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Crise économique : privilégier le changement d'emploi ou l'immobilisme?
Le changement professionnel est une démarche à laquelle songent la majorité des travailleurs au moins une fois au cours de leur carrière. Mais pour ceux qui envisagent de changer d'emploi en ce moment, en plein cœur d'une crise économique dont il est encore difficile de prédire l'issue, est-ce une action trop périlleuse?
Tout dépend de la situation dans laquelle on se trouve, dans quel secteur on évolue et quelles sont nos aspirations, croit Hannah Besser, coauteure du livre Changer de job paru internationalement (dont au Québec) qui a longtemps occupé les fonctions de responsable des ressources humaines au sein d'une grande entreprise en France.
Certes, c'est une décision qui ne peut se prendre sans effectuer une mise au point, sans engager une réflexion sur son cheminement de carrière et sans se poser les bonnes questions.
« Dans le domaine du marché de l'emploi, on peut raisonner de manière conjoncturelle, en fonction de la situation économique actuelle, mais on peut également raisonner à plus long terme. La crise économique, c'est quelque chose qui ne va pas durer éternellement. Il demeure tout de même qu'une période de déclin comme celle que nous vivons, c'est un paramètre qu'il faut intégrer dans sa réflexion avant de décider quoi que ce soit », affirme Mme Besser. Il faut prendre en outre en considération que certains types d'entreprises sont plus durement touchées que d'autres par la crise. « Ce n'est sûrement pas une bonne idée de changer de job en moment pour aller dans un secteur qui est fragilisé », renchérit-elle.
Et puisque l'envie de changer de travail nous démange, vaut-il mieux bouger pour décrocher enfin l'emploi idéal? « Le job idéal n'existe pas », met en garde Hannah Besser. « En fait, quand on opte pour un changement décor, il faut guider son choix en fonction des connaissances qu'on possède et en fonction de plusieurs paramètres. En fait, on ne va pas choisir le job idéal, mais on va prendre la meilleure décision selon les circonstances, le contexte. Il faut considérer tous les éléments comme la situation du marché du travail, ses aspirations, le degré de risque qu'on est prêt à prendre et sa famille, parce ça compte aussi », indique Mme Besser.
De son côté, le chasseur de tête Stéphane Deguire, est d'avis que l'emploi idéal est toujours accessible pour quiconque, même en contexte de crise économique. L'auteur du livre Aujourd'hui, je trouve le job idéal, publié il y a deux ans, estime que le marché de l'emploi actuel favorise les chercheurs d'emploi et qu'ainsi l'emploi idéal leur est toujours accessible. « Ces derniers augmenteront nettement leurs chances d'obtenir l'emploi idéal s'ils font leurs devoirs et déploient les énergies nécessaires en se livrant à l'exercice de bien se connaître, en cernant leurs motivations et intérêts ainsi que leurs forces et faiblesses, en effectuant des suivis serrés lors de leur recherche d'emploi et en démontrant à un employeur qu'ils savent exactement ce qui les motiverait dans un nouveau travail », assure M. Deguire.
« Malheureusement, en période de récession économique, les gens qui changent d'emploi vont souvent sauter sur une occasion qui ne sera pas le poste idéal, mais qui ne fait que répondre à leurs exigences salariales. Ils ne s'informeront pas sur la philosophie de gestion et les plans à moyen et long terme de l'entreprise puis ne prendront pas la peine de définir leur plan de carrière. Ils cherchent tout simplement un job, mais pas l'emploi idéal », tient à ajouter le chasseur de tête.
M. Deguire souligne que c'est par contre plus probable que le travail idéal soit à la portée de tous dans le marché caché de l'emploi et non pas nécessairement dans les emplois affichés. Mme Besser mentionne que dans le livre Changer de job, elle aborde la question des changements de poste en interne. « Dans un contexte de crise et d'incertitude, les entreprises ont davantage recours à la promotion interne parce que c'est moins risqué pour elles que de devoir recruter des gens en externe. Moi-même, j'ai changé trois fois de métier : j'ai été responsable des RH, chef de projet dans les systèmes d'information et aujourd'hui consultante en organisations, tout ça au sein de la même entreprise », signale Hannah Besser.
Pour les mouvements en externe, Mme Besser juge qu'il n'est pas rentable de changer trop souvent d'emploi. « Des études ont démontré que la fidélité paye d'une certaine manière. Les personnes qui ont une logique mercenaire, c'est-à-dire qui changent tous les deux ans d'entreprises pour essayer d'augmenter leur salaire, ce ne sont pas eux qui mènent les meilleures carrières. Encore de nos jours, pour un recruteur, dans un curriculum vitæ, ça témoigne d'une instabilité. Ça ne veut pas dire pour autant de tomber dans l'immobilisme », fait-elle remarquer.
D'après Mme Besser, les raisons de vouloir changer d'emploi sont nombreuses : L'ambiance de travail : « C'est quelque chose qui compte beaucoup. " Est-ce que je me sens bien avec mes compagnons de travail, avec ma hiérarchie? " est une question qu'il faut se poser », souligne-t-elle.- Le salaire : « On change de job pour évoluer aussi en termes de conditions de travail dont le salaire », signifie-t-elle.
- Les responsabilités : « On peut désirer accroître ses responsabilités tout en demeurant à l'intérieur de ses limites », commente-t-elle.
- L'envie de se délocaliser : « Pour atteindre une meilleure qualité de vie, des gens souhaiteront sortir de la grande ville pour aller habiter à la campagne », précise-t-elle.
- Le goût de devenir son propre patron : « Mon coauteur, Gérard Rodach, après avoir travaillé en entreprise, a obéi à ses motivations et fondé sa propre firme de consulting », cite-t-elle en exemple.
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