Les difficultés d’insertion en emploi des personnes immigrantes

Par Jeanne Bernier-Therrien, conseillère d’orientation
 
Au cours de leur parcours migratoire, les personnes immigrantes vivent de nombreux changements et d’importantes transitions. Pour plusieurs, l’insertion sur le marché du travail est donc une étape importante pour favoriser l’intégration dans leur terre d’accueil. Cependant, plusieurs difficultés peuvent être vécues par ces personnes au travers de ce processus. Dans un contexte sociopolitique qui suscite chez certains groupes la peur ou le rejet des personnes immigrantes, ces difficultés et notre pouvoir individuel et collectif de les résoudre sont parfois sous-estimés.
 

Quelles sont ces difficultés et comment pouvons-nous aider les nouveaux arrivants à mieux s’intégrer au marché de l’emploi?  

La barrière linguistique, la dévaluation de l’éducation acquise dans le pays d’origine (déqualification) et la discrimination sont parmi les principales entraves vécues par les personnes immigrantes. L’étude d’Eid (2012) réalisée dans la région montréalaise démontre une discrimination systémique au regard des curriculums vitae de personnes ayant des noms à consonance étrangère. Pour ces raisons, les personnes immigrantes sont souvent contraintes à accepter des emplois précaires et en deçà de leurs compétences (Chicha, 2012).
 
Certains outils favorisés dans le cadre de l’évaluation en contexte de sélection de personnel, notamment les tests d’aptitudes cognitives, désavantagent les membres issus de certaines minorités ethniques et visibles (Stamate et Denis, 2015). Par le fait même, l’estime de soi peut être grandement affectée, ce qui pourrait amener la personne immigrante à s’isoler (Cardu, 2008).
 
Par ailleurs, selon Béji et Pellerin (2010), l’intégration sociale et professionnelle des personnes récemment immigrées au Québec peut être influencée par le réseau social qu’elles entretiennent. En effet, manquant d’informations et de repères sur le marché du travail québécois, entre autres en raison des barrières linguistiques et d’un réseau social plus restreint, le nouvel arrivant peut avoir tendance à solliciter son propre entourage, lequel est bien souvent un réseau ethnique. Ainsi, des informations importantes à connaitre et pouvant influencer l’intégration professionnelle, comme les différentes informations sur le marché du travail (le taux de chômage, les secteurs en pénurie de main-d’œuvre, etc.) peuvent manquer (Béji et Pellerin, 2010). Par le fait même, l’accessibilité du marché caché devient plus difficile, en raison du réseau social homogène.
 

Comment pouvons-nous accompagner un nouvel arrivant dans ce type de démarche?

Intégrer une personne immigrante dans son propre réseau pourrait être une première action pouvant influer sur l’insertion professionnelle. Ainsi, la personne pourra mieux comprendre sa terre d’accueil ainsi que les différentes stratégies et informations, en plus d’élargir son réseau et, par conséquent, d’être plus au fait des différentes possibilités d’emploi offertes, dont celles qui ne sont pas affichées.
 
Ensuite, plusieurs organismes ont comme objectif d’accompagner les personnes dans leur insertion professionnelle et certains d’entre eux s’adressent plus spécifiquement aux personnes immigrantes. Le Service d’orientation et d’intégration des immigrants au travail de Québec (SOIIT Québec), la Clef pour l’intégration au travail des immigrants (CITIM) à Montréal ou encore les différents carrefours Jeunesse-Emploi du Québec ne sont que quelques exemples parmi les nombreux organismes venant en aide à cette population au Québec.
 
Également, les services et programmes offerts par le gouvernement permettent d’accompagner les nouveaux arrivants dans leur intégration sur le marché du travail. Par exemple, le Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi (PRIIME) a comme objectif de favoriser l’intégration des personnes immigrantes et des minorités visibles sur le marché du travail, entre autres par le biais de subventions à l’employeur.
 
Les conseillères et conseillers d’orientation peuvent aussi apporter un soutien aux personnes immigrantes, entre autres pour la validation de l’objectif professionnel, l’aide à l’autonomie socioprofessionnelle, les questionnements identitaires, la transition de carrière, la recherche d’emploi, etc. (St-Amand, Magones et Monette, 2015.)
 
Finalement, les différents Services d’accueil, de référence, de conseil et d’accompagnement (SARCA) offrent des services de reconnaissances des acquis et des compétences, permettant aux personnes immigrantes d’être mieux informées sur leurs voies possibles.
 

En conclusion

Une insertion professionnelle non réussie a des effets négatifs, autant sur la personne elle-même que sur la société d’accueil. Boudarbat et Cousineau (2010) mentionnent que des emplois ne correspondant pas aux attentes de ces personnes peuvent les amener à se décourager et à remettre en question leur participation au marché du travail, ou encore engendrer des problèmes de santé. Cela prive la société d’accueil de la richesse de la diversité et peut nuire au développement des entreprises qui manquent de main-d’œuvre. En conséquence, les difficultés d’insertion sociale et professionnelle des personnes immigrantes sont l’affaire de tous. Il importe donc que l’on s’y intéresse davantage.
 
 

Références

Béji, K., et Pellerin, A. (2010). Intégration socioprofessionnelle des immigrants récents au Québec : le rôle de l’information et des réseaux sociaux. Relations industrielles / Industrial Relations, 65(4), 562-583.
 
Boudarbat, B. et Cousineau, J-M. (2010). Un emploi correspondant à ses attentes personnelles? Le cas des nouveaux immigrants au Québec. Journal of International Migration & Integration, 11(2), 155-172.
 
Cardu, H. (2008). Construction identitaire professionnelle et interaction en contexte de transition culturelle : l'étude d'un cas. Connexions, 1(89), 171-180.
 
Chicha, M.-T. (2012). Discrimination systémique et intersectionnalité : la déqualification des immigrantes à Montréal. Canadian Journal of Women and the Law, 24(1), 82-113.
 
Eid, P. (2012). Mesurer la discrimination à l’embauche subie par les minorités racisées : Résultats d’un testing mené dans le grand Montréal. Récupéré de http://www.cdpdj.qc.ca/publications/etude_testing_discrimination_emploi.pdf
 
Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale. (2014). Le PRIIME. Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles. Québec, QC : Gouvernement du Québec. Récupéré de http://www.emploiquebec.gouv.qc.ca/fileadmin/fichiers/pdf/Publications/00_ind_PRIIME_F2439.pdf
 
St-Amand, M., Mangones, Z., et Monette, A. (2015). Une analyse écosystémique de l’intégration économique des immigrants qualifiés dans la société québécoise. L’Orientation, 5(2), 22-24.
 
Stamate, A. N. et Denis, P. L. (2015). Le test de jugement situationnel : Une étude de la performance de divers groupes d’appartenance. Dans M.-E. Bobillier Chaumon (dir.), Autour du travail : Accès à l'emploi, formation, équilibre travail-famille (65-77). Paris, France : L’Harmattan.