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Les doctorants mal préparés au marché du travail
Les universités du Québec décernent de plus en plus de doctorats, mais préparent mal ceux qui en héritent au marché du travail, selon une étude du Conseil national des cycles supérieurs de la Fédération étudiante universitaire du Québec (CNCS-FEUQ). « Il faut donner un nouveau souffle à la formation doctorale », prévient le professeur Jean Nicolas, coauteur de l'étude. « Il y a 30 ans, la majorité des carrières destinées aux titulaires de doctorats étaient professorales. Aujourd'hui, de 50% à 80% des emplois se trouvent à l'extérieur des universités ». Or, la formation ne s'est jamais adaptée à cette nouvelle réalité.
« Pour le moment, les doctorants ne sont pas attrayants pour les entreprises. On ne leur apprend pas à mettre en valeur ce qu'ils pourraient faire à l'extérieur du monde universitaire », explique M. Nicolas, titulaire de la chaire pour l'innovation dans la formation de chercheur de l'Université de Sherbrooke.
Résultat, les doctorants ont « de plus en plus de difficulté à trouver un emploi », constate Frédéric Lalande, président du CNCS-FEUQ. « Dans certains domaines, les taux de chômage sont absolument hallucinants. En sciences naturelles et génie, on frôle les 12% ».
Pour le regroupement étudiant, « la nécessité de préparer les diplômés pour des carrières non traditionnelles s'impose ». Et vite. De nombreux pays occidentaux ont déjà entrepris de réformer le doctorat.
En retard
« On est clairement en retard sur ce mouvement, dit M. Nicolas. En France et en Angleterre, le doctorat est dans le collimateur depuis une quinzaine d'années. Aux États-Unis, il est difficile de trouver une université qui ne participe pas à un projet de réforme doctorale. Au Québec, pourtant, il n'y a aucune réflexion à ce sujet ».
L'enjeu est d'autant plus important que le Québec et le Canada comptent de plus en plus d'étudiants au doctorat. Entre 2000 et 2004, le nombre d'inscriptions a crû à un taux moyen de 7% par année. Et même si le Canada se situe toujours en queue de peloton, parmi les pays de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), en ce qui concerne la proportion de diplômés dans la population, il rattrape peu à peu son retard.
Mieux encore, selon Jean-Pierre Robitaille, de l'Observatoire des sciences et des technologies de l'UQAM, le Québec décerne désormais davantage de doctorats par million d'habitants que l'Ontario, le Canada et les États-Unis. « L'enjeu n'en est plus un de quantité, dit M. Nicolas. L'enjeu, c'est la qualité et l'employabilité de nos doctorants ».
« Les étudiants doivent acquérir des compétences plus larges que la seule aptitude à faire de la recherche, poursuit le professeur. Par exemple, beaucoup de diplômés ne savent pas comment s'y prendre pour obtenir des brevets. C'est pourtant ce type de connaissance qui va les rendre intéressants pour une entreprise ».
Crever la bulle universitaire
Bref, il faut crever la bulle universitaire. « Le problème, c'est qu'en tant qu'étudiant, on est souvent poussé dans un parcours de formation où on ne se fait jamais vraiment demander ce qu'on veut faire après, explique M. Lalande. On nous dit: « Tu as une maîtrise, va au doctorat. Tu as un doctorat, va au postdoctorat... » Alors on poursuit, on poursuit, et rendu au bout, on se rend compte que ça ne nous plaît pas, qu'il n'y a pas de perspective de carrière intéressante dans notre domaine ».
De plus, le professeur Nicolas plaide pour une révision complète du processus d'évaluation des programmes doctoraux, qui se déroule actuellement en vase clos au sein des universités. « Il faut vraiment qu'on puisse jeter un regard objectif et indépendant sur la qualité des programmes, un peu comme cela se fait lors de l'évaluation d'un projet de recherche par des experts internationaux ».
« L'évaluation par les pairs a des limites, surtout qu'ils sont souvent débordés par d'autres tâches, renchérit M. Lalande. L'idée de faire venir des experts ou des agences indépendantes sur la question de la formation doctorale est très intéressante. Ailleurs, ça a donné de bons résultats, alors il n'y a aucune raison de ne pas le faire ici ».
(www.cyberpresse.ca, 30/04/2008)
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