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Les contenus de cette page sont extraits du
Guide de l'emploi édition 2007-2008

Ça bouge dans l'immobilier
Par : Ian Bussières

Que ce soit causé par la construction massive de résidences pour retraités, qui se multiplient partout au Québec, ou par des transactions majeures comme l'achat des propriétés industrielles et des immeubles à bureaux du groupe Alexis Nihon par Cominar pour 592 millions de dollars, il y a beaucoup de mouvement ces temps-ci du côté des grandes sociétés immobilières du Québec.

Comme l'explique Michel Berthelot, vice-président et chef des opérations financières de la fiducie immobilière Cominar, l'acquisition d'une partie d'Alexis Nihon est une transaction majeure qui porte à 16,7 millions de pieds carrés le parc immobilier de Cominar, dont 58% dans le secteur industriel, 28% du côté des édifices à bureaux et 14% d'édifices commerciaux.

De 125 travailleurs, l'effectif de Cominar est aussi passé à 175 employés puisque la société a gardé une partie de la main-d'œuvre d'Alexis Nihon. « Nous embauchons des travailleurs dans tous les secteurs, car la compagnie grossit », indique M. Berthelot en précisant que Cominar a engagé du personnel dans les domaines de la comptabilité, de la finance et de l'entretien au cours des derniers mois, sans compter que les agents de location sont toujours très recherchés.

« Nous sommes chanceux, car notre personnel est stable. Au départ, nous étions beaucoup plus petits et la main-d'œuvre a grandi avec nous. Notre taux de rétention du personnel est bon, entre autres parce que nous respectons beaucoup nos employés et que nous leur offrons une rémunération en fonction du marché ainsi qu'un REER collectif et divers autres avantages sociaux », précise-t-il.

Cominar recrute elle-même ses travailleurs par les petites annonces des journaux et les différents sites Web d'emploi. « C'est très rare que nous utilisions les services de spécialistes en recrutement. Nous le faisons seulement pour les postes clés au sein de l'administration et de la direction », indique M. Berthelot.

Former à l'interne

Les comptables, les conseillers en finance et les agents de location ayant une formation universitaire sont toujours très recherchés par les grandes sociétés immobilières. « Nous sommes basés à Québec, où il n'y a pas énormément de sociétés immobilières, donc les gens expérimentés sont plus difficiles à trouver », poursuit-il en ajoutant que la formation à l'interne est l'un des moyens de faire face à cette situation.

Chez Ivanhoé Cambridge, qui possède au Québec une vingtaine de propriétés, essentiellement des centres commerciaux et des édifices à bureaux, en plus de ses propriétés ailleurs au Canada et à l'étranger, on sent aussi cette pénurie, et la formation à l'interne sert à y remédier.

« Comme nous sommes les leaders dans le créneau des centres commerciaux au Québec, c'est plus difficile pour nous de dénicher de nouveaux employés avec expérience à l'externe. Pour ce qui est des écoles, elles ne forment pas vraiment de gestionnaires dans ce domaine précis », souligne Carmela Rubiano, directrice des ressources humaines.

Ivanhoé Cambridge a donc pris le pari d'embaucher des employés ayant une formation en administration des affaires ou en marketing et de les placer dans des « postes d'entraînement » pour qu'ils puissent éventuellement gravir les échelons et se retrouver à la tête de l'un des centres commerciaux de la société.

Les affichages internes, les sites Web d'emploi, les journaux, le site Internet de la compagnie et les corporations professionnelles sont les canaux privilégiés par Ivanhoé Cambridge pour recruter sa main-d'œuvre.

« Outre la gestion de centres commerciaux, nous embauchons dans des domaines très variés, comme la mécanique de bâtiment, le marketing, la location, la construction,

la comptabilité et la finance, l'informatique et les services juridiques », explique Mme Rubiano, qui souligne que le bilinguisme, bien qu'il ne soit pas toujours essentiel, est important puisque l'entreprise fait des affaires partout au Canada. « Tout dépend du milieu! Un directeur de centre commercial à Rivière-du-Loup n'a pas nécessairement besoin d'être bilingue! », indique-t-elle.

Garder ses employés

Également présente dans le domaine immobilier avec une cinquantaine de propriétés au Québec, des tours à bureaux, des immeubles industriels et commerciaux, la compagnie d'assurance Standard Life engage, pour sa part, une cinquantaine de travailleurs dans sa division immobilière.

« Du col bleu jusqu'au vice-président! », lance Richard Lacroix, directeur des opérations, pour expliquer la grande variété de carrières possibles dans la compagnie. « Pour nous, la rétention du personnel est importante et, outre les avantages sociaux et la bonne rémunération, nous nous assurons aussi de garder nos employés heureux », souligne Michèle Parent, vice-présidente aux communications externes.

Ainsi, Standard Life évalue tous les trois ans le degré de satisfaction et d'engagement de ses employés au moyen d'un sondage Gallup. « Chaque directeur est responsable de la satisfaction de ses employés et, si le niveau de satisfaction diminue, il devra prendre les moyens pour y remédier », signale Richard Lacroix.

Les techniciens en réfrigération et en machines fixes sont très recherchés pour s'occuper des systèmes de ventilation des immeubles. « Tous les employés possédant des cartes de compétence sont recherchés, de même que les directeurs d'actifs, car il y a un gros roulement dans ce domaine », ajoute M. Lacroix.

La plus importante société immobilière de la Belle Province est la Société immobilière du Québec (SIQ), une société d'État. Elle a comme mandat de loger les ministères

et les organismes du gouvernement du Québec et s'occupe de tous les édifices gouvernementaux, à l'exception de ceux des réseaux de la Santé et de l'Éducation. Bref, les 60 000 employés de 114 ministères et organismes travaillent dans les bâtiments qui sont sous sa responsabilité.

« Nous gérons 1 070 immeubles qui totalisent 2,9 millions de mètres carrés partout au Québec, 340 comme propriétaire et 730 comme locataire, notamment les palais de justice, les centres de transports, les centres de détention, les postes de la Sûreté du Québec de même que les laboratoires et les ateliers gouvernementaux », explique Martin Roy, agent d'information à la SIQ, qui compte elle-même 630 employés.

Ces temps-ci, la société d'État recherche souvent des techniciens en exploitation pour ses immeubles, soit des personnes chargées de s'assurer du respect des conditions d'occupation et de la qualité des services rendus aux occupants des immeubles de son secteur. Ils voient à l'entretien des immeubles et interviennent dans la réalisation de divers projets de conservation, d'amélioration et d'aménagement.

La SIQ cherche aussi des ouvriers, des plombiers, des mécaniciens de machines fixes ou des électriciens, pour travailler dans ses plus gros immeubles, des postes qui, à l'extérieur de Québec et de Montréal, sont souvent accordés par contrat ouvert avec l'entreprise privée.

« Nous recherchons évidemment des gens avec des diplômes et les cartes de qualification requises et un certain nombre d'années d'expérience », poursuit M. Roy. Du côté administratif, la SIQ recrute également des avocats et des spécialistes en ressources humaines et en services financiers.

« Pour recruter, nous publions beaucoup d'offres d'emploi dans les journaux, mais aussi sur les portails d'emplois. Toutefois, nos postes sont d'abord offerts à l'interne », poursuit M. Roy en indiquant que la SIQ, contrairement à d'autres sociétés immobilières, ne vit pas réellement de problème de rétention de main-d'œuvre.

« La sécurité d'emploi et le régime de retraite de l'État contribuent à cette situation et la plupart des postes que nous avons à combler deviennent disponibles à la suite de retraites. Le personnel administratif est plus stable, mais les travailleurs liés à l'entretien et à la construction d'immeubles sont plus demandés », explique-t-il.

Le recrutement serait cependant moins facile dans les régions de Montréal et de l'Outaouais. « À Montréal, plusieurs grandes entreprises immobilières et d'ingénierie visent les mêmes candidats que nous alors qu'en Outaouais, notre principal “compétiteur” pour le recrutement de main-d'œuvre est le gouvernement fédéral », conclut M. Roy.

La Société immobilière Trans-Québec (SITQ) est une autre grande société immobilière liée au gouvernement du Québec puisqu'elle est une filiale de la Caisse de dépôt et de placement du Québec. Son portefeuille de 10,3 milliards de dollars se compose de 114 immeubles à bureaux et parcs d'affaires représentant plus de 35 millions de pieds carrés.

« Nous recrutons le plus souvent des gérants de projets de construction qui ont un profil d'architecte ou d'ingénieur ou encore qui ont de l'expérience dans l'aménagement locatif d'édifices à bureaux. À la location, nous recrutons des personnes qui ont un profil de vendeur avec expérience dans l'immobilier et un bon réseau de contacts dans le domaine des immeubles à bureaux, car ce n'est pas comme louer

des logements ou des condos! », indique Martine Drolet, directrice des ressources humaines et du développement organisationnel à la SITQ.

En affaires avec le monde

« Il y a de plus en plus de demandes dans les emplois spécialisés, par exemple des fiscalistes ou des avocats spécialisés en immobilier. Une bonne connaissance des lois fiscales internationales est aussi un plus puisque nous œuvrons à l'échelle mondiale », poursuit Mme Drolet en précisant que l'entreprise doit parfois recruter son personnel dans d'autres entreprises ayant des ramifications internationales comme Alcan ou Quebecor.

La SITQ embauche aussi des investisseurs ayant une bonne connaissance de l'environnement économique, une bonne capacité de négociation, un large réseau d'affaires et une vue d'ensemble sur les risques associés à l'investissement dans certains pays émergents afin d'y anticiper les occasions d'investissement, de même que des évaluateurs de portefeuille agréés ayant une bonne capacité d'analyse des risques liés à l'acquisition d'immeubles.

« Ce n'est pas un profil d'évaluateur municipal que nous recherchons, mais bien un évaluateur qui pourrait analyser un dossier d'acquisition d'immeuble en Russie ou à Londres », poursuit Mme Drolet.

Étant donné sa présence internationale, la SITQ recherche des employés bilingues et même trilingues. « L'espagnol est très utile et nous avons déjà embauché un employé trilingue qui parlait l'allemand pour l'acquisition d'un immeuble en Allemagne! », signale Martine Drolet.

« Nous cherchons des gens perspicaces, innovateurs, créatifs, qui ont de la vision, qui sont orientés vers les résultats, capables de travailler en équipe et qui entretiennent de bonnes relations interpersonnelles et sont aussi capables de faire face au changement, car il faut qu'ils puissent bien comprendre les clients aux diverses personnalités et nationalités », enchaîne-t-elle.

En ce qui a trait au roulement de personnel, la SITQ doit par ailleurs composer avec une génération montante constamment à la recherche de nouveaux défis. « Nous sommes dans un cycle d'affaires où on ne peut penser garder tous nos employés durant 10 ou 15 ans », explique Mme Drolet en soulignant que la SITQ constitue parfois un tremplin pour ses employés vers d'autres sociétés comme la Caisse de dépôt ou Ivanhoé Cambridge.

L'entreprise travaille cependant afin de maximiser la rétention de sa main-d'œuvre. « Si on change notre personnel aux deux ou trois ans, ce n'est pas bon, mais si on est capable de reporter ça tous les quatre ou cinq ans, on a un bon bout de chemin de fait! », explique Mme Drolet.

Cette dernière indique que la SITQ a mis en place des mesures afin de permettre à ses employés de concilier leur vie personnelle et leur vie familiale, dont la présence de centres d'entraînement et de garderies en milieu de travail, mais aussi une flexibilité des horaires de travail. « Tous les deux ans, nous réalisons un sondage sur le climat organisationnel et la mobilisation de nos employés. Ça nous permet d'apporter des améliorations à certains volets », indique-t-elle.

Une prime de recommandation

Dans une situation de pénurie de travailleurs, la SITQ éprouve toutefois certaines difficultés à recruter des gérants de projets en construction, des fiscalistes ayant de l'expérience internationale, des avocats, des évaluateurs et même des employés de soutien, par exemple des secrétaires et des adjointes administratives.

Pour soutenir le recrutement, la société a donc mis en place une politique de référence de candidats où tout employé qui recommande un candidat qui est embauché reçoit une récompense de 1 000 $.

« Nous croyons qu'on attire les gens qui nous ressemblent, alors nous comptons sur la qualité de notre main-d'œuvre pour attirer d'autres travailleurs de qualité », dit Mme Drolet, en précisant que la société diffuse ses offres d'emploi sur tous les canaux possibles et imaginables, c'est-à-dire les sites Internet, son intranet, les ordres et associations et les agences de recrutement, en plus de participer à des journées carrières.

Essor gris

Un secteur de l'immobilier qui se porte par ailleurs très bien est celui des résidences pour retraités puisqu'on assiste depuis quelques années à un véritable « essor gris ». De telles résidences surgissent un peu partout au Québec à coups d'investissements de plusieurs millions de dollars.

Jean Bourcier, président du groupe Allegro, qui possède 43 résidences dans quatre provinces, dont 22 au Québec, indique cependant qu'il pourrait éventuellement y avoir un surplus dans ce domaine.

« La moyenne d'âge de nos résidents est de 82 ans et, dans l'ensemble du réseau, ça varie aussi entre 78 et 82 ans. Ce n'est pas nécessairement évident de conceptualiser pour les baby-boomers, qui ne seront pas dans nos résidences avant 15 ou 20 ans! », souligne-t-il.

Allegro emploie 2 500 employés, du plongeur à l'infirmière diplômée, en passant par les administrateurs, les concierges, les cuisiniers et les spécialistes en gérontologie, de même que les gestionnaires de résidences.

« Nous avons 125 personnes au siège social et ce chiffre est en croissance puisque nous recruterons bientôt 53 travailleurs avec nos projets d'investissements qui totalisent 750 millions de dollars dans les trois prochaines années et qui devraient doubler notre réseau de résidences », poursuit M. Bourcier.

Ces postes sont plus difficiles à combler qu'auparavant en raison du marché de l'emploi qui est très bon au Québec, puisque le taux de chômage est à son niveau le plus bas depuis 30 ans.

« C'est une bonne nouvelle pour les gens qui sont en recherche d'emploi, mais, pour nous, le recrutement devient plus compliqué », indique-t-il en soulignant que les comptables avec titre, les ingénieurs, les techniciens en architecture ou en génie civil, les infirmières et les spécialistes des ventes, du marketing et des ressources humaines sont actuellement les profils les plus recherchés par Allegro.

M. Bourcier a également constaté que, pour recruter des employés de 35 ans et moins, il valait mieux être présent sur les différents moteurs de recherche Internet alors que, pour ceux de 35 ans et plus, les méthodes les plus efficaces demeurent les journaux et les chasseurs de têtes. « Nous privilégions aussi les références internes et nous pourvoyons à beaucoup de postes de cette façon », dit-il en précisant que de la formation est également offerte à l'interne pour favoriser l'avancement.

L'absence de formation spécialisée dans le domaine des résidences pour personnes âgées complique un peu la vie des recruteurs de ce secteur. « Un programme de perfectionnement des gestionnaires de résidences et de CHSLD privés est offert depuis 2005 par l'Université de Sherbrooke en collaboration avec l'Association des résidences et des CHSLD privés du Québec, mais il semble y avoir peu d'engouement. Je verrais d'un meilleur œil une spécialisation à l'intérieur d'un baccalauréat », souligne M. Bourcier.

Les directeurs de résidences pour personnes âgées sont une denrée très rare et ces postes sont donc très difficiles à combler au Québec. « Il y a un manque d'engouement pour ce travail chez les jeunes et c'est plus dur de former une relève à l'interne. En plus, ce n'est pas tout le monde qui est capable de travailler avec les personnes âgées. Il faut beaucoup de dynamisme, de la patience et de la persévérance, de la rigueur et du leadership », conclut Jean Bourcier.

Faire preuve d'originalité

Eddy Savoie, fondateur et président des Résidences Soleil, abonde dans le même sens et a développé une méthode de recrutement originale. « Souvent, nos employés sont des enfants ou des membres de la famille de nos résidents! C'est l'un de nos meilleurs véhicules de recrutement et ça nous assure d'avoir des gens qui aiment les personnes âgées », souligne celui dont l'entreprise possède dix résidences en activité, 6 000 résidents et 850 employés au Québec.

« À Laval, près du métro Montmorency, nous avons un projet de 80 millions de dollars en cours qui sera la plus grande résidence pour personnes âgées construite en une seule phase en Amérique du Nord avec 724 appartements et tous les services », poursuit M. Savoie en ajoutant que cette résidence emploiera 125 travailleurs.

Les besoins en employés des Résidences Soleil concernent surtout les infirmières, les infirmières auxiliaires, les préposés aux bénéficiaires, les cuisiniers, les employés d'entretien et de maintenance et les récréologues. « Les infirmières sont évidemment les plus difficiles à recruter, mais nous nous en sortons quand même bien, car il y a beaucoup d'infirmières préretraitées qui souhaitent travailler seulement trois ou quatre jours par semaine », signale Eddy Savoie.

Les conditions de travail sont donc un facteur important d'attrait et de rétention de la main-d'œuvre. « Il n'y a pas que l'argent qui compte. Plusieurs laissent des postes plus payants pour travailler chez nous, car ils en ont assez de la pression du réseau de la santé. Ici, c'est un milieu de travail assez relaxant où les employés ont le temps de voir au bien-être de la clientèle ».

Également soucieux du bien-être de ses travailleurs, M. Savoie indique qu'il trouve important que ses employés soient syndiqués. « Je ne vois pas ça d'un mauvais œil, bien au contraire, car de toute manière, on n'a pas le choix de payer les salaires du marché. Un syndicat apporte une certaine stabilité et aide les travailleurs à faire valoir leurs droits. Je n'ai rien contre ça, c'est bien correct! », conclut-il.

Bref, dans un marché immobilier en pleine effervescence où les investissements se calculent à coups de millions de dollars et où les besoins sont parfois plus grands que la main-d'œuvre disponible, les employeurs qui se tirent le mieux d'affaire sont ceux qui ne craignent pas d'user d'originalité pour recruter de nouveaux travailleurs et qui offrent de meilleures conditions de travail afin de maintenir une certaine stabilité de leur effectif.


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