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Agences de placement

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Les agences de placement


Il n'en coûte rien, pour le chercheur d'emploi, de faire affaire avec une agence de placement, l'emploi est plus facile à trouver, et cela peut être fort avantageux lorsqu'on fait affaire avec la « bonne » agence.

Il existe plus de 300 entreprises de recrutement et de placement de personnel au Québec. Il y en a quelques grandes, comme Adecco, Manpower ou CNC Global, et une panoplie de petites, d'inégale qualité, qui génèrent, réunies, des revenus annuels de près d'un milliard de dollars (exactement 921 M$ en 2002 selon Statistique Canada) et placent des milliers de travailleurs de tous les métiers et professions.

Les agences offrent trois classes de services : les services de placement, les services de recrutement de travailleurs temporaires et les services de co-recrutement d'emplois (voir tableau). Les grandes agences offrent souvent tous les services dans tous les domaines, alors que les autres se spécialisent : Hunt Personnel dans le domaine bancaire (bureautique, comptabilité, service au comptoir, etc.), Aquent dans celui de l'imprimerie et du multimédia, Quantum dans celui des technologies de l'information et des services de soins de santé.

Au Québec, seulement le tiers des agences de placement et de recrutement sont membres de l'Association nationale des entreprises en recrutement et placement de personnel (ACSESS, pour Association of Canadian Search, Employment and Staffing Services). Elles réalisent pourtant 80 % des affaires de l'industrie dans la province. Ce sont en effet, la plupart du temps, les grandes agences qui sont membres et adhèrent au code de déontologie de l'Association. Leur personnel est souvent certifié CPC (consultant en personnel certifié).

« Il existe de mauvais joueurs dans le domaine, comme dans toutes les industries. Pour avoir de bons services, il faut vérifier si l'agence est membre de l'Association, ce qui est une garantie de qualité », avertit Paul Christie, le président sortant de l'ACSESS. Présente de l'est à l'ouest du Canada, l'Association réunit toutes les catégories de services et représente plus de 85 % du volume des activités réalisées dans le secteur des services d'emploi.

« Ce sont plutôt les PME qui créent des problèmes », précise M. Christie. Les quelques délinquantes abusent de leurs clients comme de leurs employés, se souciant peu de la qualité des services et offrant des conditions de travail malhonnêtes comme, par exemple, en refusant d'assurer les travailleurs.

Ainsi, à Montréal, une agence de placement du domaine de la santé ne paie pas les gants de travail que doivent cependant porter ses auxiliaires familiales qui visitent les patients à domicile. L'entreprise leur donne en effet comme tâche de laver les patients, des personnes âgées ou en perte d'autonomie, et d'administrer des médicaments qu'elles doivent manipuler, comme des pansements de nitroglycérine. De plus, elle ne donne à ses travailleurs, souvent des femmes inexpérimentées, que le salaire minimum, malgré les grandes responsabilités inhérentes à leur travail.

« Il est certain qu'il y a beaucoup d'abus. On visitait des patients séropositifs sans savoir qu'ils l'étaient. J'ai appris “à la dure”, mais j'ai acquis une expérience de travail. C'était le plus important », confie un ex-employée de l'agence.

Un marché en faveur des employés

Il faut donc choisir la bonne agence, surtout qu'elles sont vraiment à l'affût des travailleurs en ce moment. Mais cette situation donne aussi l'avantage aux travailleurs.

« Les agences qui traitent mal leurs employés sont condamnées à disparaître, parce qu'elles ne trouveront bientôt plus de personnel en cette période de pénurie de main-d'œuvre », soutient M. Christie. De plus, selon l'avis de tous les professionnels de l'industrie, la pénurie de main-d'œuvre et le manque de personnel qualifié ne peuvent que s'accentuer à cause du départ à la retraite des baby-boomers et du faible taux de natalité depuis des années.

« Nous donnons des cadeaux de Noël, des t-shirts ou des casquettes pour tenter d'attirer les jeunes! Ils ont un certain pouvoir en raison de la pénurie de main-d'œuvre sur le marché du travail », affirme Louise Bélanger, directrice de ACF Main-d'œuvre, une entreprise de placement spécialisée dans l'industrie du transport qui fournit des chauffeurs, des manutentionnaires ou des livreurs pour décharger les camions.

La pénurie est plus sévère dans certains secteurs, comme dans celui du personnel qualifié en soins infirmiers où elle est inquiétante. Les centres de santé manquent en effet d'infirmières, de techniciens en radiologie, d'ergothérapeutes et de physiothérapeutes, surtout entre mai et septembre, c'est-à-dire pendant la période des vacances.

Addeco rapporte par ailleurs un manque de personnel en comptabilité et en service à la clientèle, ainsi qu'une pénurie de techniciens spécialisés, en électromécanique par exemple.

« Dans nos agences, le travailleur est aussi bien traité que l'employeur », soutient Denyse Lacombe, directrice de Manpower pour la région de Montréal. Manpower place des travailleurs dans tous les domaines et dans toutes les classes d'emploi, mais garde secrète sa stratégie pour attirer les candidats.

« La référence que constitue la qualité de nos clients fait aussi beaucoup pour attirer les gens », ajoute la directrice. Dans le contexte actuel, les agences sont en effet proactives et elles ne reculent pas devant le maraudage. La chasse aux talents bat son plein pour trouver la fameuse « perle rare ».

Après avoir postulé quelques emplois, une ingénieure fraîchement diplômée en administration des affaires des Hautes études commerciales, mais temporairement au chômage, recevait régulièrement des appels de chasseurs de tête. « Je n'avais plus rien à faire, on m'appelait », dit-elle. Les noms circulent vite lorsqu'il est question de personnes possédant les qualifications recherchées par les entreprises.

Une industrie en forte croissance

Les services de placement et de recrutement sont en forte croissance au Québec et cette tendance se maintient depuis un certain temps.

Même si elles demeurent moins populaires qu'ailleurs au Canada, les agences de placement et de recrutement du Québec ont le vent dans les voiles depuis quelques années. Les entreprises, qui sont leurs principaux clients, mais aussi les gouvernements, qui les suivent de près, font de plus en plus appel à elles pour trouver le personnel temporaire ou permanent dont ils ont besoin. Selon l'Association, le Québec et l'Ontario ont enregistré la plus forte croissance des recettes, celle-ci étant, respectivement, de 15 % et 8,3 % en 2002.

L'assouplissement de l'article 45 du code du travail, permis par la Loi 31 adoptée en décembre 2003, pourrait également renforcer cette croissance. La nouvelle loi permet à un employeur dont le personnel est syndiqué de donner certaines de ses activités en sous-traitance, ce qui était impossible auparavant sans que s'appliquent l'accréditation syndicale et la convention collective. Un CLSC peut maintenant confier à des sous-traitants les services qui n'entrent pas dans sa « tâche essentielle », comme la cuisine ou l'entretien à domicile. Mais « l'interprétation n'est pas toujours très claire », juge M. Christie.

Économiser

Les agences de placement répondent à un besoin d'économie. Le recrutement et la gestion des ressources humaines coûtent en effet très cher aux entreprises, en termes d'effort, d'argent et de temps. L'Association mentionne également les coûts du roulement de la main-d'œuvre et de l'absentéisme. « L'absentéisme n'existe pas chez les employés temporaires. Les clients ne paient que pour le travail accompli », peut-on lire dans sa brochure. L'Association vante aussi la flexibilité que permet le recours à la main-d'œuvre temporaire.

Une flexibilité que recherchent également 80 % des travailleurs atypiques, selon le rapport Bernier. Le rapport de Jean Bernier, professeur à l'Université Laval, a été commandé par l'ancien ministre du travail, Jean Rochon, dans le but d'améliorer le sort des travailleurs autonomes et des travailleurs atypiques, comme le personnel des agences. Il établit une liste de 53 recommandations pour améliorer les relations de travail propres à ces travailleurs. La plupart sont cependant contestées par les agences de placement, comme, par exemple, celle qui recommande qu'un employé temporaire, placé par une agence, gagne le même salaire et bénéficie des mêmes avantages sociaux que l'employé qu'il remplace, quelle que soit l'ancienneté de celui-ci.

« Si le rapport Bernier est appliqué tel qu'il est actuellement, il n'y aura plus d'agences de placement au Québec », déclarait à La Presse, peu après le dépôt du rapport en mars 2003, Johanne Berry, présidente de Télé-Ressources et porte-parole de l'Association canadienne des entreprises d'aide temporaire.

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