Des détours qui mènent parfois à des raccourcis

Par Émilie Robert, auteure et conseillère d’orientation au Collège Montmorency
 
Plusieurs voies permettent à un jeune adulte ayant eu un parcours atypique d’accéder au marché du travail. Doit-il recommencer à la case départ? Absolument pas!
 
Échecs, abandons de cours, périodes d’hospitalisation… Ces embuches sont souvent le lot des jeunes autistes ou de ceux ayant un trouble de santé mentale. Que ce soit en raison de difficultés d’apprentissage, d’absentéisme ou de difficulté à fonctionner au même rythme que les étudiants typiques, des retards et détours sont souvent constatés dans le cheminement des étudiants en situation de handicap. Ils sont aussi nombreux à devoir changer de programme d’études collégiales ou universitaires, parce que le domaine choisi ne leur convient pas ou qu’il ne correspond pas à leur profil d’habiletés.
 
Après un certain nombre d’années, ces jeunes ont cumulé des expériences d’études sans pour autant avoir décroché un diplôme qualifiant. L’insertion en emploi sans qualification leur est d’autant plus difficile. Bon nombre d’emplois non spécialisés ne conviendront pas aux jeunes autistes : restauration rapide, service à la clientèle, gardiennage, entretien extérieur ou ménager, etc., car ils ont de la difficulté à communiquer avec des personnes qu’ils ne connaissent pas et à interagir adéquatement avec les autres. Ils auront également de la difficulté à exécuter rapidement des tâches, surtout s’ils sont stressés. D’autres décideront de ne pas quitter le système scolaire, mais changeront plusieurs fois de programme d’études, retardant ainsi significativement leur diplomation. Arrivera toutefois le jour où ces jeunes souhaiteront pouvoir accéder enfin à un emploi et à une plus grande autonomie financière et personnelle. Et s’il y avait des parcours alternatifs?
 

Reconnaissance des acquis

Les jeunes adultes autistes ou ayant un trouble de santé mentale qui se retrouvent dans cette situation auront intérêt à consulter un conseiller d’orientation qui pourra les aider à faire le bilan de leur parcours. Une des démarches pertinentes pour ces jeunes (et moins jeunes) est la reconnaissance des acquis (RAC). Méconnue, la RAC est d’ailleurs le thème de la semaine québécoise de l’orientation qui aura lieu au moment où cette chronique sera publiée. Des conseillers d’orientation et autres professionnels de l’orientation peuvent accompagner une personne dans une démarche d’évaluation et de bilan des compétences par le biais de la RAC. La plupart des commissions scolaires du Québec et plusieurs établissements d’enseignement collégial offrent ces services, parfois gratuitement, ou à cout raisonnable. Le bilan de compétences pourra aider la personne à bonifier son C.V., à permettre son admission dans un programme qualifiant, et même, dans certains cas, à obtenir des équivalences de cours. 
 

Programmes courts

Si les programmes d’études collégiales ou de baccalauréat sont les plus complets et plus connus, ils ne sont pas les seuls permettant l’accès à un métier ou à une profession. Il existe plusieurs formations courtes s’adressant à des personnes moins jeunes ou ayant une certaine expérience, et qui peuvent servir de tremplin pour les personnes fragilisées par un parcours atypique. Au collégial, les attestations d’études collégiales (AEC) durent environ un an et ne comportent pas de formation générale. Elles visent le développement de compétences directement en lien avec un emploi. Ce type de formation convient bien à de jeunes autistes qui ont navigué un certain temps au collégial. Elles offrent un mode d’enseignement plus concret, qui convient bien aux personnes ayant de la difficulté avec les abstractions et les contenus verbaux. Les AEC couvrent plusieurs secteurs : santé, éducation, informatique, graphisme, bâtiment, sécurité, etc. Il suffit de consulter les sites Internet des collèges près de chez soi pour avoir l’information la plus à jour à leur sujet.
 
À l’université, les certificats peuvent être intéressants pour un jeune adulte détenteur d’un DEC technique ou préuniversitaire qui souhaite poursuivre des études plus avancées. Durant environ un an, ils permettent d’obtenir un diplôme universitaire sans avoir à s’engager dans un parcours de plusieurs années. Il faut toutefois être prudent : plusieurs universités exigent de l’expérience de travail pertinente pour être admis. Il faut aussi lire attentivement la description du programme. Plusieurs sont offerts de soir ou à temps partiel, ce qui ne convient pas à tous.
 
Enfin, d’autres jeunes autistes étudient à l’université dans un domaine qui les passionne et pour lequel des études supérieures sont de mise : histoire, anthropologie, littérature, sociologie, études des langues, etc. Les détenteurs de tels baccalauréats n’ont cependant pas tous le désir ou les capacités de faire une maitrise. Dans ce cas, les diplômes d’études supérieures spécialisées (DESS) peuvent être une solution. Composés de cours et n’imposant pas la rédaction d’un mémoire, ces programmes de deuxième cycle d’un an permettent au bachelier de se spécialiser dans son domaine et de mieux faire valoir ses compétences lors de la recherche d’emploi.
 

Admission sur la base de l’expérience

Le jeune adulte autiste ou avec un trouble de santé mentale qui n’a pas pu obtenir un diplôme d’études collégiales n’a pas forcément à faire une croix sur des études universitaires. Dépendamment de leurs expériences de travail suivant la fin de leurs études secondaires, ces personnes peuvent déposer une demande d’admission en y joignant des attestations d’employeurs, indiquant les tâches effectuées et la durée de leur emploi. Les candidats pourront être admis, parfois conditionnellement à la réussite d’un examen de français ou d’un cours de méthodologie d’études universitaires. Ce type d’admission n’est pas possible dans tous les programmes, il faut donc lire attentivement les conditions d’admissions.
 
En bref, il existe plusieurs voies permettant à un jeune adulte ayant eu un parcours atypique d’accéder au marché du travail ou obtenir un diplôme postsecondaire, sans qu’il doive nécessairement recommencer à la case départ. Il est important d’en parler à un professionnel de l’orientation qui pourra le guider à travers la multitude de renseignements disponibles sur les listes des d’établissements d’enseignement. Le conseiller pourra aussi valider avec son client qu’il prend la bonne décision. Ainsi, certains détours mènent parfois à des raccourcis!