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Une industie qui roule!
Les travaux de l’autoroute 30 se mettent en branle après 40 ans d’attente. Les quatre voies de la route 175, espérées depuis longtemps par les habitants du Saguenay, se concrétisent enfin. L’effondrement du pont de la Concorde, à Laval, force l’inspection et la réfection de dizaines de viaducs. De plus, chaque printemps, la chasse aux nids-de-poule reprend de plus belle. Tous ces chantiers emploient des milliers de travailleurs; de l’ingénieur civil qui dessine la route à l’opérateur de rouleau compresseur qui étend l’ultime couche d’asphalte. Petit bout de chemin au cœur d’une industrie en recrutement.
Les chantiers routiers poussent comme des champignons au Québec. En 2008, le gouvernement a investi 1,7 milliard de dollars dans l’entretien et le développement de son réseau de transport automobile. Dans moins de deux ans, cette somme grimpera à 2,1 milliards.
Parmi les travaux à surveiller, on note le prolongement de l’autoroute 30 en Montérégie, l’élargissement de la route 175 dans le parc des Laurentides, l’extension de l’autoroute 50 en Outaouais, la réfection du pont de Trois-Rivières, la reconstruction de l’échangeur Turcot à Montréal, et bien d’autres. C’est sans compter l’entretien des 29 500 kilomètres d’autoroutes et de routes nationales, en plus des voies municipales.
Pour étaler tout cet asphalte, il faudra beaucoup de main-d’œuvre. La Commission de la construction du Québec (CCQ), l’organisme chargé de gérer la formation, le personnel et les conditions de travail dans tous les secteurs de la construction, prévoit avoir besoin de 14 000 nouveaux travailleurs chaque année pendant trois ans. Sachant qu’un ouvrier sur cinq travaille sur des chantiers de génie civil et de voirie, et que tous les métiers de ce secteur connaîtront dans les prochaines années une hausse d’au moins 5 %, les chercheurs d’emploi peuvent se réjouir!
Dans certains cas et selon les régions, on parle carrément de pénurie, en raison de la hausse du nombre d’heures de travail, de la croissance de l’industrie et des départs à la retraite. Certains travailleurs de la voirie sont plus recherchés que d’autres. C’est notamment le cas des opérateurs de pelles mécaniques, des mécaniciens de machinerie lourde, des grutiers et des arpenteurs. Pour répondre à la demande, il faudra 7 000 diplômés par année. Mais les écoles peinent à remplir cette demande, d’après la CCQ.
Avant de construire les routes, il faut les concevoir. Au chapitre de l’emploi, les ingénieurs civils et les techniciens en génie civil ne sont pas en reste. Selon une récente enquête du Réseau des ingénieurs du Québec (RIQ), les plus grands employeurs de la province prévoient engager 2 600 ingénieurs cette année. Parmi ces nouveaux salariés, un sur cinq se destine au génie civil, précise Élizabeth Tremblay, coordonnatrice des relations publiques au RIQ. Preuve de la vigueur du secteur, 63 % de ces embauches seront attribuables à la création de nouveaux postes. On s’attend donc à une demande soutenue de nouveaux diplômés.
Des avantages alléchants
« La construction est un milieu bien différent des autres secteurs, indique André Martin, porte-parole de la CCQ. Il n’y a pas de garantie d’emploi, le taux d’abandon des apprentis atteint 30 % après cinq ans et on exige souvent une grande mobilité dans la province et entre les secteurs (constructions résidentielle, commerciale, industrielle, institutionnelle et voirie). »
Le taux d’abandon est plus élevé chez les jeunes travailleurs et les raisons en sont nombreuses : emploi saisonnier, possible manque de boulot dans la première année, trop de déplacements, travail trop exigeant physiquement. D’autres salariés font grimper cette statistique, notamment parce qu’ils prévoyaient ne travailler que quelques mois avant de changer de secteur. Ainsi, un opérateur de pelle mécanique peut délaisser les chantiers routiers pour se spécialiser dans le terrassement paysager, par exemple.
L’industrie de la construction offre en contrepartie des avantages indéniables. En voirie, elle permet un boulot dynamique et au grand air, bien rémunéré et accessible après une formation professionnelle de 20 à 60 semaines. Un candidat non diplômé, âgé d’au moins 16, ans peut devenir apprenti grâce au certificat de compétence obtenu en réussissant le cours Santé et sécurité générale sur les chantiers (30 heures), en s’engageant à suivre la formation nécessaire à l’obtention d’un Diplôme d’études professionnelles par la suite et en présentant une garantie d’emploi signée par un employeur, d’une durée d’au moins 150 heures.
Du côté du génie civil, les conditions des ingénieurs sont également fort intéressantes. Une fois le baccalauréat en poche (après sept ou huit sessions à l’université), on peut œuvrer à bon salaire, au public comme au privé, dans la discipline de son choix :municipale, circulation, construction, structures, routes, transports, hydraulique, gestion des eaux, gestion de projets, environnement, réhabilitation des infrastructures, ouvrages d’art, etc. On peut aussi lancer sa propre entreprise.De plus, le permis obligatoire décerné par l’Ordre des ingénieurs du Québec (obtenu après avoir réussi l’examen professionnel et cumulé 36 mois d’expérience) est reconnu dans plusieurs pays, permettant ainsi de rêver d’une carrière à l’étranger.
Recrutement non traditionnel
Cette industrie multiplie les efforts pour recruter davantage de femmes et de personnes des diverses communautés culturelles du Québec. Sur les 140 000 travailleurs dans l’ensemble de la construction, seulement 1 650 sont des femmes. Quant aux ouvriers d’origine étrangère, leur représentation n’a pas fait l’objet d’une recension tant ils sont rares.
Néanmoins, les mœurs et les temps changent le portrait de la main-d’œuvre. Les publicités de la CCQ projettent l’image de femmes qui réussissent dans des emplois non traditionnels. L’effort porte des fruits : il y a 11 ans, elles étaient à peine 230 à porter le casque de sécurité. Ce changement s’est aussi opéré dans les salles de classe. Sur 2 000 étudiants qui aspirent aux métiers de chantier, on dénombre actuellement 200 femmes.
La CCQ et l’Ordre des ingénieurs du Québec tentent aussi de faciliter l’intégration des immigrants au marché du travail par des mesures destinées à mieux reconnaître l’expérience acquise dans leur pays d’origine. On rencontre des associations de communautés culturelles pour démystifier ces métiers. Puis, on offre une formation d’appoint, question de mettre ces nouveaux venus au parfum des normes québécoises.
Les chantiers routiers se multiplieront au Québec dans les prochaines années et, avec eux, les besoins de main-d’œuvre compétente. L’horizon est prometteur sur le chemin de l’emploi en génie civil et voirie. Alors, bonne route!
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