Accueil > Marché du travail > Les technologies de l'information et des communications
Envoyer à un ami Imprimer

Les emplois de la révolution numérique
Par : Michel Marsolais

Dans une journée normale, la plupart d'entre nous échangent des courriels, téléphonent sur un cellulaire, travaillent sur un ordinateur (souvent en réseau), surfent sur le Web et regardent probablement les Têtes à claques ou YouTube en catimini.

Les technologies de l'information et des communications ont envahi la plupart des sphères de notre quotidien! Le soir, nous regardons la télévision numérique et écoutons parfois la radio par satellite. Nous passons aussi une partie de nos loisirs à télécharger de la musique, à magasiner en ligne, à clavarder et à jouer à des jeux vidéo sophistiqués qui semblent parfois aussi vrais que nature.

Et ce n'est probablement qu'un début! Les voitures et les téléphones commencent à être dotés de systèmes de navigation GPS, le Wi-Fi nous permet d'accéder à Internet sans fil dans un nombre grandissant d'espaces publics, et le téléphone et l'ordinateur poussent plus loin leur flirt, ce qui donne des appareils hybrides tel le Blackberry, auquel plusieurs ont développé une véritable dépendance. Une demi-heure sans message et on a l'impression de ne plus exister!

Sur écran ou grâce à des écouteurs et des manettes de jeu, la nouvelle génération carbure aux stimuli numériques. Une habitude qui n'est pas sur le point de changer et qui marquera le monde de la consommation pour de nombreuses années à venir.

Le flot d'information est immense et touche autant la gestion de données vitales que les divertissements futiles. Derrière ce flot numérique continu, il y a plusieurs emplois.

Toutes ces technologies en apparence disparates ont en commun l'informatique et on regroupe les métiers qui en dépendent sous l'abréviation de TI (technologies de l'information) ou sous celle, plus large, de TIC (technologies de l'information et des communications). À l'échelle canadienne, les TIC représentent plus de 12 milliards de dollars dans l'économie et près de 4% de tous les emplois. Au Québec, environ 150 000 emplois appartiennent à cette catégorie.

Le secteur évolue par moments en dents de scie, mais il suit une demande en constante progression. Dans ses perspectives publiées à l'automne 2006, le Conference Board du Canada prévoit que le secteur des TIC connaîtra une croissance globale annuelle de 3,8% jusqu'en 2010, une prévision un peu optimiste selon certains, mais tous s'entendent sur le fait qu'on n'arrête pas le progrès et que le secteur continuera de croître à mesure que s'étendra l'application de ces nouvelles technologies.

Des milliers d'emplois à combler

À l'échelle planétaire, le nombre d'emplois en TIC devrait atteindre 10,6 millions en 2008. Au Canada, le Conseil des technologies de l'information et des communications estime que l'emploi dans ce secteur devrait croître annuellement de 2,3% jusqu'en 2010. Cela signifie 58 000 nouveaux emplois au pays au cours des prochaines années.

De plus, même si la moyenne d'âge des travailleurs canadiens du secteur est de moins de 40 ans, on prévoit qu'il faudra remplacer 31 000 travailleurs qui quitteront les TI pour une raison ou une autre (retraite, réorientation de carrière, etc.) durant cette période. Cela fait au total 89 000 personnes à embaucher, dont environ 16 000 au Québec!

Les perspectives de carrière sont donc plutôt favorables et déjà aujourd'hui plusieurs entreprises peinent parfois à recruter ou à empêcher leurs travailleurs de passer chez un concurrent plus offrant.

Pourtant, il y a une dizaine d'années, les jeunes semblaient se ruer massivement vers les carrières en TIC. Mais, au tournant de 2001, l'éclatement de la bulle spéculative entourant les technologies a sensiblement refroidi les ardeurs. Par exemple, l'Université Laval, qui recevait annuellement plus de 1 000 inscriptions pour son programme en informatique, n'en a reçu que 600 pour l'année 2006-2007. La rareté de la main d'oeuvre est désormais une des plus grandes préoccupations de l'industrie.

Rappelons qu'entre 1999 et 2000, l'emploi dans les TI avait bondi de près de 14%, mais le crash subséquent devait réduire ce gain à néant dans les mois suivants. Étiqueté comme volatil, le secteur des technologies de l'information est resté marqué par l'ombre du doute. Il est vrai qu'au cours des dernières années, le caractère cyclique de l'emploi a été plus marqué dans le secteur des TI que dans l'ensemble des autres professions, ce qui a peut-être modifié plusieurs choix de carrière.

La fin de l'aide fiscale

Malgré ces soubresauts, nul doute que plusieurs secteurs des TIC ont profité des mesures fiscales mises en place par l'État, notamment par le gouvernement québécois. Pour les entreprises, ces crédits d'impôt représentent jusqu'à 30% des dépenses admissibles. Depuis 2004, les dépenses admissibles pour les entreprises situées dans des régions éloignées ont même été doublées, ce qui a notamment augmenté le nombre de stages possibles.

Ces mesures fiscales ont porté leurs fruits, particulièrement dans le secteur québécois du jeu vidéo qui, en seulement deux ans, a connu une augmentation de 1 211 emplois. Ce secteur, qui compte maintenant plus de 70 entreprises et près de 4 000 travailleurs, poursuit son envolée contre vents et marées avec une croissance de 26%.

Ainsi, au début de 2007, Ubisoft confirmait l'implantation à Montréal d'un studio de création numérique qui nécessitera des investissements de 454 millions de dollars et générera près de 1 000 nouveaux emplois d'ici 2013. Ubisoft emploie déjà plus de 1 600 travailleurs au Québec. Son concurrent Electronic Art compte également continuer d'embaucher près de 100 personnes annuellement durant cette période. Une confirmation de la vitalité du secteur.

Pour contrer les pénuries, des entreprises québécoises en multimédia ont même lancé récemment un site Web pour informer les candidats et les aiguiller vers les métiers du jeu interactif (www.macarriereenjeux.com).

Les crédits d'impôt ayant contribué à l'essor de tant d'entreprises dans les TIC, plusieurs s'inquiètent à juste titre des effets de la fin annoncée de ces mesures fiscales. Des effets qui se feront sentir à compter de 2010.

Selon TECHNOCompétences, le comité sectoriel de la main-d'oeuvre en TIC, la fin des crédits d'impôt affectera la rentabilité des entreprises et pourrait mettre en péril des milliers d'emplois si la transition était mal préparée. Plusieurs PME installées dans les Centres de la nouvelle économie (CNE) seront particulièrement fragilisées.

On tente d'élaborer un plan pour aider les entreprises à effectuer la transition, mais, même avec des mesures appropriées, il sera difficile d'éviter un retour du balancier dans un secteur aussi cyclique. On peut prévoir que plusieurs entreprises devront réduire l'embauche ou encore modifier certaines conditions de travail des employés. On note toutefois que le nombre d'entreprises ayant fait appel aux crédits d'impôt est moindre que ce qui était anticipé, preuve que certaines semblent déjà capables de voler de leurs propres ailes.

Un univers tentaculaire

Lorsqu'on veut travailler en aéronautique, on envoie son curriculum vitæ chez Bombardier, chez Pratt & Whitney ou encore chez Bell Hélicoptères. Le nombre d'employeurs est assez limité et bien défini. C'est un peu la même chose dans le secteur pharmaceutique. Mais lorsqu'on veut travailler en technologies de l'information, la chose est passablement plus complexe.

On recense officiellement plus de 6 000 entreprises au Québec liées à ce domaine. Généralement, les entreprises comme Nortel ou IBM qui produisent du matériel informatique sont associées aux TIC; les entreprises utilisatrices (ministères, entreprises de services-conseils, etc.), aux TI. C'est dans ce deuxième volet, qui fourmille d'entreprises de toutes tailles, qu'on retrouve le plus de dynamisme dans l'emploi.

La classification nationale des entreprises répertorie 21 professions dans ces domaines, des emplois allant des analystes informatiques aux techniciens en câblodistribution. Les emplois du secteur se répartissent d'ailleurs plus ou moins équitablement entre les producteurs et les utilisateurs de technologies.

Pour leur part, les sites Web de recherche d'emploi affichent les postes offerts en TIC sous plus d'une quarantaine d'appellations. Il s'agit de professions souvent très spécialisées répondant à des besoins très pointus des employeurs.

Généralement, on regroupe les professions en TIC sous trois grands thèmes : d'abord, les professions liées à la recherche et au développement (R&D); ensuite les professions touchant la fabrication du matériel informatique; finalement, les professions liées aux opérations qui mettent l'accent sur l'utilisation des systèmes.

À voir des entreprises comme CGI afficher des profits en hausse de 350%, on ne s'étonne pas de voir que c'est du côté des services que les emplois en TIC connaissent la plus grande progression. À noter que les analystes constituent le contingent le plus important parmi les professions de l'informatique et celui dont la progression a été la plus forte au cours des dernières années. Les programmeurs et développeurs en médias interactifs constituent l'autre groupe connaissant la plus forte évolution.

Mais il n'est pas facile de donner une nomenclature précise de l'univers complexe et fluctuant des TIC, qui regroupe des métiers aussi divers que des gestionnaires de système, des concepteurs de page Web, des graphistes, des évaluateurs de logiciels ou des ingénieurs en informatique. De même, des activités de R&Den technologies de l'information se trouvent autant chez les joueurs du secteur financier que chez les manufacturiers de télécommunication.

De plus, les emplois gravitant autour des technologies de l'information transcendent maintenant la plupart des secteurs. Une foule de métiers traditionnels exigent désormais l'apprentissage de certaines technologies pour la saisie ou la prise de données. Des fonctionnaires, des médecins, des vendeurs, voire des travailleurs forestiers et des agriculteurs doivent souvent manipuler des données numériques dans le cadre de leurs fonctions quotidiennes.

Même les professions en communication liées au contenu ne peuvent aujourd'hui s'exercer sans l'apprentissage de plusieurs outils informatiques. Dans les médias, les chroniqueurs doivent tenir des blogues; les chefs de pupitre, maîtriser des logiciels de mise en page et les journalistes, faire de la recherche avancée sur Internet ou faire du montage numérique. Les relationnistes et les conseillers en marketing ou en publicité doivent pareillement maîtriser une panoplie de technologies de l'information pour livrer leur message.

Le virage HD (haute définition) de la télévision, la place grandissante de la vidéo sur le Web et la baladodiffusion sont autant de changements dans le paysage des communications qui nécessiteront des spécialistes en TI.

De nouveaux secteurs en matière de sécurité, tels que la biométrie et la protection contre le vol d'identité, ouvrent aussi des portes dans le secteur des technologies de l'information. Même les télécommunications, qui vivent de grands changements technologiques en raison de la convergence entre le téléphone, l'Internet et la télévision, continuent en général de bien se porter (exception faite peut-être de BCE qui avait le plus à perdre avec l'arrivée d'une concurrence féroce). Le Conference Board du Canada prévoit que les bénéfices des entreprises de télécommunications grimperont de 14% en 2007.

Que cherchent les employeurs en TIC?

Malgré une certaine rareté de la main d'oeuvre, il est toujours angoissant de chercher à se faire valoir devant un employeur pour décrocher un poste. La chose est d'autant plus ingrate que des études soulignent que ceux-ci se font une opinion sur un candidat en moins de 12 minutes!

« Les employeurs ne cherchent pas seulement des surdoués de la programmation », rappelle Huguette Camirand, directrice Finances au Conseil des technologies de l'information et des communications. Les entreprises recherchent souvent des gens ayant des aptitudes générales dans différents domaines, telles les affaires et la gestion de projet. Le leadership, la créativité et la capacité de travailler en équipe sont également recherchés.

L'anglais est presque incontournable et l'usage d'autres langues est un atout dans plusieurs entreprises à vocation internationale.

Normand Roy, directeur du Centre d'études sur l'emploi et la technologie d'Emploi- Québec, note aussi que les travailleurs des TI doivent être prêts à travailler dans des milieux où la concurrence est aussi forte que la pression au rendement. « Ce sont des métiers très exigeants », souligne-t-il.

Dans le secteur des TI, l'entrée initiale sur le marché du travail continue de représenter un grand défi pour les finissants qui sortent des écoles. Les employeurs continuent souvent de privilégier l'expérience. Ils affichent aussi une nette préférence pour les études complètes et les certifications reconnues.

Ceci ne les empêche pas de se plaindre fréquemment de la formation offerte dans le milieu de l'enseignement et qui ne convient pas toujours à leurs besoins particuliers. Le comité sectoriel TECHNOCompétences souligne d'ailleurs que les entreprises les plus satisfaites de leur main-d'oeuvre sont celles qui s'impliquent en amont dans la formation.

Par exemple, le Cégep de Sainte-Foy et la firme Beenox ont conclu une entente de partenariat pour la création d'un nouveau profil de formation en Programmation 3D et jeux vidéo. Même scénario avec la firme Frima Studio qui poursuit un partenariat avec le Département d'informatique et de génie logiciel de l'Université Laval. À l'École Polytechnique de Montréal, des équipes d'étudiants développent aussi des logiciels en partenariat avec des entreprises.

Ce genre de programmes offre aux étudiants un meilleur accès aux entreprises partenaires qui s'impliquent justement pour s'assurer d'une relève compétente.

La formule alternance travail-études ou les stages permettent de mettre le pied dans une entreprise plus facilement et de prendre de l'expérience pratique dans un vrai milieu de travail. Un avantage qui peut se révéler précieux quand viendra le moment de postuler pour un véritable poste.

À noter qu'en raison de la surreprésentativité des hommes dans le secteur des TIC, les femmes bénéficient parfois d'un préjugé favorable à l'embauche pour certains postes. Plusieurs initiatives visent d'ailleurs à faire une plus grande place aux femmes dans les emplois à caractère scientifique et technologique.

Comme le monde des technologies de l'information évolue souvent à pas de géant, la formation fait partie des obligations des travailleurs. Ce sont des métiers où on ne doit pas craindre le changement, mais plutôt en être le moteur.

Une fois embauchés, les travailleurs sont généralement bien traités, car la rétention est un autre problème des entreprises en TIC. Dans des postes clés, il est courant d'utiliser des clauses de non-concurrence dans les contrats de travail pour empêcher les travailleurs de passer trop facilement d'une entreprise à l'autre.

TIC des villes, TIC des champs

Dans le secteur canadien des TIC, l'Ontario et le Québec génèrent trois emplois sur quatre, mais la répartition des postes varie beaucoup à l'intérieur de ces provinces. Même si les technologies de l'information permettent en théorie de travailler n'importe où, 80% des emplois au Québec sont localisés dans les centres urbains de Québec et de Montréal.

Il reste que le travail à distance gagne lentement du terrain grâce aux TI, particulièrement chez les sous-traitants. Les entreprises y trouvent souvent leur compte, puisque lorsque l'employé travaille chez lui, on n'a pas à lui fournir un espace de travail, ce qui limite certaines dépenses. Le télétravail, longtemps un mythe, devient une réalité dans plusieurs professions des TI et de la communication, comme pour les rédacteurs techniques ou les traducteurs.

Certains petits villages, comme Saint- Camille, en Estrie, se sont même branchés sur la fibre optique afin d'attirer de nouveaux résidants qui pourront faire du télétravail. Le Web a également permis à des entreprises manufacturières éloignées des grands centres d'avoir une vitrine partout.

Le phénomène de la sous-traitance et de l'impartition déplace aussi bien sûr des emplois dans des pays éloignés où la main d'oeuvre est moins coûteuse. Lorsque vous appelez pour résoudre un problème avec votre ordinateur ou pour retrouver une valise perdue par une compagnie aérienne, il y a de bonnes chances que votre appel soit reçu en Asie. BCE, qui affichait l'an dernier des résultats mitigés, va d'ailleurs déplacer plusieurs emplois de son centre d'appel de Montréal en Inde.

L'impartition reste une composante importante de l'industrie des TIC, mais elle n'est pas toujours entièrement négative. Si les États-Unis ont perdu des milliers d'emplois en TIC au profit de certains pays en développement, le Canada en a plutôt profité. Le Canada est en effet la deuxième destination de l'outsourcing des services en TI après l'Inde. Telus vient, par exemple, d'investir 3,5millions de dollars dans un centre d'appel à Montréal qui embauchera 150 nouveaux travailleurs au cours de l'année 2007.

L'industrie canadienne des TIC aura bien sûr de nombreux obstacles devant elle au cours des prochaines années, le principal étant sa perte de compétitivité en comparaison des entreprises étrangères. Par exemple, les entreprises canadiennes en TIC dépensent la moitié moins en R&D que leurs rivales américaines. Cela affecte particulièrement les entreprises manufacturières.

Même si l'innovation est à la baisse, les emplois resteront nombreux chez les entreprises utilisatrices. S'il y a une chose sûre lorsqu'on possède un ordinateur, c'est qu'on devra faire appel à quelqu'un éventuellement pour nous dépanner...

Étant donné la multitude de domaines où s'appliquent les technologies de l'information, les chercheurs d'emploi en TIC ont parfois l'impression de chercher une aiguille dans une botte de foin. La bonne nouvelle, c'est que les employeurs pensent souvent la même chose quand il s'agit d'embaucher.


<<< retour