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Chroniques


L'emploi atypique : une tendance lourde (1/2)
Qu'elles l'aient choisi ou non, un nombre croissant de personnes n'occuperont jamais un emploi permanent au cours de leur vie. Un phénomène constaté dans l'ensemble des pays industrialisés.
Le président de l'Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ), Nicolas Langelier, lance d'entrée de jeu que " les étudiants devraient apprendre le b. a.-ba de la pige à l'université, parce que la grande majorité des journalistes seront pigistes ".
De fait, les communications sont l'un des secteurs à forte proportion de pigistes, ou travailleurs autonomes. Mais, en réalité, leur nombre, est en hausse dans de nombreux secteurs d'activité.
" Le salarié "classique" occupe un emploi permanent à temps complet dans les locaux de l'employeur, et pour une durée indéterminée [aucune date de fin d'emploi n'est prévue]. Tout statut qui s'en écarte appartient à l'emploi atypique, qui se caractérise par une absence de continuité dans le temps et/ou l'espace ", explique Jean Bernier, professeur associé de relations industrielles à l'Université Laval et auteur, avec les professeurs Guylaine Vallée et Carol Jobin, du rapport Les besoins de protection sociale des personnes en situation de travail non traditionnelle, publié en 2003.
Cette définition vise plus de 1, 2 million de Québécois, soit 37 % de la population active : c'est grosso modo un bond de 20 points de pourcentage par rapport à 1976, alors que cette proportion était de " seulement " 16 %. Elle comprend les travailleurs autonomes (qui exercent une activité professionnelle pour leur propre compte, sans subordination à un employeur), les contractuels engagés pour une durée déterminée, les occasionnels de la fonction publique, les travailleurs à temps partiel, saisonniers ou sur appel et, enfin, les employés d'agences de location de personnel.
Liberté et… précarité
Selon la Commission des normes du travail (CNT), les 15-24 ans comptent pour 60 % des salariés occupant un emploi atypique. Un bon contingent d'étudiants profite ainsi des nombreux postes saisonniers et à temps partiel offerts en particulier par les secteurs des services, touristique (y compris la restauration) et bioalimentaire pour faire leurs premières expériences de travail ou limiter leur endettement. " Mais l'emploi atypique est aussi devenu une façon de vivre leur vie de travail pour plusieurs personnes ", constate M. Bernier.
C'est parfois par choix. Des infirmières se dirigeront vers les agences de placement, bien qu'elles ne soient alors pas couvertes par les conventions collectives du réseau de la santé. " En revanche, elles peuvent décider de travailler seulement de jour, ce qui pour certaines constitue un avantage important ", remarque Me Katherine Lippel, professeure de droit à l'Université d'Ottawa.
" De façon générale cependant, l'emploi atypique n'est pas très favorable aux travailleurs, car les employeurs leur consentent des conditions moins généreuses qu'aux salariés permanents ", estime M. Bernier. Les milieux syndiqués ne sont pas en reste puisqu'on constate, dans la plupart des conventions collectives, une disparité de traitement à l'égard des salariés à temps partiel, des contractuels et des occasionnels, notamment. L'inégalité est le plus souvent d'ordre salarial, mais se vérifie également dans les avantages sociaux dont, au premier chef, l'admissibilité aux régimes de retraite des entreprises. Le statut atypique durable devient donc " une source de précarité ", soutient le professeur.
La précarité est a priori extrême chez les travailleurs autonomes. " Parce qu'ils n'ont pas le statut de salarié, leur couverture sociale est inexistante ", souligne M. Bernier. Pas de salaire minimum, de paiement des heures supplémentaires, de reconnaissance de l'ancienneté… " La plupart des autonomes sont des "entrepreneurs" sans réel pouvoir, dont les conditions sont déterminées par les "clients" donneurs d'ouvrage. Et dans le domaine particulier de la presse écrite, la différence de traitement entre salariés et pigistes est tellement grande que les employeurs ont tout intérêt à faire affaire avec des pigistes ", explique M. Langelier.
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