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La vertu devenue industrie
Par : Sylvain Desmeules

L’environnement, un terme maintes fois galvaudé et utilisé à toutes les sauces, fait partie dorénavant de tous les discours. Protection de l’eau, qualité de l’air, décontamination des sols, recyclage, compostage, pas question de laisser détruire la Terre, avons-nous dit dans les années 80. Cette prise de conscience mondiale devait conduire à différentes formes de législation nationale et mondiale, dont le célèbre protocole de Kyoto ou les crédits de CO2. Encore faut-il agir. Mais ce ne sont pas les métiers et professions qui manquent pour soutenir l’action!

« Au Québec, nous avons passé le cap des 32 000 emplois directement liés au secteur de l’environnement. C’est une croissance de 26 % en trois ans », constate Dominique Dodier, qui dirige l’organisme EnviroCompétences, le Comité sectoriel de maind’œuvre de l’environnement.

Selon les données de Statistique Canada, les revenus de l’industrie de l’environnement au Québec s’élevaient en 2002 à 3,1 milliards de dollars, soit 20 % du marché canadien. Nul doute que nous sommes devant un secteur prometteur, aux possibilités multiples.

Au Québec, l’adoption de la Loi sur la qualité de l’environnement, en 1970, a jeté les bases de cette industrie. Mais cette dernière a vraiment pris son élan avec l’adoption de législations récentes, plus musclées, telle que la Loi sur la gestion des matières résiduelles, adoptée en 1998, et la Loi sur la qualité de l’eau potable, votée en 2002, à la suite de la pression du public.

Le plus récent Diagnostic industriel et de main-d’œuvre en environnement, réalisé par Zins Beauchesne et associés en 2007, est fort éloquent sur le dynamisme de l’industrie. Il révèle notamment que sept entreprises sur dix prévoient une croissance de modérée à forte au cours des trois prochaines années. Les 77 entreprises interrogées prévoyaient 1 084 embauches d’ici 2009. Pas étonnant qu’on parle de pénurie de travailleurs dans ce domaine, un constat perçu comme unemutation de l’industrie par MmeDodier : « Ce n’est pas une pénurie, c’est l’effet de croissance qui cause un déséquilibre. De plus, il y a des postes en émergence qui viennent transformer le marché de l’emploi lié à l’environnement. »

On parle maintenant de chimistes de l’atmosphère, d’ingénieurs en environnement, d’écoconseillers, de spécialistes des communications en environnement, d’avocats de l’environnement, de géographes spécialisés en environnement, de nettoyeurs industriels, etc., autant de titres qui n’existaient pas au tournant des années 2000.

Pierre Lachance dirige le Conseil des entreprises de services environnementaux, un organisme qui regroupe plus de 50 entreprises et 6 000 travailleurs. « On note certains préjugés sur les métiers de l’environnement, mais il y a surtout de l’ignorance. Les gens sont peu enclins à aller vers ces métiers malgré leur désir de faire quelque chose pour l’environnement », signale-t-il.

« On a du mal à recruter en raison des perceptions. Beaucoup de gens pensent que c’est uniquement un marché d’intellectuels », renchérit Mme Dodier.

L’industrie n’a pas uniquement besoin de scientifiques, mais également de travailleurs manuels. En effet, on manque de conducteurs de camion, de mécaniciens, d’employés dans les centres de tri, des métiers qui n’exigent pas nécessairement de baccalauréat, mais qui sont essentielles à la progression de l’industrie.

L’offre de formation au Québec est pourtant bien pourvue, avec près d’une trentaine de programmes de niveau collégial, plus d’une quarantaine de programmes universitaires et même une dizaine de diplômes d’études secondaires, sans compter la formation continue. En moyenne, les entreprises dépensent 2,7 %de leur masse salariale en formation. Fait à noter, il semble que le parc des travailleurs en environnement soit composé en majorité d’hommes (70 %).

Les possibilités sont nombreuses. Les prochaines réglementations en matière de pollution atmosphérique et de gaz à effet de serre provoqueront de multiples occasions d’emplois. En outre, maintenant que le gouvernement récompense les villes qui recyclent, la gestion des matières résiduelles se doit d’être efficace, tout comme la gestion des eaux municipales.

L’activité du marché immobilier a elle aussi un impact sur l’industrie de l’environnement. Il suffit de penser à la décontamination des sols, exigée par les banques lors du transfert de propriété. Les grands chantiers comme le développement éolien représentent pour leur part un potentiel immense.

« Nous sommes devant un marché noble, ce sont des métiers qui ne polluent pas, qui visent à améliorer le sort de notre planète. Je crois que les nouvelles générations vont être davantage portées vers ces carrières », estime Mme Dodier.

D’autres facteurs encore font exploser le marché de l’emploi en environnement : la montée en flèche du prix des produits pétroliers provoque une ruée vers les biocarburants et les énergies renouvelables; la biomasse est maintenant à portée d’utilisation; la valorisation des produits industriels n’est plus un mythe, puisque les produits et matières rejetés ont une seconde vie; la conception des bâtiments inclut de nouvelles normes et l’engouement pour la récupération et le compostage comporte pour sa part des défis en termes de valorisation et de réutilisation.

La réglementation joue un rôle de premier plan dans la croissance des emplois de l’industrie de l’environnement. Les observateurs ont vu les échantillonnages, les analyses de laboratoires et les études environnementales se multiplier.

« Avec la croissance de la population et l’augmentation de la consommation, personne en environnement ne manquera de travail. Convenons qu’il faut avoir une espèce de dévotion pour la protection de l’environnement, mais ça vaut le coup », conclut Pierre Lachance.


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