de toutes les activités de Tecsult, et une bonne proportion d'entre elles concerne l'Afrique. Ainsi, à l'heure actuelle, Tecsult réalise entre autres une étude d'impact pour la construction d'un barrage au Burkina Faso, après avoir été engagée dans huit projets d'aménagement du territoire en Algérie.
« De tels projets nous obligent à évaluer la situation en fonction de plusieurs paramètres : la faisabilité, les risques, les répercussions sur les populations mêmes... », explique André Julien, vice-président Ressources et Environnement et directeur général adjoint de Tecsult. D'où la présence, au sein de la firme, de professionnels aussi différents que des biologistes, des urbanistes, des géographes, des géologues, des géotechniciens, des ingénieurs, des chimistes, des économistes et même des sociologues.
« En raison de la complexité des problèmes, l'environnement est un secteur forcément multidisciplinaire », dit Jean-François Comeau, directeur adjoint du Centre de formation en environnement de l'Université de Sherbrooke. Ce Centre offre de la formation sur mesure, de la formation continue et un programme de maîtrise en environnement. En 30 ans d'existence, le Centre, où prévaut « une vision transversale », a accueilli à la maîtrise des étudiants issus au total d'une soixantaine de disciplines différentes. « Le nombre d'admissions augmente régulièrement depuis une quinzaine d'années, mais encore davantage depuis deux ou trois ans, tandis que nos étudiants sont souvent assurés d'avoir un emploi avant même la fin de leur stage de quatre mois », affirme M. Comeau.
Le marché des déchets
Selon les chiffres du CSMOE, l'environnement représente actuellement 32 000 emplois directs, dont près de la moitié dans le seul domaine de la gestion des matières résiduelles (GMR). « Et on y prévoit des investissements de l'ordre de 600 millions de dollars pour la période allant de 2005 à 2008 », dit Robert Lemieux, p.-d.g. de Recyc-Québec, un organisme relevant du ministère de l'Environnement, du Développement durable et des Parcs (MEDDP). La croissance est en grande partie attribuable aux responsabilités environnementales des municipalités, qui doivent concrétiser le principe des « 3 R » : réduire, recycler et réutiliser.
Les plans de gestion des matières résiduelles des municipalités, largement imposés par le MEDDP, couvrent également les matières dangereuses et les débris de construction, et concernent autant les entreprises que les individus. Le grand objectif, à atteindre en 2008 : récupérer 60 % de la demi-tonne de déchets produite en moyenne par un individu en une année. On en récupère aujourd'hui à peine 25 % : du papier essentiellement, tandis que le verre, le plastique, les pots de peinture, les vêtements prennent encore le chemin du sac poubelle. L'objectif de 60 % ne pourra en outre être atteint que si les citoyens s'adonnent en masse au compostage des matières putrescibles (aliments, feuilles, gazon…). Une pratique qui demeure marginale, alors que le putrescible compostable représenterait 40 % de tous les déchets.
« La GMR est une des grandes questions environnementales de l'heure, parce que chaque citoyen peut y contribuer. Mais un bon travail de sensibilisation et d'éducation reste à faire », reconnaît Benoît Massicotte, coordonnateur aux communications et aux consultations à la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ). Un travail d'autant plus nécessaire que les politiques, mesures, règlements et plans divers, destinés à la population comme aux entreprises, sont appelés à se multiplier, et qu'ils devront être expliqués. « Le développement durable exige des changements dans les comportements, et cela demande de la patience. Il faudra donc investir dans les campagnes sociétales, les communications. En toute logique, ce domaine devrait offrir bientôt pas mal d'emplois », prévoit M. Comeau.
La CMQ a adopté en 2005 un plan de GMR que chacune des 27 municipalités membres doit appliquer. Reste que « la récupération coûte cher, les municipalités sont étranglées sur le plan financier, et les citoyens s'opposent aux augmentations de taxes », fait savoir M. Massicotte. Les mesures « facilitantes » (bacs roulants, distribution de composteurs, aménagement de conteneurs, etc.) que devraient mettre en œuvre les municipalités ont un prix. Et les entreprises en récupération ne font pas du bénévolat. Celles-ci payent une certaine somme à Recyc-Québec pour les matières recyclées, et l'organisme retourne celle-ci aux municipalités (une trentaine de millions en 2006). Aussi, pour ces dernières, plus les quantités seront importantes, plus le recyclage deviendra rentable.
Pour les entreprises, la rentabilité est déjà au rendez-vous. « Un marché très important se dessine pour les matières recyclées, et en particulier pour l'aluminium et les autres métaux », affirme M. Lemieux. Pour faire une tonne d'aluminium qui se vendra 1 800 $, il faut par exemple 60 000 canettes de boissons gazeuses ou de bière. Or les Québécois en consomment environ un milliard par an! « Un excellent rapport qualité-prix », estime M. Lemieux, dû en bonne partie à la demande exponentielle de la Chine et de l'Inde : ces deux pays ont fait exploser la valeur des matières premières, ce qui se répercute sur le prix des matières premières recyclées.
Il se crée de plus en plus d'emplois dans le domaine de la collecte et du tri des matières, mais ce sont des emplois, il faut le dire, traditionnellement peu spécialisés et associés à la réinsertion dans le marché du travail. Mais le contexte change. « Il y a des usines de tri très sophistiquées, mécanisées, où les interventions manuelles sont réduites au minimum », dit M. Lachance. Le traitement de certaines matières exige en outre des procédés particuliers : ainsi en est-il du plastique dont les diverses sortes ne doivent pas être mélangées. De plus, la plupart des biens de consommation consistent en un assemblage de plusieurs matières. L'emploi de valoriste, qui requiert une formation de niveau collégial, a donc été créé. Et si les entreprises du domaine ont toujours d'importants besoins en mécaniciens et en camionneurs – les « convoyeurs » –, on y retrouve également des technologues spécialisés et des ingénieurs chimistes.
Une concentration de têtes chercheuses
Environ 5 % des produits résisteraient encore et toujours au recyclage : le styromousse, la vaisselle (en raison du nombre de composantes et des procédés de fabrication), les ampoules, les tubes de dentifrice… Mais là n'est pas, on le sait, le seul problème environnemental qui se pose à nos sociétés, et, pour sauver la planète, la recherche s'intensifie sur tous les fronts.
C'est ainsi qu'à Rivière-du-Loup le secteur environnement de Premier Tech, composé de 150 personnes – environ 10 % de la main-d'œuvre totale –, exploite ses propres laboratoires et conçoit des technologies exportées en Asie, en Europe et aux États-Unis. L'entreprise est spécialisée dans le traitement des eaux usées, principalement pour le secteur résidentiel non relié à un réseau d'égout. Son produit vedette : le Biofiltre Ecoflo, fabriqué à partir de tourbe de sphaigne. « C'est une petite usine modulaire, une infrastructure légère qui n'exige pas de gros investissements de la part des municipalités », explique M. Poulin. Le filtre compact de Premier Tech est particulièrement utile dans un contexte d'étalement urbain : la seule région de Québec en possède des centaines.
« Les municipalités ont installé des usines de traitement, mais elles les ont ensuite négligées, poursuit M. Poulin. Un marché important s'ouvre pour la mise à niveau et l'entretien de systèmes devenus désuets. » Premier Tech se définit aussi comme « leader mondial » dans le traitement des eaux contaminées au lexiviat, un produit hautement toxique provenant de la décomposition des déchets. « Nos affaires vont très bien. Reste maintenant à trouver la main-d'œuvre », dit M. Poulin. L'an dernier, celui-ci avait besoin de techniciens en eau : il a pu dénicher un Québécois, mais il a également dû engager deux Américains et un Ontarien.
Ghislain Théberge, fondateur et chef de la direction de CO2 Solution, une PME née à Québec en 1999, constate pour sa part qu'il y a une croissance continue de l'emploi en climatologie. « Les conséquences néfastes du réchauffement climatique ouvrent la voie à une nouvelle industrie. Nous-mêmes passions généralement pour des farfelus, mais, depuis plus ou moins deux ans, les consciences se sont aiguisées », constate M. Théberge. CO2 Solution œuvre dans un domaine où il y a encore très peu de compétition : le recyclage du gaz carbonique, qui constitue 80 % des gaz à effet de serre (GES), au moyen d'une technologie fondée sur une enzyme qui est présente à l'état naturel dans les poumons et que l'on a réussi à cloner. Cette technologie unique permet d'éliminer le gaz carbonique, et aussi de le transformer en bicarbonate précipité, un produit inoffensif.
Après un essai probant à l'incinérateur de la Ville de Québec, le bioréacteur mis au point par CO2 Solution est en voie de commercialisation. L'appareil conçu dans les laboratoires de l'entreprise suscite énormément d'intérêt depuis l'adoption du protocole de Kyoto, et c'est à rien de moins qu'à un « marché planétaire » que celle-ci compte s'attaquer.
L'assainissement de l'air, c'est aussi le domaine de Biothermica, PME née en 1986. « Nous estimons avoir empêché la diffusion dans l'atmosphère de l'équivalent de 10 à 12 millions de tonnes de GES et autres composés considérés comme cancérigènes », annonce son président Guy Drouin. L'entreprise – « la seule, au Canada, dans le domaine de l'oxydation thermique régénérative » – se spécialise dans la récupération des gaz polluants en milieu industriel et la valorisation énergétique des biogaz. Sa centrale Gazmont, dans l'est de Montréal, produit de l'électricité en captant le biogaz (25 mégawatts par année vendus à Hydro-Québec, ce qui représente l'alimentation d'environ 15 000 maisons). « C'est la plus importante centrale du genre au Canada, la deuxième en importance dans le monde et le premier projet canadien “validé Kyoto” », souligne M. Drouin. La technologie de Biothermica a également séduit d'autres pays, comme la Chine et des pays d'Amérique du Sud.
L'entreprise Odotech, spécialisée dans le traitement des odeurs, se présente comme la plus grosse du monde en ce domaine, mais elle ne compte qu'une quarantaine d'employés. « C'est dire combien ce domaine est minuscule! » lance en riant Pierre Renyi, le directeur de la commercialisation. Son système Odowatch – un « nez électronique » – n'est sorti du laboratoire que tout récemment. « Il consiste en une chambre de flux munie de deux orifices (une sorte de globe) et posée directement sur le sol. L'odeur est aspirée par un plastique. Elle est ensuite mesurée conformément aux normes reconnues », ajoute M. Renyi. En installant Odowatch, une usine pourra enregistrer en permanence les odeurs qu'elle émet – et, donc, exercer une surveillance –, et même prévoir l'intensité qu'atteindront les odeurs dans un nombre d'heures déterminé.
La conception d'Odowatch, un produit exclusif, aura nécessité « la mise en commun d'une demi-douzaine de technologies », dit M. Renyi. « Plusieurs ont essayé de concevoir un tel système avant nous, mais ils ont échoué faute d'avoir des équipes multidisciplinaires », ajoute-t-il. Chez Odotech, la R&D occupe près de la moitié de l'effectif, et 90 % des employés ont une formation en génie, plus un grand nombre de spécialisations (en électronique, en chimie, en agronomie,…). Pour M. Renyi, Odotech, firme née de l'École polytechnique en 1998, œuvre dans un secteur pointu mais appelé à croître, dans la mesure où, « à l'échelle mondiale, les règlements sur les odeurs commencent à mieux se préciser et sont en train de changer ».
Vertes, nos campagnes?
En matière de réglementation, les producteurs de porcs ont pour leur part une date butoir : 2010, « année à partir de laquelle s'appliqueront les normes les plus restrictives », prévient François Boutin, directeur de l'environnement à la Fédération des producteurs de porcs du Québec (FPPQ). Ces normes concernent le lisier, mais pas forcément les odeurs, contrairement à ce qu'on pourrait croire (à cet égard, Odowatch est inopérant, nous informe Pierre Renyi). Il s'agirait plutôt du phosphore que contient le lisier solide (le lisier étant liquide à 95 %). « Avec l'azote et la potasse, le phosphore est l'une des composantes indispensables à la croissance des végétaux. Mais le sol n'absorbe qu'une certaine quantité de phosphore, et les excédents non assimilés par les plantes ou le sol peuvent se retrouver dans les cours d'eau, d'où la réglementation gouvernementale », explique M. Boutin.
Ce dernier précise qu'entre 1996 et 2002, la FPPQ a investi, à elle seule, près de un million de dollars en recherche, et qu'elle a évalué plusieurs technologies visant à éliminer les odeurs, un problème auquel s'attaque la firme drummondvilloise Ureco. Celle-ci est concurrencée par des entreprises canadiennes et étrangères, car la gestion du lisier préoccupe tous les pays producteurs de porcs. « Or nous avons découvert que les principales sources d'odeurs sont liées aux techniques d'épandage. Il faut appliquer le lisier au sol en réduisant au minimum le contact avec l'air. Pour y arriver, il y a des technologies sophistiquées pouvant facilement coûter jusqu'à 500 000 $ par ferme, mais il est aussi possible de recourir à la “rampe basse”, au coût de 10 000 $ », ajoute M. Boutin.
Mis au pilori par la population depuis quelques années, « les producteurs agricoles n'en sont pas moins sensibilisés à la question environnementale, et les producteurs de porcs, plus particulièrement, ont consacré beaucoup d'efforts pour être à l'avant-garde, sachant que, de toute façon, ils n'avaient pas le choix », précise Gisèle Grandbois, présidente et chef de la direction de l'Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA).
Organisme privé à but non lucratif, l'IRDA comptait, en 2005, 140 partenaires financiers, partenaires de recherche et clients, dont plusieurs composantes de l'Union des producteurs agricoles (UPA), qui avaient participé chacun à au moins un projet de recherche. Son but : « permettre aux agriculteurs de produire en respectant davantage l'environnement, tout en étant économiquement rentables », résume Mme Grandbois. L'IRDA, ajoute-t-elle, est « un gros laboratoire » dont les priorités sont les déjections animales, l'optimisation de l'utilisation des fertilisants et des « amendements » (compost et chaux, par exemple), la réduction de l'utilisation des pesticides, sans oublier celle des émissions de gaz à effet de serre, attribuables à l'industrie agricole dans une proportion de 10 %.
Selon M. Boutin, lui-même ingénieur et agronome, le grand frein à une agriculture « verte » à 100 % est d'ordre économique. « Nous sommes en mode adaptation, à l'instar de plusieurs industries. Le virage environnemental a son prix, mais le consommateur ne veut pas que le coût de son panier d'épicerie augmente! Or on ne peut pas élever constamment nos standards de production tout en maintenant nos prix à un niveau presque plancher », plaide M. Boutin.
Reste néanmoins que les pratiques évoluent, et que les changements exigent « des producteurs ayant de plus en plus de compétences », affirme Mme Grandbois. La formation est à l'avenant. Par ailleurs, les clubs-conseils en environnement prennent de l'importance, tandis que le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) et l'UPA font la promotion, auprès des producteurs, de l'utilisation de services-conseils en tout genre, et particulièrement en environnement. Les agronomes sont donc une espèce recherchée, et ils pourront tirer avantage d'un virage environnemental qui ira en s'intensifiant.
L'impossible retour en arrière
Mme Grandbois est toutefois parmi les personnes qui déplorent que, dans tous les secteurs d'activité, « la protection de l'environnement et la promotion du développement durable sont “tendance” dans les discours, mais pas forcément lorsque vient le temps d'accorder un réel soutien aux actions en ce sens ». M. Julien estime, quant à lui, que « les préoccupations environnementales sont bien réelles », non seulement dans la population, mais aussi chez ses clients promoteurs de gros projets. « Par exemple, la plupart des promoteurs ne s'opposent pas au principe des études d'impact et des audiences publiques, dit-il, mais ils sont irrités par la lourdeur du processus imposé par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Quoi qu'il en soit, on ne reviendra pas en arrière, et le secteur environnemental est promis à un riche avenir. »
Certes, il reste du chemin à faire, et les gouvernements ne montrent pas toujours l'exemple. Ainsi, malgré les cris d'alarme de plus en plus pressants adressés par la communauté scientifique internationale quant aux catastrophes que risquent de causer les changements climatiques, Ottawa semble plus sensible aux desiderata des pétrolières qu'aux objectifs de réduction des GES. « De toute façon, il est clair que la gestion du dossier environnemental est soumise à des impératifs hautement politiques », insiste M. Drouin. Mais l'opinion publique et la sensibilisation accrue des citoyens ne sont pas à dédaigner. Ainsi, la vogue des sacs d'épicerie réutilisables est en train de se répandre comme une traînée de poudre. Or, il s'agit d'un produit que les détaillants n'auraient pas développé sans la demande des consommateurs. Par ailleurs, aux États-Unis, le très lucratif marché des gloutons 4x4, véhicules fort populaires chez nos voisins, a commencé de battre de l'air en 2005 à cause de la percée sans précédent des sous-compactes japonaises : de gros bénéfices pour Toyota en particulier, dont l'hybride Prius (moitié essence, moitié électricité) est considérée avec intérêt.
Le XXIe siècle sera celui de l'assainissement de l'air, affirme M. Drouin. Plutôt celui de la gestion de l'eau, « l'or bleu », rétorque M. Poulin. En réalité, ce sera celui du recyclage, déclare pour sa part M. Lachance. En somme, le XXIe siècle sera celui de l'environnement! Et il le sera d'autant plus que des entreprises parviendront à transformer les préoccupations de la population en espèces sonnantes et trébuchantes.
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