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L'unique répertoire des entreprises qui recrutent 2011-2012

Chronique d’une pénurie annoncée
Par Simon Coutu

Le QuĂ©bec occupe une place stratĂ©gique sur l’échiquier mondial des jeux vidĂ©o. On y produit des divertissements Ă©lectroniques pour tous les goĂ»ts et pour toutes les plateformes : consoles fixes ou portables, cellulaires ou Internet. Le manque de main-d’œuvre qualifiĂ©e dans ce domaine est toutefois de plus en plus alarmant. Les compagnies continuent de grossir et un dĂ©sĂ©quilibre se crĂ©e entre les travailleurs disponibles et les emplois offerts. La partie n’est pas encore gagnĂ©e dans cette industrie dynamique oĂą il manque de joueurs.

Le temps oĂą les jeux vidĂ©o s’adressaient aux adolescents hypnotisĂ©s par leur Ă©cran cathodique est rĂ©volu. Tout le monde y trouve maintenant son compte. Avec un marchĂ© mondial de près de 50  milliards de dollars, le jeu vidĂ©o a supplantĂ© l’industrie du cinĂ©ma et celle de la musique. Le QuĂ©bec tire son Ă©pingle du jeu grâce Ă  des mesures fiscales offertes aux compagnies. Depuis 2003, les fonds publics quĂ©bĂ©cois paient 30 % des salaires des travailleurs du secteur. Cette contribution s’élève Ă  37,5 % si un jeu comporte une version française.

La province accueille de plus en plus d’entreprises de jeux vidéo. Depuis l’implantation du plus grand studio de la multinationale française Ubisoft, en 1997, environ 70 compagnies liées à l’industrie du jeu vidéo ont élu domicile au Québec.

Jeux de séduction

Le plus grand dĂ©fi des prochaines annĂ©es sera de trouver assez de main-d’œuvre pour remplir les visĂ©es expansionnistes du QuĂ©bec. « Toutes les entreprises sont en pĂ©riode d’embauche, affirme le directeur du Sommet du jeu de MontrĂ©al, Alain Lachapelle. L’expansion est freinĂ©e par le manque de main-d’œuvre dans tous les secteurs de l’industrie. Il y a des compagnies qui refusent des contrats par manque de personnel. Â»

Les entreprises sont donc en mode sĂ©duction. Elles offrent gĂ©nĂ©ralement des conditions de travail allĂ©chantes et de gĂ©nĂ©reux salaires. Pierre Lebel, conseiller en multimĂ©dia au ministère du DĂ©veloppement Ă©conomique, de l’Innovation et de l’Exportation, croit que cette impulsion n’est pas sur le point de ralentir. « Les Ă©tudes dĂ©montrent qu’entre 600 et 700 postes seront créés chaque annĂ©e pendant les trois prochaines annĂ©es. Â»

Le conseiller en multimĂ©dia croit que la formation de la main-d’œuvre est cruciale pour suivre les avancĂ©es technologiques et l’évolution des consoles. « Le travail va nĂ©cessiter des Ă©tudes beaucoup plus poussĂ©es. Des universitĂ©s annonceront bientĂ´t des programmes orientĂ©s essentiellement vers le jeu vidĂ©o. Â»

Les compagnies recherchent aussi des travailleurs expĂ©rimentĂ©s pour combler des postes de gestionnaires. « Il y a des Ă©coles de perfectionnement de niveau collĂ©gial,mais ce qui manque, ce sont de vrais programmes de baccalaurĂ©at et de maĂ®trise, constate Alain Lachapelle. Le QuĂ©bec doit bouger rapidement parce que l’Ontario et la Colombie-Britannique y travaillent dĂ©jĂ . Â»

De leur cĂ´tĂ©, les entreprises n’hĂ©sitent pas Ă  faire la tournĂ©e des Ă©coles pour promouvoir les carrières offertes dans l’industrie du jeu. De mĂŞme, dix compagnies prĂ©sentes au QuĂ©bec se sont associĂ©es Ă  TechnoCompĂ©tences, le ComitĂ© sectoriel de main-d’œuvre en technologies de l’information et des communications, pour courtiser les adolescents grâce au site Internet macarriereenjeux.com. « Il y a maintenant une explosion des demandes d’admission dans les Ă©coles de jeu vidĂ©o, affirme la responsable du projet, Roseline Bienvenu. Les jeunes connaissent les jeux, mais ils ignorent quelles carrières s’y rattachent. Â»

À l’échelle planétaire

Pour garder sa place au sommet, l’industrie quĂ©bĂ©coise du jeu vidĂ©o devra affronter la montĂ©e de pays Ă©mergents comme l’Inde et la Chine. Pierre Lebel croit cependant que MontrĂ©al conserve son titre d’endroit le plus avantageux au monde pour dĂ©velopper des jeux. Cet avantage est pourtant fragile. « La dĂ©localisation constitue une menace pour notre industrie. Toutefois, la qualitĂ© des jeux est souvent moins bonne dans les pays Ă©mergents. Plusieurs choses faites en Chine doivent ensuite ĂŞtre retravaillĂ©es chez nous Â», souligne M. Lebel.

Les travailleurs quĂ©bĂ©cois ont acquis une rĂ©putation et une expertise qui leur assurent une place de choix Ă  l’échelle mondiale. « Les domaines artistique et crĂ©atif sont très forts au QuĂ©bec, soutient Alain Lachapelle. Pour l’instant, ce que la Chine et l’Inde offrent, c’est un bassin de main-d’œuvre Ă©norme. Â»

RĂ©tention de la main-d’œuvre

Trouver des travailleurs est un dĂ©fi, savoir les garder au sein d’une entreprise en est un autre. Les employĂ©s jouent souvent Ă  la chaise musicale entre les diffĂ©rentes compagnies prĂ©sentes sur le territoire quĂ©bĂ©cois. Devant toutes les portes ouvertes des entreprises, les travailleurs ont l’embarras du choix. « Les jeunes qui entrent sur le marchĂ© du travail font partie d’une gĂ©nĂ©ration mobile, explique Alain Lachapelle. Ils risquent de changer plusieurs fois d’employeur. Â»

Certaines personnes dĂ©cident de quitter l’industrie après quelques annĂ©es. La charge de travail et le niveau de stress en dĂ©couragent quelques-uns, selon Pierre Lebel. « Les compagnies comprennent maintenant qu’elles se tirent dans le pied lorsqu’elles en demandent trop Ă  leur personnel. Â»

Le respect des Ă©chĂ©anciers et des budgets a contribuĂ© Ă  la rĂ©putation du QuĂ©bec Ă  l’étranger. Les travailleurs de l’industrie sont gĂ©nĂ©ralement des mordus de divertissement numĂ©rique. « Il y a des pĂ©riodes de pointe comme dans n’importe quel milieu rythmĂ© par les dates de tombĂ©e, estime Jean-François Dumais, directeur de projets, ressources humaines, au ComitĂ© sectoriel TechnoCompĂ©tences. C’est un monde de passionnĂ©s. Â»


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