Accueil > Articles > 2006 > mai
Envoyer à un ami Imprimer

Chroniques


Francine Bordeleauarchives >>>

S'entraîner à (re)travailler

Au Québec, les premières entreprises d'entraînement, concept créé en Allemagne dans les années 40, apparaissent en 1995. « C'est une entreprise qui simule les postes d'une entreprise réelle. Les “employés” y effectuent de vraies tâches, font des ventes; mais aucune marchandise n'est livrée et l'argent n'est pas réel », résume Marie Rübsteck, directrice générale du Réseau canadien des entreprises d'entraînement (RCEE).

Les 20 entreprises d'entraînement québécoises actuellement en activité sont financées par Emploi-Québec et accueillent en moyenne 25 participants à la fois pour une durée maximale de 15 semaines. Les tâches sont variées : comptabilité, facturation, marketing, achats, ressources humaines, secrétariat, communications, informatique… Et les entreprises peuvent choisir n'importe quel secteur d'activité à condition, au bout du compte, de pouvoir vendre quelque chose. De façon fictive, évidemment!

« La méthode est celle de l'apprentissage par le travail, et dans un environnement très structuré, en fait similaire à celui d'une entreprise réelle », dit Mme Rübsteck. À l'exception de celles rattachées à des établissements d'enseignement, les entreprises d'entraînement s'adressent aux prestataires de l'assurance-emploi ou de l'assistance emploi, soit des personnes qui ont parfois quitté le marché du travail depuis un certain temps. « Elles doivent mettre leurs compétences à jour, réapprendre un savoir- être. C'est ce qu'on leur permet ici », ajoute Mme Rübsteck.

Environnement structuré, oui, mais aussi « très sécuritaire », l'entreprise d'entraînement donne le droit à l'erreur. « Des objectifs d'apprentissage sont fixés, les compétences et les attitudes sont évaluées, mais les lacunes de la personne ne conduisent à aucune sanction. C'est la vie de travail sans la pression qui y est souvent rattachée », souligne Marie Rübsteck. Les rares « congédiements » visent en fait des personnes orientées à tort vers ce type de ressource.

Les deux tiers des participants sont des femmes, et 40 % ont un diplôme d'études secondaires, 35 % détiennent un diplôme d'études collégiales et 25 %, un diplôme universitaire. Durant leur passage dans l'entreprise, ils auront consacré 80 % de leur temps au travail et l'autre 20 % à la recherche d'emploi. Le taux de placement est de 80 %.

« Les employeurs prennent les entreprises d'entraînement au sérieux », affirme Mme Rübsteck. Il faut dire que celles-ci bénéficient du parrainage d'entreprises bien réelles et reconnues. Les participants peuvent donc mentionner cette expérience dans leur curriculum vitæ : elle sera considérée.

À l'échelle mondiale, on compte environ 5000 entreprises d'entraînement, qui « font des affaires » entre elles et tiennent des foires commerciales. Du commerce international fictif! Tout en prenant de l'ampleur, le concept évolue. Ainsi, en Europe, des entreprises d'entraînement s'intéressent à la clientèle particulièrement difficile des ex-détenus; et un peu partout, la réflexion s'amorce quant à ces groupes de population ayant un « indice d'employabilité » très bas. Ici, on constate que l'entreprise d'entraînement constitue la première « expérience de travail » en sol canadien de certains immigrants, et une porte d'entrée privilégiée pour l'emploi.


<<< retour