Accueil > Articles > Conseils-carrières Workopolis.com

Le contenu de cette page est extrait du site

Conseils-carrières Workopolis.com


Cécile Gladelarchives >>>

Ces métiers qu'on dit « féminins » ou quand les préjugés ont la vie dure

Dans le monde du travail, les cloisonnements persistent. Pire, ils ne s'amenuisent que lentement. Le classement des professions selon le genre a la vie dure. Si les hommes s'invitent plus facilement dans les métiers dits réservés aux femmes, c'est à leur seul avantage. Sur leur propre terrain, les femmes sont aussi victimes d'iniquité salariale.

L'équité salariale se bute souvent à la réalité. En faveur des hommes, car même dans les métiers traditionnellement féminins, moins bien rémunérés, ils gagnent davantage. « On constate que les hommes qui entrent dans les métiers à majorité féminine s'en sortent mieux que les femmes. Ils ont de meilleurs salaires et plus de promotions. Ce qui n'est pas le cas pour les femmes qui exercent des professions masculines », commente Éric Charest, professeur en gestion des ressources humaines à l'École nationale d'administration publique (ÉNAP).

Ce dernier a une théorie pour expliquer une telle situation. « Lorsqu'un homme se retrouve dans une situation minoritaire, ça choque. On essaye donc de lui offrir des privilèges pour compenser ».

Les femmes ne profitent pas d'une conjoncture semblable à cause du conflit travail-famille constant. « Les femmes sont encore responsables des enfants, sont ralenties par la maternité, suivent moins de formations après le travail », lance Éric Charest pour éclaircir cette disparité surprenante.

L'exemple le plus frappant de cette iniquité se constate chez les opérateurs de machines à coudre. En effet, la rémunération moyenne des hommes exerçant ce métier est de 25 287 $ alors que le salaire annuel de leurs collègues féminines n'est que de 20 141 $.

La situation n'est pas aussi marquée chez les infirmières et les infirmiers, un emploi qui a séduit Jean-Guy Plourde. En décembre 1973, il entamait ses études et trois ans plus tard, il obtenait son premier poste d'infirmier. Si les conditions de travail et salariales n'étaient pas reluisantes, son envie de servir le public et de travailler avec les gens l'emportait. « Je ne sais pas pourquoi j'ai choisi cette carrière, car j'ai été élevé dans un milieu agricole. Sauf que je n'ai jamais regretté mon choix », avoue celui qui exerce au bloc opératoire.

Ce choix n'est pas toujours évident pour les hommes. Ces derniers se dirigent plus souvent vers les carrières traditionnelles. « Le faible désir des hommes d'occuper ce type d'emploi résulte du fait qu'ils sont moins bien rémunérés et que les conditions de travail restent précaires. Les hommes n'y trouvent pas d'intérêt économique », explique Éric Charest.

Est-ce que les idées reçues envers les hommes qui pratiquent ces professions soi-disant féminines les influencent? Pas vraiment. « L'intérêt est d'abord économique avant d'être une vocation », rappelle le professeur.

Jean-Guy Plourde avoue que ce n'est pas son cas. Le cinquantenaire ne s'en est jamais fait avec les préjugés. Le métier d'infirmier lui plaisait, peu importe si la profession était occupée en majorité par les femmes. L'aide, le service à la communauté ont permis à ce résident du Lac-Saint-Jean de passer outre les sarcasmes. « J'ai subi des moqueries, mais rien de dramatique. Je n'ai jamais essuyé de refus de la part d'une patiente. C'est certain que j'ai une approche différente. Je dois les rassurer et ça fonctionne. Certaines femmes me demandent de l'aide », ajoute-t-il.

Encourager les hommes?

Par ailleurs, il semble que les jeunes garçons ne reçoivent aucun incitatif pour embrasser les métiers plus féminins. « Il y a peu de littérature sur le sujet, j'ai simplement l'impression qu'il n'y a pas de volonté d'encourager les hommes. Mais ce n'est qu'une impression, pas une étude », lance Éric Charest.

Comment expliquer cette différence entre les professions même en 2009? Car les rôles sociaux définissent les compétences nécessaires dans les différents emplois. On leur donne un genre comme on impartit un sexe à certaines qualités. « La ségrégation est complexe. Il faut créer des régimes incitatifs, enlever le facteur genre, favoriser la conciliation famille-travail et améliorer les conditions salariales pour inciter une meilleure répartition des sexes dans les professions », conclut Éric Charest.

Jean-Guy Plourde abonde dans le même sens. « Dans tous les milieux, il est important d'avoir les deux sexes, c'est un atout indéniable pour former de bonnes équipes ».

Quelques chiffres
Un métier est dit « non traditionnel » lorsqu'un groupe (hommes ou femmes) y est représenté à moins de 30 %.

Selon les plus récentes statistiques datant de 2006, les hommes représentent 10 % de l'effectif infirmier.

Les 15 métiers les mieux rémunérés sont des métiers traditionnellement masculins alors que les 15 métiers les moins payés sont occupés en majorité par des femmes. (Gains médians en 2005 selon le sexe au Canada, Recensement de 2006, Statistique Canada)

Pour voir les chiffres de Statistique Canada pour l'ensemble des professions


<<< retour

1x1