| Accueil > Marché du travail > Chronique d'une pénurie amorcée |
|
|
Chronique d’une pĂ©nurie annoncĂ©e Le QuĂ©bec occupe une place stratĂ©gique sur l’échiquier mondial des jeux vidĂ©o. On y produit des divertissements Ă©lectroniques pour tous les goĂ»ts et pour toutes les plateformes : consoles fixes ou portables, cellulaires ou Internet. Le manque de main-d’œuvre qualifiĂ©e dans ce domaine est toutefois de plus en plus alarmant. Les compagnies continuent de grossir et un dĂ©sĂ©quilibre se crĂ©e entre les travailleurs disponibles et les emplois offerts. La partie n’est pas encore gagnĂ©e dans cette industrie dynamique oĂą il manque de joueurs. Le temps oĂą les jeux vidĂ©o s’adressaient aux adolescents hypnotisĂ©s par leur Ă©cran cathodique est rĂ©volu. Tout le monde y trouve maintenant son compte. Avec un marchĂ© mondial de près de 50 milliards de dollars, le jeu vidĂ©o a supplantĂ© l’industrie du cinĂ©ma et celle de la musique. Le QuĂ©bec tire son Ă©pingle du jeu grâce Ă des mesures fiscales offertes aux compagnies. Depuis 2003, les fonds publics quĂ©bĂ©cois paient 30 % des salaires des travailleurs du secteur. Cette contribution s’élève Ă 37,5 % si un jeu comporte une version française. La province accueille de plus en plus d’entreprises de jeux vidĂ©o. Depuis l’implantation du plus grand studio de la multinationale française Ubisoft, en 1997, environ 70 compagnies liĂ©es Ă l’industrie du jeu vidĂ©o ont Ă©lu domicile au QuĂ©bec. Jeux de sĂ©duction Le plus grand dĂ©fi des prochaines annĂ©es sera de trouver assez de main-d’œuvre pour remplir les visĂ©es expansionnistes du QuĂ©bec. « Toutes les entreprises sont en pĂ©riode d’embauche, affirme le directeur du Sommet du jeu de MontrĂ©al, Alain Lachapelle. L’expansion est freinĂ©e par le manque de main-d’œuvre dans tous les secteurs de l’industrie. Il y a des compagnies qui refusent des contrats par manque de personnel. » Les entreprises sont donc en mode sĂ©duction. Elles offrent gĂ©nĂ©ralement des conditions de travail allĂ©chantes et de gĂ©nĂ©reux salaires. Pierre Lebel, conseiller en multimĂ©dia au ministère du DĂ©veloppement Ă©conomique, de l’Innovation et de l’Exportation, croit que cette impulsion n’est pas sur le point de ralentir. « Les Ă©tudes dĂ©montrent qu’entre 600 et 700 postes seront créés chaque annĂ©e pendant les trois prochaines annĂ©es. » Le conseiller en multimĂ©dia croit que la formation de la main-d’œuvre est cruciale pour suivre les avancĂ©es technologiques et l’évolution des consoles. « Le travail va nĂ©cessiter des Ă©tudes beaucoup plus poussĂ©es. Des universitĂ©s annonceront bientĂ´t des programmes orientĂ©s essentiellement vers le jeu vidĂ©o. » Les compagnies recherchent aussi des travailleurs expĂ©rimentĂ©s pour combler des postes de gestionnaires. « Il y a des Ă©coles de perfectionnement de niveau collĂ©gial,mais ce qui manque, ce sont de vrais programmes de baccalaurĂ©at et de maĂ®trise, constate Alain Lachapelle. Le QuĂ©bec doit bouger rapidement parce que l’Ontario et la Colombie-Britannique y travaillent dĂ©jĂ . » De leur cĂ´tĂ©, les entreprises n’hĂ©sitent pas Ă faire la tournĂ©e des Ă©coles pour promouvoir les carrières offertes dans l’industrie du jeu. De mĂŞme, dix compagnies prĂ©sentes au QuĂ©bec se sont associĂ©es Ă TechnoCompĂ©tences, le ComitĂ© sectoriel de main-d’œuvre en technologies de l’information et des communications, pour courtiser les adolescents grâce au site Internet macarriereenjeux.com. « Il y a maintenant une explosion des demandes d’admission dans les Ă©coles de jeu vidĂ©o, affirme la responsable du projet, Roseline Bienvenu. Les jeunes connaissent les jeux, mais ils ignorent quelles carrières s’y rattachent. » Ă€ l’échelle planĂ©taire Pour garder sa place au sommet, l’industrie quĂ©bĂ©coise du jeu vidĂ©o devra affronter la montĂ©e de pays Ă©mergents comme l’Inde et la Chine. Pierre Lebel croit cependant que MontrĂ©al conserve son titre d’endroit le plus avantageux au monde pour dĂ©velopper des jeux. Cet avantage est pourtant fragile. « La dĂ©localisation constitue une menace pour notre industrie. Toutefois, la qualitĂ© des jeux est souvent moins bonne dans les pays Ă©mergents. Plusieurs choses faites en Chine doivent ensuite ĂŞtre retravaillĂ©es chez nous », souligne M. Lebel. Les travailleurs quĂ©bĂ©cois ont acquis une rĂ©putation et une expertise qui leur assurent une place de choix Ă l’échelle mondiale. « Les domaines artistique et crĂ©atif sont très forts au QuĂ©bec, soutient Alain Lachapelle. Pour l’instant, ce que la Chine et l’Inde offrent, c’est un bassin de main-d’œuvre Ă©norme. » RĂ©tention de la main-d’œuvre Trouver des travailleurs est un dĂ©fi, savoir les garder au sein d’une entreprise en est un autre. Les employĂ©s jouent souvent Ă la chaise musicale entre les diffĂ©rentes compagnies prĂ©sentes sur le territoire quĂ©bĂ©cois. Devant toutes les portes ouvertes des entreprises, les travailleurs ont l’embarras du choix. « Les jeunes qui entrent sur le marchĂ© du travail font partie d’une gĂ©nĂ©ration mobile, explique Alain Lachapelle. Ils risquent de changer plusieurs fois d’employeur. » Certaines personnes dĂ©cident de quitter l’industrie après quelques annĂ©es. La charge de travail et le niveau de stress en dĂ©couragent quelques-uns, selon Pierre Lebel. « Les compagnies comprennent maintenant qu’elles se tirent dans le pied lorsqu’elles en demandent trop Ă leur personnel. » Le respect des Ă©chĂ©anciers et des budgets a contribuĂ© Ă la rĂ©putation du QuĂ©bec Ă l’étranger. Les travailleurs de l’industrie sont gĂ©nĂ©ralement des mordus de divertissement numĂ©rique. « Il y a des pĂ©riodes de pointe comme dans n’importe quel milieu rythmĂ© par les dates de tombĂ©e, estime Jean-François Dumais, directeur de projets, ressources humaines, au ComitĂ© sectoriel TechnoCompĂ©tences. C’est un monde de passionnĂ©s. » |
||||
| <<< retour | |||||